L'ORANTE
A plus forte raison les chrétiens de cette époque ne pouvaient avoir l'idée de représenter le Christ sur la croix. La conjecture d'après laquelle la caricature du Palatin serait la copie d'un crucifix réel est sans valeur ; il suffit pour en expliquer l'origine de se rappeler toutes les railleries dont les chrétiens étaient l'objet1. Quant au monogramme du Christ qui tiendra une si grande place dans la symbolique chrétienne, il se montre, il est vrai, dans certaines inscriptions du IIIe siècle, mais ce n'est encore qu'une simple abréviation, dépourvue de toute signification religieuse cl analogue aux ligatures en usage dans les inscriptions antiques \
Deux ligures symboliques surtout ont été sinon créées, du moins adoptées et transformées par l'art chrétien, qui les a le plus souvent associées pour exprimer d'une manière touchante l'union de l'âme avec le Christ. Ce sont « l'orante » et le « Bon Pasteur ». L'orante se présente comme une femme aux longs vêtements, les bras étendus symétriquement dans l'attitude de la prière, avec la paume des mains tournée en dehors. Il y a aussi des figures d'orants, mais elles sont plus rares. L'orante se trouve sur les fresques des chambres funéraires ou sur les bas-reliefs des sarcophages. Elle est associée souvent au Bon Pasteur, comme à la voûte de la crypte de Lucine, qui remonte à la première moitié du n" siècle. Cette longue figure à la robe talaire aux plis droits, enveloppée dans son himation, qui couvre la tête en laissant les bras nus, a la noble simplicité de certaines statuettes de Tanagra : I fig. 8).
La signification qu'il faut attribuer à l'orante a souvent divisé les archéologues. Il semble bien que dans la plupart des cas elle représente l'âme d'un défunt. A plusieurs reprises en effet l'orante accompagne des épitaphes masculines 4 ou d'enfants en bas âge6. Les actes des martyrs Pierre et Marcellin racontent d'ailleurs que le bourreau avait vu leurs âmes sortir de leurs corps sous la forme de vierges parées d'habits éclatants. Il est arrivé cependant qu'au lieu de représenter l'âme d'une manière impersonnelle, on a figuré le portrait réel du défunt. Le fait n'estj pas douteux lorsqu'il s'agit d'une figure dorant'1 ou. lorsqu'au lieu de porter un costume tout abstrait, la figure féminine est habillée comme une vierge consacrée
1. Dict. Archéol. chrét., I [Accusations 'contre les chrétiens .
2 Voy. la discussion de dom Leclercq, Dict. Archéol. chrét., III. 1486 et suiv. Sur les monogrammes trouvés à Pompéi, Gardthausen, Griechische Palœographie, Leipzig, 1879. p. 11/.