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CHAPITRE III L ART TRIOMPHAL, IV -V SIÈCLES

I. Conditions nouvelles de lait religieux au IVe siècle. — II. L'art et le dogme : la question des images. — III. Le symbolisme : symboles anciens. — IV. Les symboles nouveaux : le monogramme, le nimbe, la croix.

Des événements d'une portée considérable sont venus transformer les conditions de lait chrétien au début du ive siècle. Au lieu de rester enfermé dans les cadres un peu étroits de rornementation funéraire, il a pris tout à coup la valeur d'un langage universel; transporté brusquement au grand jour, il a été accepté officiellement par l'Eglise et il est devenu à ses yeux une des formes les plus utiles de renseignement catéchétique. Il a régné dès lors sans conteste et s'est imposé aux hommes au point de réduire singulièrement le domaine des arts profanes. Il n'est donc pas étonnant que les conditions si nouvelles où s'est trouvé désormais l'art religieux aient contribué à le transformer profondément, en augmentant singulièrement son rôle dans la société chrétienne.

La tentative gigantesque faite par Dioclétien et ses collègues à l'Empire pour supprimer le christianisme par la force avait échoué lamentablement. Ledit de Milan promulgué en février 313 par Constantin et Licinius avait été pour l'Eglise une charte d'affranchissement. Non seulement la liberté des cultes était désormais assurée, mais la communauté chrétienne, reconnue comme une personne civile, devenait une puissance dans l'État. Constantin ne cachait pas ses préférences pour le christianisme, mais ce fut surtout après sa victoire sur Licinius en 324 qu'il fit cesser toute équivoque. Le concile de Nicée, assemblé en 325, fut la première reconnaissance officielle du christianisme comme religion d'État. Dès lors une lutte, sourde d'abord, ouverte bientôt, commença contre le paganisme, qui sous

ôl CONDITIONS NOUVELLES DE L'ART CHRÉTIEN

les lils de Constantin fut à son tour persécuté. Une loi de 341 ordonna « que la folie îles sacrifices lût abolie' ». Après la réaction éphémère du règne de Julien 361-363 la lutte fut reprise avec vigueur, et une série de mesures générales et locales lurent complétées par 1 éilit de Théodose du 27 lévrier .'51)1 qui proscrivait tous les sacrifices, même privés, et ordonnait la fermeture des temples païens5. A Rome, il l'ut interdit aux sénateurs de replacer l'autel de la Victoire dans la salle de leurs séances et. en Egypte, la destruction du Sérapeum d'Alexandrie (389 . regardé comme une des citadelles du paganisme, parut achever la déroute des anciennes croyances.

La conséquence de ce triomphe du christianisme fut le développement magnifique d'un art religieux. Les anciennes maisons de culte ne pouvaient plus suffire à la foule des néophytes. Le monde se couvrit d'innombrables basiliques, élevées aux frais des empereurs, des évéques, des simples fidèles, comme ce Julien l'Argentier qui fit construire au vi siècle trois des plus belles églises de Ravenne1. Constantin lui-même donna un exemple que suivirent tous ses successeurs. A Rome il fonda Saint-Pierre. Saint-Jean de Latran avec son baptistère, Saint-Paul hors les murs, Sainte-Croix de Jérusalem. Sainte-Agnès, Saint-Laurent, les Saints Pierre et Marcellin : à Constantinople il commença peut-être Sainte-Sophie, achevée sous Constance en 360, éleva le mausolée impérial dédié aux Saints-Apôtres (337), les églises Sainte-Irène et Saint-Jean l'Evangéliste de 1 Hebdomon ; à Antioche il lit commencer en 331 la « Grande Eglise » ; à Jérusalem il fit construire par l'architecte Eustathe la basilique et la rotonde du Saint-Sépulcre (326-336), tandis que l'impératrice sainte Hélène fondait 1' « Eleona » sur le mont des Oliviers et la basilique de la Nativité à Bethléem. Il suffit de parcourir les chroniques ecclésiastiques comme le Liber Ponlificalis de Rome, celui d Agnellusde Ravenne. les récits de Grégoire de Tours et des chroniques d Edesse pour se rendre compte du mouvement de ferveur qui couvrit au même moment la chrétienté de basiliques, d'oratoires, de « martyria » consacrés aux saints, de baptistères. Un champ illimité était donc ouvert à l'art religieux : non seulement ses services étaient réclamés pour l'ornementation des édifices, mais il régnait aussi sur le somptueux mobilier que le développement de la liturgie avait rendu nécessaire : ornements, vases sacrés, diptyques, étoiles précieuses.

En même temps l'horizon, un peu borné jusque-là. des artistes chrétiens s'élargissait tout à coup. La victoire de l'Eglise fut suivie d'un développement extraordinaire de la dogmatique et de la théologie. Le ivc et le V siècles furent les époques décisives où se constitua le dogme chrétien. Les spéculations, dont les grandes

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