PROGRÈS TECHNIQUES
Ce sont surtout les progrès de la technique et du stylo qui ont renouvelé l'art religieux. Les sj'mptômes de la transformation sont déjà visibles dans l'art roman de la fin du xir* siècle, mais c'est surtout auxm' siècle qu'elle est sensible : auxeonventions archaïques, àla raideur des attitudes, à la symétrie enfantine, à la draperie stylisée, succède l'imitation de plus en plus fidèle du modèle vivant et de la nature. L'art occidental s'est définitivement émancipé : au lieu de se perdre dans les détails et de traiter chaeun deux séparément, l'artiste sait maintenant les subordonner à une conception d'ensemble : les proportions du corps humain. quoique toujours un peu allongées, sont meilleures; l'expression vivante et naturelle de la physionomie remplace le sourire stéréotypé; les draperies, les chevelures et tous les détails sont traités avec unv élégante sobriété (fig. 1()9>. Ce souci de la composition est une qualité vraiment classique et l'on a pu comparer sans peine la sculpture française du xme siècle à celle de Phidias1. Les deux écoles se sont en effet dégagées de l'archaïsme en suivant la même voie : toutes deux relèvent d'une inspiration idéaliste (fig. 170 . Ce qu'elles demandent à la nature.ee n est pas le particulier, 1 individuel éphémère; l'artiste ne se propose pas de reproduire servilement tout ce qu'il voit, mais il a l'ambition plus haute d'atteindre à l'idée générale et au caractère permanent; à travers les contingences qui constituent notre vision de l'univers il cherche à entrevoir les vérités éternelles.
Bien qu'au xuf siècle, ainsi que nous allons le voir, les données de l'iconographie soient lestées les mêmes, cette nouvelle inspiration l'a cependant profondément transformée. C'est à cette époque que l'art chrétien d'Occident est devenu vraiment religieux et c'est alors qu'il se rapproche le plus de l'art byzantin, théologique et idéaliste du xue siècle. Les compositions des deux écoles se ressemblent par bien des traits : elles réduisent le paysage à de simples accessoires d'un caractère conventionnel: au portrait individuel elles préfèrent le « type » abstrait; elles ne montrent pas la figure d'un roi déterminé, mais le roi, le prophète, l'ange, le saint, etc.. De même elles ont un éloignement marqué pour la laideur : l'art gothique donne à tous les visages des traits réguliers et substitue le nez droit, le « nez grec » du v° siècle au profil fuyant des figures romanes. De même ni l'une ni 1 autre ne connaissent la douleur: même dans les scènes les plus pathétiques comme celle de la Déposition de la Croix, l'émotion des personnages est contenue. Sur les reliefs du jubé de Bourges, que l'on a pu comparer aux métopes d'un temple antique, le Christ s'avance vers le supplice avec une noble sérénité. Enfin cette conception artistique ne laisse aucune place à la virtuosité ou au dilettantisme: 1 artiste l'ait vraiment le sacrifice de sa personnalité ; il ne cherche pas à montrer