MO LES PORTAILS. LE DÉCOR PICTURAL
bien lorsqu on ;i découvert les sources écrites qui les ont inspirées : entre la lillérature ecclésiastique et 1 art religieux il existe une liaison intime. C'est ainsi qu'à la façade de Notre-Dame la Grande de Poitiers, des bas-reliefs représentent successivement la Tentation d'Adam, Nabuchodonosor, l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, le Baptême et des prophètes debout sous des areatures. C est en réalité 1 illustration du sermon, attribué à saint Augustin, qui ligure comme leçon dans l'office de Noël, à Matines : après le rappel de la faute originelle, chacun des prophètes est appelé en témoignage afin de convaincre les Juifs et prédire la naissance du Messie : Nabuchodonosor lui-même rend compte de ce qu'il a vu dans la fournaise. De même la série des chapiteaux de la galerie occidentale du cloître de Moissac ' semble être l'illustration du psaume I qui oppose le bonheur du juste aux disgrâces qui frappent les méchants : Goliath frappé par David. Cain poursuivi par le Seigneur, puis les figures des Béatitudes et le sacre de David expriment celte opposition.
Çà et là on distingue quelques principes généraux, par exemple dans certaines églises d'Auvergne et du Midi l'habitude de traiter des scènes religieuses sur les chapiteaux du chœur et d'admettre plus de fantaisie sur ceux des nefs. Ceux du sanctuaire de la grande basilique de Cluny" illustraient par des symboles une doctrine théologique de grande portée. De même la tradition s'établit de réserver certains sujets aux tympans des portails, l'Ascension, la Seconde Venue, le Jugement Dernier, la Cène et plus rarement la Crucifixion. Il semble qu'on ait simplement traduit en sculpture sur les portails les sujets qui étaient peints autrefois dans les absides. C'est après bien des tâtonnements qu'on est arrivé à la fin du XIIe siècle aux ensembles grandioses du Portail Royal de Chartres ou de la Puerta de Gloria de Saint-Jacques de Compostelle. Rien n'est d'ailleurs plus varié que les conditions dans Lesquelles se présente la décoration iconographique à l'extérieur des monuments. Dans le Nord, en Bourgogne, en Aquitaine, en Lombardie, de vastes champs de sculpture couvrent les tympans des portails, tandis que des statues s'appuient aux colonnes des pieds-droits. Dans l'Ouest, au contraire Poitou. Saintonge. Angoumoisi. les reliefs sont rejetés hors des baies, qui restent vides, et de bizarres figures allongées s'étalent au creux des archivoltes. L'Auvergne aime les linteaux triangulaires couverts de sculptures et surmontés d'arcs de décharge. En Provence, les façades de Saint-Trophime et de Saint-Gilles sont de véritables entablements antiques supportés par des colonnes et couverts d'une frise ininterrompue de bas-reliefs.
La décoration picturale offrait à l'iconographie un champ plus vaste encore que celui de l'ornement sculpté, puisqu'elle s'étalait sur les murailles, sur les voûtes.