DÉCADENCE DE LA MOSAÏQUE
DÉCADENCE DE LA MoSAÏQUE, VII®-IX® îSlÊCLE. Au début
du VII® siècle, l'art romain avait dit son dernier mot, si l'on veut entendre par là, qu'étant capable encore d'activité, il n'était plus capable d'éloquence. Il ne faisait qu'imiter. Encore ces imitations ne brillaient-elles ni par le goût, ni par la qualité du métier. Ce n'était pas assez de ne plus lutter pour accroître le lustre antique; on ne savait même plus en défendre le prestige par une technique habile. Aussi ne peut-on s'étonner qu'en ce moment critique, la tradition romaine ait été éclipsée dans les éghses par une tradition rivale, par cet art de Byzance qui, en Italie, avait toujours été un peu chez lui et que Rome n'avait jamais repoussé sans lui emprunter quelque chose.
Bien que l'Église centrale de l'Occident se dérobât de plus en plus à la tutelle politique des empereurs de Constantinople, pour former elle-même un pouvoir indépendant, elle n'en restait pas moins pénétrée d'hellénisme dans ses institutions, ses rites, sa hiérarchie. Nul intérêt religieux ne la rivait à la fortune de l'art romain, tel qu'on l'avait pratiqué au siècle d'Auguste et pendant les premiers siècles chrétiens. Si cet art semblait défaillir, il était naturel qu'elle se tournât vers les œuvres réputées de l'Empire byzantin pour parer ses temples d'un nouvel éclat.
C'est ainsi que sous le pontificat d'Honorius (626-638) fut exécutée la mosaïque absidale de Sainte- Agnès hors les murs (pi. XXIX, 2), tout inspirée des œuvres de Ravenne et de Constantinople, fastueuse comme elles, aussi froide sans être aussi solennelle, et maladroite en somme, parce qu'elle manque de sincérité. Sainte Agnès et les deux papes, Honorius et Symmaquc, qui l'encadrent à distance respectueuse, s'enlèvent en figures immobiles, silencieuses, sur un fond
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d'or. Nul relief : on dirait de pâles icônes serties dans un précieux métal. Nulle vérité de vie : ce sont des statures allongées à l'excès, des corps diaphanes qui prennent, sous les draperies chargées d'or et de pierres fines, des attitudes convenues. La sainte est une reine soucieuse d'apparat et qui n'oublie, dans le ciel, ni les gestes précis, ni les contenances décentes de la cour. Les deux papes sont des courtisans bien appris, sachant accompHr leurs fonctions dans des attitudes séantes, avec les gestes consacrés. L'idéal de la sainteté était rendu par une étiquette cérémonieuse. Une sorte d'irréalité des corps s'accommodait de brocarts et de bijoux accumulés. Conception sèche, étroite, qui faisait la sainteté orgueilleuse et lointaine, à la ressemblance de l'aristocratie de la terre. Si encore la physionomie des saints eût été expressive, mais il n'y a d'expression que dans les attitudes. Les figures sont pâles, les regards morts : ce sont des fantômes habitant un lieu vide. Il n'est plus de visions, car le fond d'or a bouché la trouée lumineuse des anciens paradis. On a beau se dire que l'Éden est figuré par les bandes vertes de l'avantplan, le firmament par les zones bleues du sommet, parsemées d'étoiles, et que la main apparue dans les nuages indique le royaume suprême où habite le Père. Tout cela, qui est précieux sans doute pour l'intelligence, ne dit rien aux regards. Il ne reste dans les cieux où se révélaient autrefois le bon Pasteur, le Christ en gloire et l'Agneau mystique sur la montagne de Sion, que des images puériles, objets d'une naïve vénération.
Rome n'avait imité Byzance qu'avec maladresse. Son génie était trop différent. Il n'avait pu saisir ce qu'il y a souvent dans les images byzantines d'impressionnante majesté.
C'est sous la même influence que furent exécutés, au