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Dans le Cantique du Soleil

LES MÉDITATIONS SUR l.A VIE DE JÉSUS-CHRIST

froideur et à la complexité de l'homélie allégorique, il substituait le sens vivant, il ne commentait pas. il vivait, il jouait I Evangile; lui 1224 il célébrait la Nativité

. une grotte auprès de Greceio et mimait la scène de Noël. Mais surtout il revivait les angoisses de la Passion ; c était à la vue d'un crucifix qu'il s'était converti : les douleurs du Christ étaient les siennes et l'idée du salut, dont elles avaient été le prix, n'en diminuait pas pour lui la compassion. Lorsqu'à la suite d'un jeûne de quarante jours sur le mont Alveine, il reparut aux yeux de ses disciples avec les stigmates du Sauveur imprimés sur sa propre chair, il donna au monde une leçon suprême : vivre avec le Christ dans sa pauvreté comme dans ses souffrances, tel lut désormais l'idéal proposé à la piété chrétienne.

Sans doute, il fallut apporter des tempéraments à la rigueur d'une doctrine qui, pleinement acceptée, eût rendu malaisée la vie sociale. Il y eut cependant quelque chose de changé dans les conceptions religieuses des Occidentaux et l'action de saint François d'Assise, et aussi celle de saint Dominique, fut prolongée par celle de leurs disciples. Le point de vue de la vie chrétienne se trouva modifié; aucun des domaines où elle s'exerçait ne resta à l'abri de ces nouveautés et l'art religieux lui-même, auquel les réformateurs n'avaient nullement songé, en fut transformé. Ils l'enrichirent sans l'avoir voulu de deux modes d'expression qu'il avait ignorés jusque-là : l'émotion dramatique et le sens pittoresque.

(lette action des ordres mendiants sur l'art religieux s'est exercée par l'intermédiaire de leur littérature dans laquelle on trouve déjà toutes les qualités qui seront

celles de la nouvelle école. Ainsi qu'on l'a montré1, la Passion occupe une position centrale dans l'œuvre mystique de saint Bonaventure (1221-1274), qui en a composé un office où chaque heure canoniale commémore un épisode, et qui, dans plusieurs opuscules, comme « l'Itinéraire de l'âme vers Dieu », fait des méditations des souffrances de Jésus la condition essentielle pour atteindre à l'extase, à laquelle nul n'accède « sans passer par le sang de l'agneau ». Il insiste sur la cruauté des souffrances infligées au Christ et célèbre dans une hymne les cinq plaies dans le sang desquelles il faut que nous soyons lavés, de même qu'il revient à plusieurs reprises sur les douleurs infinies de la Vierge, sur sa « Compassion » qui accompagne les supplices endurés par Jésus. L'inspiration poétique, dont saint François avait peut-être puisé les éléments dans sa connaissance de la littérature provençale, lui survécut et les poèmes de Dante se rattachent à cette lignée. Mais des œuvres moins célèbres ont eu. peut-être à cause de leur caractère populaire, une action plus profonde sur l'art. Tels sont les « Fioretti », traduction italienne de la légende de saint François qui fournira aux peintres les motifs les plus charmants de l'iconographie du nouveau saint. Tel est surtout le livre d'un

1. Ltienne Gilson. Saint Bonaventure et l'iconographie de la Passion (Revue d'histoire franciscaine, octobre 1921,.

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