LA SOCIETE DE SAINT-JEAN
Quelles qui' soient 1rs réserves que l'on doive faire sur I exactitude et la valeui historique de ces reconstitutions, elles n'en sont pas moins une des tentatives les plus curieuses qui aient été Faites pour rajeunir I iconographie chrétienne Sg. 277 .
Ainsi le problème est loin d'être résolu : on ne retrouve pas facilement une tradition perdue depuis quatre siècles et il est encore plus difficile d'en créer une nouvelle.
A la tin dû xi.v siècle, les Salons annuels ont vu se succéder un grand nombre d'oeuvres d'un caractère religieux, dont quelques-unes de premier ordre, comme les beaux « Christ en croix » de Bonnat et de Carrière, d'inspiration également haute malgré le contraste de style et de conception qu'ils révèlent, comme 1 admirable Cène de Dagnan-Bouveret (Hg. 27<S .
éclairée d'une lumière surnaturelle, comme le Christ devant Pilate. de Munckaczy. Si belles que fussent ces œuvres d'inspiration disparate, elles révélaient des tempéraments individuels, mais non une doctrine d'ensemble. L'art religieux, réduit à peu près à la peinture et à la sculpture, devenait un thème à essais originaux ou à exercices d'école: il se désintéressait de plus en plus de la décoration de 1 église, livrée à des entreprises industrielles qui excitaient avec raison la verve indignée de Huysmans.
De grands sanctuaires comme Notre- Dame de Fourvières à Lyon, le Sacré- Cœur de Montmartre, le Rosaire de Lourdes étaient aménagés à grands frais, mais le luxe est impuissant s il n'est pas
vivifié et en quelque sorte purifié par le génie artistique. L'art néo-byzantin de Beuron. l'art pseudo-flamand répandu en Belgique par le baron Béthune, voilà ce que les nouveaux édifices offraient aux fidèles : la nourriture était un peu creuse au moment même où le succès de l'école littéraire des symbolistes s'accompagnait d'un renouveau du sentiment religieux.
Fig. 278. — Dagnan-Bouveret.
Etude pour la Cène.
Ci' lui dans ces circonstances qu'un disciple des impressionnistes, grand admirateur de la littérature symboliste, le peintre Maurice Denis, exposa au Salon des Indépendants de 1891, sous le nom de « Mystère catholique », une Annonciation dont la douceur émouvante et 1 accent de piété sincère firent l'effet d'une nouveauté. Tel fut le point de départ d une nouvelle tendance qui s'affirma de plus en plus dans les Salons annuels, devint à la veille de la guerre de 1914 un mouvement important et qui est aujourd'hui en voie de donner naissance à une école d art religieux. En 1899, la décoration de la Chapelle Sainte-Croix du Vésinet, en 1900 celle de l'église paroissiale de la même localité, puis l'illustration charmante des « Fioretti ». évoquèrent dans la lumière colorée des paysages impressionnistes la suavité et la tendresse des maîtres d'Assise. Dès lors, et jusqu'à la veille de la guerre, les manifestations du nouvel ait chrétien se multiplièrent : des maîtres de tempérament opposé mais unis par une foi commune, Georges Desvallièrcs, disciple du romantique Gustave Moreau. dont le talent fougueux, dont le dessin d'un réalisme tout chargé d'élans mystiques, rappellent l'âpreté de l'art espagnol du xvne siècle. Etienne Moreau-Nélaton, Marcel Lenoir. Alexandre Cingria de Lausanne qui avait un des premiers dénoncé « la Décadence de l'Art Sacré », se rangèrent sous la même bannière et se proposèrent la rénovation de l'art chrétien.
Comme il devait arriver, les critiques ne leur firent pas défaut et visèrent souvent derrière leur style personnel l'œuvre même qu'ils poursuivaient, mais avec une vaillance d'apôtres ils estimèrent que ce genre de stimulant n'est pas inutile à une jeune école qui veut représenter autre chose qu'une mode éphémère et prétend travailler pour l'avenir : ils persévérèrent.
La première nécessité pour les novateurs était d'avoir un foyer où il leur fût possible d'échanger leurs idées, de mettre en commun le résultat de leurs réflexions et de leur expérience, de s'accorder sur quelques grands principes directeurs. Ce foyer, la Société de Saint-Jean, créée à Paris en 1872, le leur fournit, et c'est là qu'ont été arrêtés les programmes artistiques que Maurice Denis et ses confrères ont développés dans un grand nombre de conférences ou d'études.
L'article fondamental de ce Credo, c'est que l'art doit se proposer la représentation de la vie dans son acception la plus haute, la vie spirituelle. Par là même le réalisme terre à terre, la copie scrupuleuse du modèle vivant regardée comme une fin en soi. le pastiche des anciens maîtres, la froideur des reconstitutions archéologiques sont également condamnés. Il faut renouer la tradition séculaire interrompue et se pénétrer de l'esprit des grands maîtres, mais pour les continuer, pour appliquer leurs méthodes à l'idéal religieux contemporain, et non pour les copier. La sincérité avant tout, telle doit être la loi primordiale de l'art chrétien. Comme autrefois il redevient un enseignement, mais son point de vue