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LE PROGRAMME ENCYCLOPÉDIQUE

était pour eux comme le vicaire de Dieu1. » L'abbaye de Centula Saint-Riquier, Picardie . rebâtie avec l'aide de Charlemagne en forme de triangle, eut trois églises en I honneur de la Trinité et trois cents moines instruisant cent enfants divisés en trois écoles'. On voit jusqu'à quel point allait la tyrannie du nombre.

M;iis I art chrétien n'est pas seulement un enseignement religieux; il est aussi, comme Ton dirait aujourd'hui, un enseignement intégral. Depuis la Renaissance carolingienne, dont les moines furent les principaux ouvriers, il n'y a plus de cloison étanche entre la science religieuse et les sciences profanes. Celles-ci ne sont que des moyens pour atteindre celle-là. La théologie est le couronnement de l'édifice dont les sept arts libéraux, le •< trivium •> grammaire, rhétorique, dialectique . et le quadrivium arithmétique, géométrie, musique, astrologie . forment les degrés. Ce sont les sept colonnes de la maison de la Sagesse dont parle Salomon3. Cette conception introduite dans l'art chrétien d'Occident lui a donné, en face de l'art byzantin, une profonde originalité. L'artiste n'est plus exclusivement un théologien : il doit embrasser toutes les connaissances humaines. L Ecriture sainte ne sera plus sa source unique, mais il utilisera tout ce qu on a conservé des livres profanes : l'histoire naturelle, l'histoire profane, l'éthique, la philosophie, il devra tout interpréter et l'art sera comme une synthèse de toutes les connaissances ; 1 enseignement qu'il donnera sera à la fois religieux, intellectuel, moral. Sans doute la théologie demeure le but suprême et, grâce à la méthode allégorique, elle ne tarde pas. comme nous le verrons, à pénétrer les sujets qui lui semblent le plus étrangers. Il n'en est pas moins vrai que le programme de lait occidental est autrement vaste que celui de la symbolique byzantine. L'art devient une sorte de microcosme et prétend donner une image fidèle du monde entier : un domaine illimité s ouvre ainsi à limagination de l'artiste et l'on peut dire que c'est à cette conception, à la l'ois audacieuse et naïve, des « humanistes » carolingiens, que l'art occidental doit son aspect varié et sa liberté d'allure.

Ce programme était d'ailleurs tellement vaste que les ressources techniques dont on disposait en rendirent la réalisation complète impossible avant le xiii" siècle : seule la cathédrale gothique lui offrit le champ nécessaire à son développement. Jusque-là ce n'est que par des fragments qu'on peut en saisir les traces. II n en existe pas moins dans l'esprit des vieux maîtres qui ont travaillé à en exécuter certains chapitres, mais on trouve rarement dans leur œuvre la belle ordonnance de l'iconographie byzantine. Il est vrai que le décor pictural des églises romanes qui présentait peut-être plus d'unité a disparu presque partout. D'autre part, des séries de sculpture qui semblent à première vue incohérentes, s'expliquent très

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