L'ANACHRONISME
Sébastien attachénu au poteau el criblé de (lèches; saint Adrien encos-
hevalier : suint Antoine vêtu du froc dos religieux Antonins; saint Roch,
bille en pèlerin, avec le bourdon et le chapelet, un chien à ses côtés Léchant la
aie que laisse voir sa jambe Que (fig. 235). Le costume des pèlerins est attribué
aussi a leur patron, l'apôtre saint Jacques, coiffé du chapeau à larges bords, avec
l'ample pèlerine ornée de coquilles, la gourde en sautoir et le bourdon à la main.
Les effigies de saint Michel et de saint Georges, patrons d ordres chevaleresques, comme celui fondé par Louis XI en 1400, pourraient servir à reconstituer l'histoire de I armure des xv' et xvie siècles. Sainte Catherine est une jeune princesse, dont la coiffure savante supporte le diadème : un livre à la main, elle s'appuie sur la grande épée ou la roue qui ont servi à son supplice (fig. 236). La légende de la Tentation de saint Antoine a exercé la verve des graveurs allemands, en particulier d'Holbein, dont l'imagination étrange a enfanté les démons fantastiques qui persécutent le saint. Celle de sainte Ursule el des onze mille Vierges de Cologne, martyrisées par les Huns à leur retour d'un pèlerinage à Rome, a inspiré au contraire les délicieuses compositions de la châsse de sainte Ursule de Bruges, exécutées par Hans Memling vers 1489 et celles de Carpaccio 11480-1020) à Venise (fig. 2.'Î7 j . Le réalisme des maîtres flamands s'est manifesté dans le plaisir cruel qu'ils ont pris à détailler les supplices infligés aux martyrs : Thierry Bouts 1410-1475) montre saint Hippolyte étendu ne d tiré à quatre chevaux 'musée de Bruges) ou saint Érasme couché sur e planche cl dont les bourreaux enlèvent les entrailles au moyen d'un appareil me horrible ingéniosité (Louvain, église Saint-Pierre) (fig. 286;. Limage de saint Christophe 'fig. 238), invoqué contre la mort subite, est ipliée à souhait. Sur un triptyque de Harlem, Thierry Bouts nous montre le ieur, les jambes nues au milieu de la rivière entre deux berges de ■ ■ I Enfant Jésus sur son épaule. Quelques églises de la région du Cadore et ira possèdent encore une curieuse série de fresques de saint Christophe
Pbol. Martin-Saboo,
Fig. 2.'58. — Statue de saint Christophe. Cathédrale d'Amiens, porte Saint-Christophe, xv" siècle.
ASPECT PITTORESQUE DE LA VIE DES SAINTS 37fl
de dimension colossale : celle de sainl Niccolo de Trévise mesure près de «S mètres de haut et dans un rayon assez restreint <>n en trouve de semblables à Bellune, à San Vito di Cadore, à Botzen, à Trente, à Vérone, etc.. Les effigies du bon
géant ainsi exposées protégeaient ceux qui entraient à I église
C'est toute la vii' du w sieele avee son cadre pittoresque que nous ont conservée les œuvres consacrées à l'iconographie des s;iints ou destinées à perpétuer le souvenir de faits miraculeux. La châsse de sainte l rsule à Bruges nous montre une admirable vue de Cologne avec sa monumentale porte de ville que surmonte la liante nef de la cathédrale : la peinture de Carpaccio i'vj,. 2.'!7 donne la reproduction exacte du château Saint-Ange à Home à la fin du xv" siècle; le miracle de la Sainte Croix peint par Gentile Bellini 1 129-1507 évoque les canaux de Venise avee leurs maisons à fenêtres grillées et leurs passerelles munies au sommet d'un pont-levis â ; le même peintre nous conduit dans les villes d Orient, prédication de saint Marc à Alexandrie, musée du Louvre . au milieu des Turcs coiffés de gros turbans et vêtus de riches étoiles: une série de vitraux provenant d'une église de Rouen3 nous raconte en grand détail et dans un cadre 1res pittoresque l'histoire du juif qui obtint d'une bourgeoise une bostie consacrée pour la percer d'un coup de poignard : une toile de Carpaccio; la Vocation de saint Mathieu \ nous montre l'étal du changeur derrière lequel est assis le saint en costume vénitien, avec le manteau à ramages et le bonnet rouge garni d hermine, tandis qu'une belle porte fortifiée à échauguette forme le fond du tableau.
Tous les pays de l'Europe apportent le même témoignage et les (envies qu ils ont conservées montrent la place considérable que la vie tles saints a prise dans liconographie religieuse
On peut se demander ce qu'était devenu, au milieu de cette floraison luxuriante de motifs nouveaux, l'ancien programme d'instruction dogmatique et morale qui avait inspiré l'art religieux des Occidentaux depuis l'époque carolingienne. Mais le développement artistique prit une telle intensité que le cadre fut assez large pour contenir à la fois les sujets anciens et les sujets nouveaux. L'Eglise
1. A Notre-Dame de Paris une statue colossale de saint Christophe fut exécutée au xv siècle par maître Vincent au second pilier à droite Champion, François Villon, I. p. 229 . Citons aussi ta peinture de Lassay (Loir-et-Cher\ Revue de l'Art Chrétien, 1912. 232, et le saint Christophe colossal de la cathédrale de Tolède.