PI. X
Jean Fouquet. — Couronnement de la Vierge. Heures d'Etienne Chevalier. (Musée Coude, à Chantilly).
LA LITTÉRATURE ASCETIQUE A BYZANC1 848
emprunts étrangers. Ce u est qu ;iinsi qu'on peul expliquer l;i concordance si étonnante que nous ayons signalée cuire sa description de la Mise en croix et l'exécution de ce sujet à la Peribleptos de Mistra. Mais surtoul le thème fondamental
de son récit de la Passion, le parallèle qu'il établit sans cosse entre les souffrances du Christ et celles de Marie ne lui appartient pas davantage. Nous verrons quelle place considérable celte idée de La » compassion o de la Vièrgè a tenue dans l'art du xv" siècle; nous avons pu déjà apprécier l'importance qu'elle a dans l'iconographie de Mistra et dans celle des primitifs italiens. Elle est aussi étrangère à l'art byzantin officiel qu'aux maîtres français du xni° siècle : sur la mosaïque de Daplmi aussi bien que sur le jubé de Bourges, Marie se tient debout au pied de la croix, calme et résignée; dans les œuvres italiennes et byzantines du xiv' siècle au contraire elle s'évanouit dans les bras des saintes femmes. Or cette idée d'une passion de la Vierge, parallèle à celle du Christ, qui apparaît pour la première lois en Occident dans la « Lamentation de la Vierge Marie » attribuée à saint Bernard, était ^familière à la littérature ascétique des Grecs. Nous avons déjà vu avec quelle abondance elle est développée dans un sermon de Maximos Planudes 1260-1310 , mais il est possible de remonter beaucoup plus haut1. Des hymnes liturgiques ou « canons » en usage le samedi saint dans 1 Eglise grecque, qui datent du vm' et même du vie siècle, développent le dialogue émouvant entre Jésus cloué sur la croix et Marie « transpercée du glaive de la douleur » \
La forme se rapproche de celle des homélies dramatiques qui tenaient dans l'Eglise grecque la place de nos « mystères » occidentaux : il n'est pas invraisemblable que le motif de la « Compassion » ait cette origine. Un sermon de Siméon Métaphraste (deuxième moitié du x" siècle), qui n'est peut-être qu'un remaniement d'une de ces homélies dramatiques, développe le thème dans toute son ampleur. Marie pleure sur la tète frappée du roseau, sur la bouche abreuvée de fiel, sur la joue souillée du baiser infâme, sur la main percée de clous, sur la poitrine blessée par la lance. L'idée de la compassion revient sans cesse dans ces discours : « Tes mains et tes pieds sont transpercés, mais je sens que ces clous sont attachés à mon âme. Ta poitrine a été percée de la lance, elle a percé mon cœur en même temps. Par tes douleurs je suis avec toi crucifiée. 3 »
On voit quelle est l'origine lointaine de la figure de la Vierge de douleur. A l'époque même où Siméon Métaphraste écrivait ce discours, les fresques de Toqale et de Gueureme (Cappadocei montraient la Vierge embrassant avec ardeur le corps de son fils après la Déposition de croix.
1. Textes réunis par La Piana. Le rapprensetazioni sacre nella letteratura bizantina. Grottaferrala. 1912. p. 335.
2. Romanos le Mélode, vie siècle (éd. Krumbacher. Die Akrostiehis inder griechîschen Poésie. Munich, 1904, p. 658-674). Constantin Hagiopolitis, évèque de Maioumas (Phénicie vers734. Patrologie grecque, 98, 488 .