‹ L'art chrétienChapitre 189 sur 442 · L'ARITHMÉTIQUE SACRÉE · texte numérisé non relu

L'ARITHMÉTIQUE SACRÉE

[Eglise. Il n y ;i donc rien d'original dans ces explications ingénieuses qui perpétuent dans rOccidenl barbare la quintessence de la subtilité alexandrine, pas plus que dans les œuvres postérieures de Ruperl de Deutz et d Honorius, écolâtre d'Autun1. Par exemple, pour la Glose ordinaire. David, vainqueur de Goliath, montre le triomphe du Christ sur le démon; Salomon, pi'ince de la paix, est aussi la figure du Christ : les deux larrons représentent les Juifs et les chrétiens.

L'art religieux est profondément imbu de cette méthode allégorique. C'est sur elle qu'est fondée la concordance des deux Testaments, représentée déjà dans les basiliques du iv" siècle. Il en est résulté que si les artistes ont cherché à restituer la réalité historique ils se sont préoccupés aussi de la « ligure » dogmatique ou morale île chaque épisode. Le souci de donner une leçon les a empêchés parfois d'exprimer dans toute son ampleur I intérêt dramatique des seènes qu'ils représentaient. Pour Walafrid Strabo, par exemple, chacun des détails les plus douloureux de la Passion n est que prétexte à ratiociner : la robe sans coulure est l'Eglise; on la divise en quatre parce que 1 Eglise doit s'étendre sur les quatre parties du monde ; les plaintes du Christ sur la croix montrent comment doivent pleurer les pécheurs. L'art chrétien d'Occident s'est contenté longtemps de cette scolastique qui s'est combinée avec les idées des néopythagoriciens sur la valeur morale des nombres.

Cette arithmétique sacrée est encore un legs de 1 école d'Alexandrie et Philon en a été aussi le précurseur*. Elle repose sur l'idée de la hiérarchie des nombres : sept, par exemple, est le nombre humain par excellence parce qu'il est composé de quatre chiffre de rame; et de trois (chiffre du corps). Tout ce qui se rapporte à l'homme âges de la vie. merveilles du monde, sacrements, vertus, péchés capitaux) est ordonné par sept. De même le nombre douze, celui des apôtres, a un fondement mystérieux parce qu'il est le produit du chiffre de la Trinité par celui de l'âme . Aux douze apôtres correspondent les douze prophètes, et les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse représentent les uns et les autres.

Ainsi l'art religieux est un langage, mais tous les fidèles peuvent le comprendre parce que c'est celui qui est employé quotidiennement dans les homélies. Les allégories, aujourd'hui un peu obscures pour nous, sont familières aux hommes de ces époques ; l'idée de la valeur morale des nombres dirige souvent huis actes. Dans une escarmouche contre des Turcs, Godefroy de Bouillon a autour de lui douze chevaliers. « Ils s'encourageaient mutuellement, dit Raimond d'Aguilers, parce qu'ils étaient au nombre des douze apôtres et que leur seigneur

1. Walafrid Strabo. Glossci ordinaria, Pal. Lut.. CXIII-C.XIV. — Rupert de Deutz ;mort en 1135). Commentaires sur l Ecriture, Pal Lai.. CLXVII-CLXX. — Honorius d'Autun (mort après 1130). Gemma animtc Pal. Lat.; CLXXII.

Page 1