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Mâle. L'Art religieux <i lu fin dit moyen âge, p

2. Aujourd hui à 1 Académie des Beaux-Arts de Florence. Peint après 1425.

LE JUGEMENT DERNIER

ré la taille colossale du Christ, assis sur un arc-en-ciel, ainsi que celle de la Vierge et de saint Jean agenouillés à ses côtés. A la droite du Seigneur, la façade du Paradis est un immense portail de cathédrale, au gable orné d'une grande rose, vers lequel se dirige la foule des élus sous la conduite des anges. La plus grande partie du tableau montre les suppliées des damnés, et à l'extrémité on

Fig. 248. — Roger de la Pasture Le Jugement Dernier. Partie centrale (Hospice de Beaune,

après 1450).

(Reproduction autorisée par J.-E. Uulloz, éditeur officie] des Hospices civils de Beaune.)

aperçoit l'Enfer, un sinistre château fort ceinl de murailles crénelées, sur le donjon duquel gesticule un énorme démon. Dans un coin, un élre fantastique à la gueule de dragon armée de crocs redoutables, attire à lui plusieurs damnés ai lesquels un pape, tout nu. mais la tiare sur la tête.

Sur le grand polyptyque de l'hospice de Beaune exécuté vers 1452), Roger de la Pasture a traité ce sujet avec largeur (fig. 248). La Vierge et saint Jean-Baptiste intercédant sont assis du même côté que le Christ et, dans rassemblée des saints,

LE JUGEMEN I DERNIER

on n'est pas médiocrement étonné d'apercevoir le pape Eugène IV, le duc- de Bourgogne Philippe le Bon ei la duchesse Isabelle de Portugal, le chancelier Hollin et sa femme. C'est là un signe des temps et mu' manifestation de I esprit

Fig. 249. — Hubert van Eyck, mort en 1426. Volets du retable de l'Agneau mystique de Saint-Bavon de Gand. Les juges intégres. Les soldats du Christ.

tout profane qui envahit l'art religieux. Saint Michel, vêtu d'une somptueuse chape à fermait d'orfèvrerie, pèse les âmes clans la zone intermédiaire, tandis qu'autour de lui les anges sonnent de la trompette. En bas les élus s'avancent vers les portes d'or d'une cathédrale gothique, et les damnés gesticulant sont entraînés dans les flammes de l'Enfer.

LE JUGEMENT DERNIER

Dans le Jugement Dernier, malheureusemenl mutilé, peint vers 1500 à la cathédrale il Albi par des maîtres français, on a reconnu l'inspiration des gra- ■ du Calendrier tirs Bergers, édité par Guyol Marchant, qui décrivent avec un raffinement emprunté à la Vision de saint Paul les supplices infernaux. Chacun des péchés capitaux entraine une punition spéciale : les orgueilleux sont attachés à des roues de moulins qui tournent avec vitesse, les envieux sont plongés dans un ileuve glacé, les gourmands sont assis à des tables garnies de crapauds, abreuvés de l eau puante d'un fleuve, les luxurieux sont précipités dans des puits de soufre enflammé.

A côté du Jugement Dernier l'illustration de l'Apocalypse, quoique moins familière à l'art de cette époque, a inspiré des compositions d'une valeur considérable. De la fin du xive siècle date la célèbre tapisserie de la cathédrale d'Angers, commandée en 1370 par Louis duc d'Anjou, frère de Charles V, pour orner la chapelle de son château d'Angers1. Sa longueur atteint 144 mètres sur 5 de hauteur et cette œuvre colossale fut exécutée par un tapissier parisien, Nicolas Bataille, de 1.'57<S à 1381, sur les cartons du peintre royal Jean de Bruges, q n i s'était inspiré des miniatures d'une Apocalypse conservée à la bibliothèque de Cambrai. Son état de conservation est admirable : les couleurs très franches sont d'une intensité qui rappelle les tons d'un vitrail. Le récit de l'apôtre se développe en une série de tableaux dont chacun montre à gauche l'immense figure de saint Jean assis devant un pupitre sous un riche dais d architecture gothique, tandis qu'à droite un double registre montre le ciel avec ses anges et la terre semée de fleurs. L'iconographie suit encore d'anciennes traditions, mais avec beaucoup de liberté et de fantaisie: les personnages traités avec simplicité sont nombreux, mais la multiplicité des détails n'enlève rien à la largeur de la composition.

C est ensuite le rétable de l'Agneau Mystique commandé à Hubert Van Eyck en 1420 par Josse Vyt, échevin de Gand\ En 1420, à la mort d'Hubert, l'œuvre n'était pas entièrement achevée et ce fut Jean Van Eyck qui la termina en 1432. Jamais la vision de saint Jean n'avait été interprétée avec cette ampleur, mais il y a un singulier contraste entre le désordre épique du texte de saint Jean et la netteté réaliste du décor. Nous ne sommes pas, comme le veut l'apôtre, à la fin des temps, mais dans la Flandre du xv" siècle, dont les villes avec leurs clochers pittoresques forment la toile de fond du Paradis. Dans la partie centrale 1 Eternel, habillé en pape, la planète à fermait d'orfèvrerie sur les épaules, la tiare à trois couronnes sur la tête, est entouré de la Vierge reine et

1. Sur l'iconographie de cette œuvre, voir : L. Lefèvre. Les sept églises d'Asie et leurs évéques dans la Tapisserie de l'Apocalypse d'Angers {Gazette des Heuux-Arts, 1925, p. 206).

2 A la suite d'aliénations consenties en 1816, les volets de ce rétable avaient été transportés au musée ierlin : le traité de Versailles les a restitués à la Belgique (1919) et on peut voir aujoud hui à la cathédrale de Gand l'admirable polyptyque reconstitué

L'APOCALYPSE. LE RETABLE DE L'AGNEAl

du Précurseur, une couronne resplendissante à ses pieds. Plus Ikis la Fontaine de vif au premier plan, el de chaque côté, deux groupes, les sages de I antiquité avec les prophètes, les apôtres suivis de leurs successeurs 1rs papes cl les évêques, dont les vingt-quatre vieillards du texte de saint Jean sont 1rs figures. Au milieu se dresse l'autel sur lequel apparaît V Agneau ensanglanté : lesangesse prosternent alentour et à droite el à gauche, de deux forêts, sortent les groupes des martyrs et des saillies femmes qui viennent lui rendre témoignage. Sur les autres pan-

Phot. Alinarï.

Fig. 250. — Détail du Jugement Dernier de Michel-Ange. Rome. Chapelle Sixtine (1535-1541 Le groupe du Christ, de la Vierge, des apôtres et des justes.

neaux, des anges jouent de l'orgue ou l'ont entendre des chants autour du trône de l'Eternel, et derrière eux sont les ligures d'Adam et d'Eve; en bas les juges intègres et les soldats du Christ, chevauchant en costumes de croisés, bannières au vent, et d'autre part les pèlerins et les anachorètes conduits par le géant saint Christophe se joignent aux deux groupes de docteurs. Placés hors de la scène centrale, ils sont la figure de l'élite des hommes, en quête des chemins qui mènent vers F Agneau (fig. 249). Toute l'imagination romanesque de cette génération, toute son ardeur pour les belles « emprises » et les chevauchées lointaines revit dans ces admirables peintures. Si la pensée théologique en est quelque peu absente, elles nous permettent du moins de pénétrer profondément dans la conscience de cette époque.

Un véritable abime sépare cette conception flamande de l'au-delà de l'Apoca-

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