RENAISSANCE DE LA PEINTURE MONUMENTALE
exotique d pittoresque de Delacroix. En 1X11 il décoraà Saint-Merry la chapelle
dédiée à sainte Marie l'Egyptienne et y déploya toute sa verve fougueuse et son
talent d'admirable coloriste, peignant la sainte dans sa somptueuse tunique rose
ourtisane, toute parée encore de ses bijoux et s'arrêtanl interdite devant une
foule de chrétiens qui vénèrent une statue de la Vierge, ou bien après sa mort, ravie au ciel au milieu des esprits eélestes qui agitent vers elle leurs encensoirs fumants. Les mêmes qualités charmantes reparaissent à la chapelle des Fonts Baptismaux de Saint-Roch 1854, surtout saint François-Xavier baptisant les Indiens1, et aux voûtes de Saint-Philippe du Roule (Descente de Croix, 185(5).
Plus encore que ses prédécesseurs, Puvis deChavannes 1824-1898) a réalisé la véritable formule de la décoration monumentale, non seulement par la largeur et le symbolisme grandiose de ses compositions, mais même par sa technique qui a su tirer de la peinture à 1 huile des tons convenables à des fresques. En montrant à quelle hauteur de pensée une composition peut s'élever lorsque tous les détails y sont subordonnés à 1 idée essentielle, il a ouvert une voie féconde, mais bien qu'une grandeur vraiment religieuse émane de toutes ses œuvres, la Vie de sainte Geneviève au Panthéon est le seul ensemble qu'il ait exécuté pour une église. Au milieu des tableaux très estimables, mais déplacés, des treize confrères qui collaborèrent avec lui à cette ornementation, ses toiles toutes baignées dune clarté élyséenne ont les tons simples et harmonieux d'une très vieille tapisserie. Dans la nef. l'Enfance de sainte Geneviève la jeune pastoure en prières à côté de son troupeau, puis présentée à 1 évéque saint Germain fut peinte de 1874 à 1877 ; dans le chœur la jeune sainte ravitaillant Paris, puis vieillie, méditant à la clarté de la lune au sommet d'une terrasse et veillant sur sa ville endormie, ne fut achevée qu'en 1898 (fig. 27.') .
Fig. 273. - - Puvis de Chavannes 1824- 1898 Sainte Geneviève veillant sur Paris Peintures murales du Panthéon.
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Toutes ces expériences étaienl belles, mais hop isolées, hop fragmentaires pour permettre de retrouver la tradition perdue et de créer un nouvel art chrétien '. L'histoire de cel arl au xix° siècle esl faite <1 hésitations cl de tentatives sans lendemain.
La solution, qui parut d'abord naturelle lorsqu il s'agit de restaurer les églises gothiques ou d'en construire de nouvelles, fut le pastiche, la copie fidèle des œuvres de moyen âge. Didron, le rénovateur de la science iconographique, fondait une manufacture de vitraux à Paris, en 1845; en même temps une pléiade d'architectes, Viollet-le-Duc, Lassus, Bœswilwald, Ruprich Robert, accomplissaient l'œuvre de restauration à laquelle les critiques, parfois légitimes, n'ont pas manqué, mais qui n'en a pas moins eu pour résultat de nous conserver nos plus beaux monuments du moyen âge. Dans les églises, de nouvelles statues, de nouvelles verrières, copiées aussi exactement que possible sur les anciens modèles, vinrent remplacer celles qui avaient été mutilées parle mauvais goût des chapitres du xviii" siècle et la fureur iconoclaste des révolutionnaires. Mais on ne se contenta pas de panser les blessures, on voulut achever les monuments que le moyen âge avait laissés incomplets. C'est ainsi que l'architecte Grégoire a construit entièrement la façade de Saint-Ouen de Rouen. Viollet-le-Duc a donné les plans de celle de la cathédrale de Clermont 1S(5()-1902 . Millet a ajouté au chœur de style flamboyant de la collégiale de Moulins, érigée en cathédrale, trois nefs et une façade monumentale de gothique primaire 18(î()-187() . Enfin, on éleva de toutes pièces. en s'inspirant des modèles du moyen âge, de grandes églises gothiques, comme Saint-Evre de Nancy (1875), Sainte-Clotilde de Paris (1857 . dont les nefs furent ornées de vitraux et les façades de statues copiées d'après les monuments anciens. Le même mouvement se produisit dans toute l'Europe. L'intention était excellente: malheureusement l'exécution laissa à désirer. On ne pourrait trouver dans nos budgets modernes, si enflés qu'ils soient, cent millions pour construire une cathédrale" : de plus, nous voulons aller trop vite et nous n'avons plus ni le souci du détail achevé, ni la conscience difficile des maîtres d'autrefois; beaucoup de leurs recettes sont d'ailleurs perdues et on n'a pu jusqu'ici retrouver les suaves tonalités des verrières médiévales; enfin la tradition iconographique est rompue et ces pastiches de l'art gothique, si estimables qu ils soient, dégagent cette impres-
1. Il en fut de même en sculpture. Les admirables morceaux de Rude 1784-1855 , (Christ en croix du Louvre, tombeau du général Cavaignac . le tombeau de Lamoriciére à la cathédrale de Nantes 1879 , avec les quatre Vertus en bronze de Paul Dubois, constituent des cas isolés.
2. Calcul approximatif des sommes dépensées pour Notre-Dame de Paris.
l COUE PRÉHAPHAÉLITE
sion de Froideur et d'ennui qui est presque toujours la marque de l'art officiel.
On sont que toutes ces statues ont été sculptées par ordre : il leur manque d'être illuminées par la loi qui l'ait vivre celles du xine siècle.
C'est ee que comprirent tous ceux qui s efforcèrent de chercher une nouvelle formule pour l'art chrétien : ils virent que I iconographie religieuse, pour redevenir vivante, devait être autre chose qu'un objet de curiosité; le goûl du bibelot ne ^aurait remplacer la loi et c'est a la conscience même que l'art religieux doit demander son expression. Tels furent les principes qui guidèrent la société des Préraphaélites, fondée à Londres en 1848 par sept peintres, sous la direction de Dante Gabriel Rossetti. Leur but était de faire disparaître de lait les conventions stériles (pie Raphaël avait contribué, selon eux. plus qu un autre, à y introduire. Le sentiment religieux devait tenir dans leur œuvre une place prépondérante et la plupart d'entré eux ont travaillé à l'ornementation des églises anglicanes* Burnes- Jones 1833-1898 a exécuté pour le collège de Bradfield un vitrail d'Adam et Eve et de la Tour de Label, et pour Saint-Paul de Brighton un triptyque de l'Annonciation avec l'Adoration des Mages sur les volets. Disciples des primitifs italiens, touchés de la grâce franciscaine, les préraphaélites voulaient atteindre dans leurs compositions la sincérité absolue. Ils ne travaillaient que d après nature: leurs paysages étaient la reproduction de paysages réels et peints en plein air; les accessoires les plus intimes étaient copiés suivant la même méthode. Mais ce naturalisme ne portait que sur l'exécution : l'inspiration restait tout imprégnée d'idéalisme.
Pendant toute la seconde moitié du xix' siècle le dernier des préraphaélites anglais G. Frédéric Watts est mort en 1904 . ce programme fut suivi avec une scrupuleuse loyauté. Malheureusement ce mouvement avait un caractère d'exclusivisme aristocratique qui devait le limiter à un petit cercle d'initiés. Quelques compositions fort belles, le Christ lavant les pieds de saint Pierre, de Ford Madox Brown LS.V2 '. inspiré de la composition de Giotto à l'Arena, l'Atelier du Charpentier de Millais. ont un accent réel de sincérité religieuse. Mais dans leur désir de remonter au moyen âge les préraphaélites abusèrent d'un symbolisme trop subtil pour des esprits aussi peu habitués que les nôtres à la théologie. « Le Christ lumière du monde ». de W. Holman Hunt 1854 . frappe à une porte verrouillée et masquée par la végétation : cette porte, fermée depuis des siècles, est l'âme humaine". Ce serait parfait si l'auteur en était resté là. Mais son Christ porte la robe blanche qui signifie la puissance de l'Esprit sur lui; par-dessus, sa chape d'orfèvrerie indique l'investiture sacerdotale: sa lanterne a une flamme rouge, qui est la lumière de la conscience. Tous ces détails indiquent beaucoup d ingé-