‹ L'art chrétien primitifChapitre 10 sur 80 · DÉCADENCE DE LA MOSAÏQUE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DE LA MOSAÏQUE

vii^ siècle, la mosaïque de l'oratoire de Saint-Venance (639- 642) et le saint Sébastien qu'on voit au-dessus de l'autel, à Saint -Pierre aux Liens (680). Les mosaïques de Saint- Étienne le Rond montrent plus d'indépendance, c'est-àdire plus de fidélité aux vieilles habitudes romaines. L'art de la décoration était inconstant, parce qu'il manquait de confiance en soi; on se fatigua vite des icônes étrangères. Dès le VII® siècle, il n'était plus de vogue que pour les chefsd'œuvre nationaux. Ce n'est pas que le byzantinisme ait disparu des églises de Rome ; il se maintint dans un certain nombre d'édifices qui étaient aux Grecs, notamment à Santa-Maria Antiqua, dont les fresques, découvertes en 1899, sous l'église de Sainte-Marie Libératrice, constituent un monument impérissable de l'iconographie byzantine, dux®au XII® siècle. Mais les décorateurs romains, les Papes, voire même les fidèles, avaient senti la vanité d'une régénération par le secours de Byzance. Assujettis à imiter, ils préférèrent décidément ne choisir des modèles que dans le passé romain.

Cela, d'ailleurs, ne retarda en rien les progrès de la barbarie. Voici rénumération des églises où s'accomplit l'ultime décadence de la mosaïque : basilique du Vatican (705-708) ; Saint-Théodore (772-795) ; les Saints-Nérée et Achillée (795- 816); Sainte-Cécile, Sainte-Praxède (pi. XXX, i), Sainte- Marie de la Nacelle, décorées toutes trois sous Pascal I®^ (817-821) ; Saint-Marc (830-840), que nous reproduisons (pi. XXX, 2).

Les artistes n'étaient pas dénués d'ambition. Ils ne craignaient pas d'entreprendre l'illustration de vastes cycles d'images (Vatican). En reproduisant un beau modèle, comme cette mosaïque des Saints-Cosme et Damien, qui fut tant admirée, tant imitée en ces siècles tardifs (à noter surtout la

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décoration de Sainte-Praxède) , ils ne s'interdisaient point d'y glisser des nouveautés. Malheureusement, l'abondance (Vatican) est ici une forme de la stérilité, et les nouveautés sont ordinairement un progrès vers l'abaissement définitif. Les grandes figures chrétiennes, le Christ et la Vierge, les Apôtres, les Anges, deviennent affreusement laides. « C'est une maigreur, une rudesse, une exiguïté de formes, une configuration étroite et anguleuse, un air farouche, inculte, pétrifié, qui semble constituer une espèce d'homme à part. » Ainsi s'exprime un bon juge i. Tous les personnages sont vus de face. Comme on ne sait plus les grouper, on les entasse. La belle harmonie des anciennes compositions est dénaturée. Ne s'avisa-t-on pas (Sainte-Praxède) de vouloir rétablir la perspective? Essai qui ne pouvait qu'être malheureux, puisqu'il n'était pas à sa place, mais qu'on salue pourtant comme un obscur pressentiment de la Renaissance. On n'en finirait pas de dénombrer toutes les infirmités de cet art vieux. Il ne subjugue plus que par son étrangeté barbare. N'importe : il est romain, il perpétue un idéal. Et si bas qu'il soit tombé quand on considère en lui les formes de la vie, il subsiste toujours, il est toujours beau si, au contraire, on le juge au point de vue décoratif. Là, il reste égal à son rôle, parce qu'il reste généralement fidèle aux principes d'adaptation à l'architecture que les anciens mosaïstes avaient appliqués avec tant de bonheur. S'il ignore la beauté par le dessin, la composition, il la proclame toujours par la couleur, et la merveilleuse qualité de la matière qu'il emploie. Les églises de la Renaissance n'auront rien qui vaille le revêtement somptueux des pauvres églises du ix^ siècle. Au bout

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