I. Mil ACADÉMIQUE
leur école témoignent d'un sentiment religieux sincère etd'une véritable grandeur, Tel est le sujet de la Dernière Communion de saint Jérôme traité à la ibis par Augustin Carrache et par le Dominiquin lig. 257 . La figure de l'ascète patriarche,
écroulé sous le poids des ans et retrouvant sou énergie pour venir recevoir le viatique, est une des plus nobles expressions qui aient paru dans l'art chrétien. Pourquoi faut-il que la ronde aérienne des amours roses et joufflus, qui sont
censés représenter les Anges, viennent diminuer la gravité religieuse de celle scène? (les amours sont là comme la signature de cet art académique qui remplace le paganisme hardi des maîtres de la Renaissance par toute une mythologie chrétienne beaucoup moins sincère.
Un nouveau maniérisme est donc en germe dans celte école et il ne tarde pas à s'affirmer dans les nombreuses figures extatiques, aux yeux noyés de larmes et levés au ciel, à la poitrine gonflée de sanglots, qui remplissent désormais les tableaux religieux. L'œuvre des académiciens de la fin du xvi" siècle a donc été la négation des principes qui avaient transformé l'art chrétien au déclin du xni° siècle. Les primitifs avaient cherché à faire revivre aux fidèles les scènes de l'Evangile en les montrant dans un cadre réel; introduire Jésus au milieu des villes flamandes et italiennes, c'était affirmer l'action intime et éternelle qu il ne cesse d'exercer sur les sociétés humaines, c'était proclamer que sa Passion n est pas un simple événement passager, mais se continue jusqu'à la fin des temps. L'art académique au contraire a adopté un décor convenu qui n est plus d'aucun pays ni d'aucun temps ; s'il paraît rendre au christianisme son caractère universel, c'est en plaçant les épisodes de son histoire dans un milieu abstrait; le manque de sincérité, l'abus des procédés et des recettes, devaient finir par fausser complètement le caractère religieux que cet art avait essayé de ranimer.
Fig 2.">.S —Le Dominiquin | 1581-1641). Délivrance de saint Pierre Home. San Pietro in Vincolil.
l l MYSTICISME ESPAGNOL 10Ô
Cependant, introduit dans toute l'Europe à la fin du xvi' siècle, 1 : i il de la Réforme catholique a été interprété parfois par des talents vigoureux qui onl su échapper à la tyrannie académique et imprimer a leurs œuvres une puissante originalité. C'est dans l'Espagne de Philippe II et de Philippe III qu'il faut chercher la*rénovation de l'art chrétien : alors que la Réfonriè avait trouvé un terrain propice dans les pays du nord, entame la France et jusqu'à I Italie elle-même, l'Espagne lui resta impénétrable et fournit même à l'Église ses moyens de défense les plus efficaces. (Je fui de là que s'épancha sur la chrétienté un nouveau courant de mysticisme, qui s'est alimenté sans doute à ses origines à la source franciscaine, mais qui en a remplacé la douceur et la suavité par une fougue, par une violence plus conformes au tempérament du pays où tout est contraste et quelquefois outrance. Lorsque saint Ignace de Loyola, blessé au siège de Pampelune 1521 , mit à profit sa longue convalescence pour l'aire un retour sur sa vie passée et se consacrer de toute son âme au service de Dieu, parmi les livres édifiants qui tombèrent entre ses mains et devinrent le principe de sa conversion, se trouvait la traduction de la « Vie de Jésus-Christ » écrite deux siècles auparavant par un moine saxon, Ludolphe le Chartreux mort en 1377 . Tou&ceuxqui ont étudie la biographie du fondateur de la Compagnie de Jésus savent que ce fut dans ce petit livre qu'il puisa les thèmes et jusqu'à la méthode de ses « Exercices Spirituels », rédigés pendant son séjour à Manresa 1522-1548 . Or l'ouvrage, si populaire en Europe de Ludolphe. n'est qu'une reproduction, parfois même une copie littérale des « Méditations sur la vie de Jésus-Christ » du pseudo-Bonaventure1. Les procédés mêmes recommandés par les Exercices Spirituels, l'appel à tous les sens, à la vue. à l'ouïe, à l'odorat, au goût, au toucher pour revivre avec une puissance d'imagination un peu effrayante, jusque dans ses moindres détails. toute la vie de Jésus, tout cela est indiqué quoique avec moins d'àpreté et d une manière moins systématique, dans le vieux manuel du xiii" siècle -. Le pseudo- Bonaventure propose à la Clarisse qu'il dirige une méthode qui la conduira à l'amour divin et chacun des jours qu'elle vivra sera consacré à la méditation d un épisode de la vie de Jésus. Les Exercices Spirituels sont un guide qui mène vers l'extase, mais ils ne sont pas un pain quotidien et le chrétien qui les a pratiqués, fût-ce une seule fois, en faisant un total abandon de lui-même, est armé désormais pour le combat.
1. R. P. Livario Oliger. Les Meditationes Vitœ Christi Sludi francescani, Arezzo 1922, p. 42-49, .~>9 . G. Desdevises du Dézert. Saint Ignace de Loyola Rei'ue Hispanique, t. .">H
2. <• Soyez attentive à tout comme si vous étiez présente . dit l'auteur à sa Bile spirituelle