‹ L'art chrétienChapitre 313 sur 442 · L'IDÉE DE LA MORT · texte numérisé non relu

L'IDÉE DE LA MORT

différences de style, on discerne entre les deux écoles une inspiration iconographique commune.

Nous avons déjà montré comment la scène de la Résurrection de Lazare, développée dans l'art byzantin, a été reproduite par Giotto avec exactitude1. De même on a remarqué que dans la Nativité, l'épisode du bain de l'Enfant Jésus, abandonné par 1rs maîtres gothiques du xin" siècle, reparaît brusquement dans 1 art occidental au xiv* siècle '. mais ce sont les maîtres italiens qui ont repris celle tradition et elle leur est commune avec l'art byzantin de Mistra '. Le décor même de la Nativité commence à perdre son caractère de symbolisme théologique pour devenir plus réel et la même évolution s'accuse dans les deux écoles. A Kahriè- Djami . à Mistra '. la crècbe est devenue la vulgaire mangeoire derrière laquelle on aperçoit l'âne et le bœuf, mais la Vierge étendue sur un lit détourne toujours tristement la tête, comme pour rappeler l'idée du sacrifice auquel son fils est destiné. Giotto a adopté ce thème, mais avec des variantes importantes. A l'Arena la crèche est un hangar couvert de chaume porté par quatre pieux, au-dessus duquel volent les anges. L'Enfant est couché dans une auge véritable et non sur l'autel imaginé par les maîtres romans; la Vierge ne détourne plus la tête, mais, aidée d'une sage-femme, elle pose dans cet abri Je nouveau-né avec un geste de tendresse maternelle (fig. 206). Sur la fresque de la basilique d'Assise (1310-1320), ce sentiment s'accuse encore davantage : Marie, levée sur son séant, a pris son enfant dans les bras et le considère avec amour.

Parmi les motifs nouveaux qui apparaissent dans l'iconographie byzantine au xive siècle, nous avons trouvé la figure sinistre de la Mort qui se dresse devant les hommes pour leur rappeler ce qu'ils seront après leur brève existence7. LaMort du psautier de Munich, la Mort qui va hanter l'imagination des maîtres occidentaux pendant trois siècles, se montre en Italie dès le début du xiv" siècle dans les œuvres de (iiolto. Parmi les fresques de la salle capitulaîre des Frères Mineurs de Padoue 1365 . (iiolto avait représenté la Mort sous la forme d'un squelette animé. Dans la basilique inférieure d'Assise (1310-1320), il a montré saint François préchant devant un cercueil dans lequel on voit un squelette au rire macabre, la couronne royale posée de travers sur son cadre. On sait avec quelle âpre verve les trécentistes italiens ont développé cette idée, sur le rétable du maître-autel de Santa Groce à Florence où Taddeo Gaddi montre la Mort chevauchant sur un

Page 1