LA CHOIX L'ORANTE
dans le graffito du Palatin, une des nombreuses moqueries auxquelles les chrétiens étaient en butte. Au témoignage de Tertullien, des caricatures analogues circulaient à Carthage. où les chrétiens étaient appelés « asinarii » '. Tous ces faits expliquent la
réserve avec laquelle les chrétiens des trois premiers siècles ont figuré le motif qui était la confession la plus éclatante île leur foi. Tantôt ils Tout dissimulé sous des symboles : parfois ils oui adopté les figures cruciformes usitées dans les religions antérieures; plus rarement ils ont représenté la croix dans sa tragique simplicité.
L'ancre, nous-venons de le voir, a servi à figurer la croix : il en est de même du trident, motif de la symbolique païenne, que l'on trouve sur les tombes chrétiennes, accosté de dauphins qui s'enroulent quelquefois autour de lui . Le plus souvent, c'est la lettre grecque T qui sert à désigner la croix: elle se détache au milieu des lettres du nom gravé sur la tombe. AIONVTCIOV, KrPlTAAOV, etc.. « La lettre grecque tau, disait Tertullien, est la figure de la croix '. » -
Parmi ces symboles, on peut citer la croix ansée. usitée dans l'art copte \ et surtout la croix gammée qui orne les sarcophages chrétiens d'Isaurie, de Pisidie et de Lycaonie. Sur l'un d'eux, exécuté à la fin du uie siècle pour une vierge chrétienne, deux belles croix gammées se détachent sous des arcatures6. Le même motif se voyaitr-sur les habits du « fossor » Diogenes, représenté avec ses instruments de travail sur une fresque aujourd hui détruite du cimetière de Domitilla et sur une inscription funéraire du cimetière de Sainte-Agnès (ne siècle)8.
Des exemples, relativement rares, dune représentation directe de la croix appartiennent aux régions les plus diverses. En Asie Mineure, la croix cantonnée dans un cercle orne la pierre funéraire de Mammas « episcopos », encastrée dans les murs de la mosquée de Dorla (Isaurie)9. A Rome, dans les catacombes la croix accompagne aussi quelques inscriptions funèbres, et présente la forme caractéristique de la croix latine'". La croix grecque à quatre branches égales apparaît au contraire sur une tuile de la crypte " de sainte Lucine . Enfin sur des pierres tombales trouvées à Carthage, la croix latine, isolée ou répétée jusqu'à trois fois, forme l'unique ornement 12 : c'est la figure la plus nette que l'on possède de la croix avant le ive siècle.