MORALITÉS D'ORIGINE POPULAIRE
personnage en tunique comte tire une longue corde attachée au cou d'un être à figure simiesque1 : il faul voir dans ce sujel un thème populaire de psychomachie, la victoire du bien sur le mal. L'n curieux bas-relief du musée de Modène, dû à maître Nicolas, nous fait assister à une scène de sorcellerie : un homme s agenouille devant un démon en serrant un anneau au-dessus d'une cuve, puis le de m on enfourche un dragon ailé, son disciple monte sur un lion et tous deux sonnent delà [rompe pour évoquer les esprils: enfin le sorcier s'est repenti et un prêtre, I aspersoir et le livre à la main, procède à son exorcisme".
Ces anecdotes savoureuses ne sont pas rares dans la sculpture romane. Sur un chapiteau de la salle capilulaire de Saint-Georges-de-Boscherville (Seine-Infërieure), fin du xiî: siècle, deux moines agenouillés reçoivent sur le dos les coups de discipline que leur distribue un abbé encapuchonné; un thème analogue orne un chapiteau du musée du Puv. Parfois ce sont des illustrations d'allégories, comme la parabole de la licorne, empruntée au roman de Barlaam et Joasaph, qui orne le portail du baptistère de Parme : on y voit un personnage cueillant des fruits sur un arbre que deux rats rongent à la base, tandis qu'un dragon à la gueule enflammée (au lieu de la licorne), se prépare à dévorer l'imprudent .
La leçon prend aussi quelquefois un aspect satirique et même licencieux. Quelques fabliaux et des scènes très risquées forment la bordure de la tapisserie de Baveux destinée à orner une église. Les aventures du coq cl du renard sont racontées avec beaucoup de verve sur des chapiteaux du cloître d'Aoste (Piémont ' : celles du loup et de la cigogne ornent le tympan d'un portail de l'ancienne église Saint-Ursin à Bourges (fig. 110 . Sur un chapiteau du musée du Puv un abbé et une abbesse semblent se disputer une crosse. Dans le cloître de la même ville un centaure poursuit une centauresse. A la cathédrale de Parme des moines à tètes d'ânes ou de loup témoignent d'une assez grande liberté d'allure. Enfin les scènes de luxure sont souvent traitées avec un réalisme brutal sur des portails saintongeais et girondins5. Au portail de Moissac la Luxure se présente sous la forme d'une femme décharnée, dont un crapaud ronge les seins".
1 Clermont à Notre-Dame du Poi't. Brioude. Saint-Nectaire, Maringues [le personnage qui tire la corde est à cheval). Mozat. Orcival.
2 Venturi Storia délVarteital., 157-159.