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Mâle Art religieux à lu fin du moyen âge, p

3 Sur les flagellants, voir Gorce. Saint Vincent Ferrier. Paris, 1923, p. 182 187.

LA l'ASMOX

grosse corde, la couronne d'épines en Lête el assistant aux préparatifs de son supplice. Sur une gravure allemande du w siècle reproduite par une miniature française, on voit la longue croix étendue à terre el le Christ résigné, assis sur la traverse, tandis qu'un aide avec uneénorriie tarière perce un trou destiné au clou cl que les soldais, qui jouent aux dés la robe sans couture, se querellent en se menaçant de leurs poignards '; Les statues, d expression si douloureuse, de Saint-

Pbot. L. B.ehier. Pliol. I. Brehier.

Fig. 225 et 226. — Crucifixion. Verrières en grisailles Rouen, palais île l'Archevêché. x\"J siècle.

Nizier, de Troyes et celle qui surmonte une clôture de la cathédrale de Rodez, représentent ce moment du drame du Calvaire (fig. 224).

Pour la mise en croix, c'est la seconde des traditions indiquées par le pseudo- Bonaventure qui a prévalu : le Christ est cloué à la croix étendue à terre. Le mode de crucifixion avec des échelles adopté à Mistra et dans l'art italien a été abandonné2. Le crucifix, déjà très réaliste au xiv siècle, a pris un aspect encore plus douloureux. Le volume de la couronne d'épines a été exagéré : la té le tombe an-dessous des bras, les jambes ne sont plus arquées et c'est un cadavre rigide.

1 Revue Je l'Art chrétien, 19)1, p. 367.

2. Il en a été de même dans l'art religieux des Grecs. Le Guide de la peinture ne mentionne que la Mise en croix étendue à terre.

LA CRUCIFIXION

allongé, immobile qui pend désormais à un gibet. Avec une âpreté vraiment effrayante les artistes se sont complus à montrer la barbe el les cheveux tachés de sang, le corps couvert de plaies et marbré de coups. On peui dire que c'est à cette époque lin du \\\ début du xvic siècle que le maximum tl horreur tragique a été atteint dans la représentation de .lésus crucifié. La rigidité cadavérique, les jambes tuméfiées, la bouche lamentablement ouverte, tous les détails d'une précision impitoyable dépassent les limites de 1 art, comme le prouve le malaise que leur vue inspire. On peut citer en particulier les peintures de Malbias Grûnewald

FhOt. Mun. Hist.

— Ligier Richier 1500-1567 . Scènes de la Passion, ri-table de Hatton-Chatel (Meuse), 1528. Portement de croix. Crucifixion, Mise au tombeau.

d'Aschaffenbourg mort après 1521). dont le Crucifix de Carlsruhe et surtout celui qu'il a peint de 1508 à 1512 pour le rétable de l'abbaye des Antonites à Isenheim répondent à cette description'. Les Antonites avaient pour mission de soigner les maladies contagieuses et il est intéressant de constater que plusieurs de ces Crucifix pitoyables ont été exécutés pour des hôpitaux. Tel est le Chrisl sculpté sur bois de l'hospice de Brioude Haute-Loire' et qui provient de 1 ancienne léproserie de la Bajasse. A peu près contemporain des peintures de Grûnewald, il ne leur cède en rien par son réalisme brutal et il exagère davanl.i précision anatomique : la poitrine décharnée laisse voir les côtes, la tête tombe en avant, les clous qui fixent les pieds arrêtant la chute du corps ont fait dévier les fémurs vers la gauche, imprimant au cadavre le profil d'une ligne

1 Musée de Colmar. Louis Réau. Mathieu Grûnewald et le rétable de Colmar. Paris, 1920.

ai D O H

I \ CRUCIFIXION

brisée. La peau csi comme mouchetée dis coups de la flagellation, ce qui a fail croire à tort qu à cet hôpital de lépreux on ;iv;iil voulu donner un Christ lépreux '. Il y a dans cette œuvre cl un artisan local une vision cruelle, un désespoir douloureux, qui expriment d'une manière profonde le caractère sombre pris par la

PUul. Dtuis.

Fig. 22S. — Vierge de pitié. Livre d'Heures, début du xv" siècle. Bibliothèque de Clermont. A droite, saint Antoine présentant un religieux Antonin. Encadrement fait d'un arbre de Jessé.

piété au xv' siècle. C'est comme un commentaire tragique des sermons de maître Vincent Février sur le Dernier Jugement.

D'autre part, les éléments dramatiques et pittoresques que les peintres italiens avaient déjà introduits dans la scène du Crucifiement ont été encore développés. Ce sont maintenant des foules entières et des bataillons de soldats tout hérissés de piques qui s'agitent sur le Calvaire fig. 225-227 \ L'évanouissement de Marie

1. R Crégut Le Christ de la léproserie de la Bajàsse. (Almanach de Brioude, 1022, p 41-53 Cf. le Crucifix en bois sculpté et peint de Michelozzo 1396-1472) à San Giorgio Maggiore de Venise, autre exemple de réalisme effrayant.

2. Par exemple sur les rétables belges en bois sculpté, de la fin du xv- et du début du xvi" siècles. (V. Max Rooses, Flandre, coll. Ars una. p. 32-33.)

\ il RG1 DE PITIÉ MISE AU T0MBEA1

s bras des saintes femmes est devenu de tradition; la Madeleine esl souvent eprésentée au pied de la croix. Les Fonds de paysages (parfois occidentaux, mime sur le Crucifîemenl provenant du Palais de justice où l'on voit les (ours de Nou?e-Dame ei la tour de Nesle . soûl assez fréquents*. Le sujet esl traité aussi plus simplement non seulement dans les œuvres sculptées Bg. 227), mais aussi sur les tableaux ou les verrières Bg. 225-226 . Dans ce cas, des donateurs à genoux interviennent presque toujours comme dans le Crucifix de Roger de la Pasture au

l'hot. Alinati

Fig. '2'2'.). — La Vierge de pitié Ecole d'Avignon, xv' siècle Musée du Louvre.

musée de Bruxelles, où les portraits des Stbrza. au pied de la croix, se détachent sur nue vue de Milan et de la campagne environnante.

Le motif du « Thrène » byzantin ou de la « Lamentation » italienne, qui suivait la Déposition de croix, ne s'est pas conservé dans l'art du xv' siècle, ou plutôt il y apparaît sous un autre aspect, peut-être plus émouvant encore. Les lamentations autour du lil funèbre, usage national des peuples méridionaux, ont t'ait place au motif de la Vierge de pitié, inspiré d'un passage des Méditations. C est sur des manuscrits de la fin du xiv" siècle que Ton voit pour la première fois la \ ierge assise au pied de la croix, considérant avec douleur le cadavre de son fils posé sur ses genoux, les jambes et les bras pendant à terre fig. 228 . La dévotion à

1. Un Crucifiement de Quentin Metsys I146G-1530) se détache sur le paysage riant d'un ville flamande avec ses murailles aux tours crénelées, sa porte de ville, ses maisons, sa citadelle couronnée par un château fort 11 y a un singulier contraste entre la richesse du décor et l'émotion poignante qui se dégage du sujet.

vir.n ,i: ni ITIIK. MIS!-: AU TOMBEAU

la Vierge de pitié, qui s'est propagée au w siècle, ;i suscité les innombrables

sculptures ou tableaux qui représentent ce motif. I ne des plus touchantes de

ces Pitiés est certainement celle qui provient de Villeneuve-lez-Avignon musée

du L ouvre . où l'expression de douleur résignée de la Vierge atteint unevéri table

grandeur i ï •; - 229 '. In groupe en

marbre peint d'Aigueperse Puy-de- ^fc^ST

Dôme . où 1 on \<>ii figurer tous 1rs

personnages de la Mise au tombeau

autour du Christ, encore étendu à

terre, montre <1 une manière très

nette comment le motif byzantin du

0 Thrène » s est transformé en g Pitié » cf. fig. 2'M) .

La Mise au tombeau du Christ, réduite dans l'art du xiir siècle à

1 onction de son cadavre, a déjà sur le parement de Xarbonne 1370 la même importance que dans l'art italien et dans l'art byzantin. Au xv siècle ce sujet adonné naissance à une dévotion spéciale : on a construit ces chapelles funéraires où des groupes de statues de grandeur naturelle représentent la scène.

Joseph d Arimathie et Nicodème, revêtus du costume des riches bourgeois de cette époque, soutiennent le corps du Sauveur. Dans la disposition des saintes femmes ou l'attitude de la Madeleine. M. Mâle a reconnu trois traditions différentes

qui pourraient avoir une origine scénique2. Au xvi siècle Ligier Richier 1500-1567 a modifié l'ordonnance de la composition en cherchant à la rendre plus pittoresque, mais sans réussir à lui donner un caractère aussi touchant que celui des « Mises au tombeau » plus rudes de certaines de nos églises rurales. Une des plus émouvantes

I'iiot. Martin-Sabon.

Fig. 230. — Vierge de pitié et Résurrection. Parclose des stalles de 1 église de la Trinité, à Vendôme, fin du xvsiéele.

1. Tel est aussi le magnifique groupe sculpté de Montlueon Allier . La courbe dessinée par le Christ, étendu sur les genoux de sa mère est d'une noblesse de lignes qui accuse l'influence de la Renaissance. La Vierge enveloppée dans une grande cape de caractère local a un aspect de résignation profonde.

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