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L'INFLUENCE DE L'ART BYZANTIN

t parfois son front. La croix n'éveillail alors que des idées de triomphe et

de salut '.

Il en va tout autrement désormais : le Christ n'ouvre plus les yeux ; il est mort sur la croix: son corps décharné, dont on aperçoit les os, n'est plus retenu que par les deux bras, mais le clou qui lixe les deux pieds le rejette à droite en lui donnant une forme arquée : la tête tombe tristement sur la poitrine. C'est au début du \in siècle que cette vision tragique apparaît sur des peintures italiennes2 et, bien que l'ancienne Bgure du Christ vivant sur la croix se soit conservée encore quelque temps, elle a fini par céder le pas à la nouvelle création.

Dès lors les scènes de la Passion occupent dans l'iconographie religieuse une plaie considérable. Elles sont multipliées, comme il était naturel, dans la basilique d'Assise, où deux grandes Crucifixions ornent les murs de chacun des transepts. A la chapelle de l'Arena, Giotto leur consacre douze compositions ; le revers du grand retable de Sienne exécuté par Duccio en 1311, en compte jusqu'à vingt-six. Certes, la place (pie la méditation des souffrances endurées par le Christ tient dans la piété franciscaine suffirait à expliquer cet amour subit des peintres pour ces scènes douloureuses, mais il u'vn va pas de même de la ressemblance inattendue (pie Ton est bien obligé de constater entres les œuvres italiennes et les fresques byzantines exécutées à Mistra aux xive et xve siècles. Une nouvelle question byzantine se pose, qu'il faut chercher à résoudre avant d'aller plus loin.

Comment se fait-il, par exemple, que la description de la mise en croix donnée par le psendo Bonaventure soit reproduite, au moins dans ses grandes lignes, sur une fresque de la Peribleptos de Mistra? « On dresse en arrière deux échelles, disent les Méditations, l'une au bras droit, l'autre au bras gauche de la croix. Les bourreaux grimpent avec des marteaux et des clous. Une troisième échelle est appliquée à la hauteur où les pieds doivent être attachés. Regardez bien chaque chose. On force le Seigneur Jésus à gravir cette petite échelle, etlui, sans résistance, sans murmure humblement obéit \ » Si l'on rapproche ce texte delà fresque byzan-

1 Cf. les épithètes que lui décerne Innocent III : « Mysterium fidei, firmamentum spei, clavis scientia?, forum iustitise, magnificentia regum, gloria sacerdotum », ap. Venturi, V, 2.

2 L'exemple le plus ancien Bgure sur une peinture du Musée de Pise (Venturi, V, 13, fig. 9). Voyez les nombreux exemples donnés par Venturi. Storin dell'arte Util , V, 1-34. fig. 1-26. En France, une des premières représentations du Christ mort avec les deux pieds cloués par un seul clou est un dessin de l'album de Yillard de Honnecourt première moitié du xin" siècle).

3 Méditations, ch. 78 Entre le texte et la peinture il existe des variantes : à Mistra une des échelles est dressée en avant et le pseudo-Bonaventure ne dit pas que Jésus soit monté à reculons à l'échelle; en fait, des fresques italiennes et serbes montrent Jésus gravissant normalement les échelons (Millet. Iconographie

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