BRONZE
(D'après Leclercq,)
I. Voir ce mot, Dictionn. d'Archéol. chrétienne, I, i. L'inscription sur une des lampes que nous reproduisons indique le nom d'un ouvrier, Augendus.
Bronzes. — Infiniment supérieures en beauté technique sont les lampes de bronze, destinées à être suspendues par des chaînettes ou qu'on posait soit sur une table, soit sur un pied. La figure ci-contre en représente un modèle remarquable (fig. 32).
Au reste, toutes ces petites industries, et notamment la verrerie et la céramique, ne pouvaient produire que des objets sans grande prétention; heureusement, il est deux matières, le bois et l'ivoire, par lesquelles l'art chrétien prolongea sa carrière artistique.
Ivoires. — Jetons et tessères, ornements fixés aux meubles ou bibelots d'étagère, ce sont là des pièces intéressantes à plus d'un titre, mais qui sont ordinairement médiocres. L'art digne de ce nom, vrai miroir de la tradition en son développement chronologique, c'est dans les diptyques et les coffrets d'ivoire que nous allons le contempler.
On sait ce que sont les diptyques : deux tablettes réunies par des charnières ou des cordons et s' ouvrant comme un livre. La surface intérieure de ces diptyques était enduite d'une mince couche de cire, sur laquelle on écrivait à la pointe du style ; les deux « pages » couvertes de caractères, il était facile, au moyen du style retourné, de les rendre lisses à nouveau. C'était donc là un objet usuel, un « carnet de poche » comme on l'a dit, qui ne manquait à aucune personne de quahté. Un moment vint sous l'Empire — on peut spécifier le miheu du ii© siècle — où l'on en fit un objet de luxe destiné à servir de cadeau. Les particuliers commémoraient ainsi d'heureux événements de famille et, notamment, les fiançailles, les mariages. Les fonctionnaires en
faisaient le souvenir de leur élévation graduelle dans la carrière des honneurs. Les consuls, en particulier, à partir du commencement du v® siècle, n'oublièrent jamais d'en adresser à leurs amis, le jour où ils entraient en charge.
De là, cette série de diptyques consulaires, allant du v® au IX® siècle, dont chaque exemplaire est daté et qui présente une suite de reliefs si précieux pour l'historien de l'art. En effet, ces diptyques portèrent toujours l'image du consul; et, depuis la fin du v® siècle, cette image était telle qu'on voyait le haut magistrat présidant aux jeux du cirque : dans sa main levée, il tenait la mappa circensis, étoffe phée au moyen de laquelle il donnait le signal de l'ouverture du spectacle; dans l'autre main, il portait le sceptre consulaire. Souvent même, on représentait sur le diptyque, en outre du portrait officiel, quelque épisode des jeux.
Les diptyques de Probien, au Musée de Berlin, deProbus, à la cathédrale d'Aoste, de FéUx, à la Bibliothèque nationale de Paris (Venturi, I, fig. 330-335), le diptyque de Monza (pi. XXXII,2), sur lequel on voit les portraits d'Aétius, de sa femme et de son fils, sont les plus importants de la première catégorie. La seconde, où le consul préside les jeux, commence avec le diptyque du consul Boèce, au Musée chrétien de Brescia (pi. XXXII, i).
Il n'est point de chef-d'œuvre en cet art officiel. Au contraire, combien de compositions charmantes parmi les diptyques de particuliers, objets qui, par définition, devaient être beaux et que les riches commandaient aux artistes les plus renommés! Le Musée Mayer,àLiverpool,celuideBrescia, la cathédrale de Monza, le Musée britannique (Venturi. I. fig. 356-359) en possèdent de beaux exemplaires. Le chefd'œuvre de lasérieest le diptyque nuptial, dont une tablette
se trouve à Paris, au Musée de Cluny, et la seconde au Musée de South-Kensington à Londres (pi. XXXII,3). De chaque côté, une femme offre un sacrifice. On se croirait revenu aux beaux siècles de la Grèce, tant ces corps robustes de jeunes femmes ont de souplesse et de grâce naturelle. La fierté de l'une, abaissant ses flambeaux et, songeuse, inclinant la tête vers l'autel allumé ! La noble gravité de l'autre, faisant le geste pieux des offrandes ! Celle de Londres s'enveloppe dans l'étroite harmonie du lin qui tombe autour d'elle avec majesté et s'amollit dans les flots d'une draperie caressante. Ce sont deux Grecques, les sœurs tardives et vraiment inattendues des Victoires athéniennes, autrefois occupées aux apprêts des sacrifices sur la balustrade du temple d'Athéna- Victoire. Il est vraiment un peu mélancolique de penser que les ivoiriers de la fin du iv® siècle étaient capables d'un chefd'œuvre quand ils se mettaient à la remorque du passé et que, livrés à eux-mêmes, ils tombaient vite dans le médiocre. C'est la vraie caractéristique du temps. Il n'est de haute beauté que par le secours immédiat des artistes disparus.
L'autel et l'arbre dont les branches se déploient dans le champ font souvenir des bas-reliefs pittoresques nés à Alexandrie et imités à Rome au temps d'Auguste. L'œuvre provient sans doute d'un atelier hellénique : nous ne la citons ici que comme modèle d'un genre particulier de monuments.
Les diptyques nuptiaux attestent un haut degré de perfection parce qu'ils sont ornés de types mythologiques, pour lesquels il était de nombreux exemples. On ne s'étonnera donc pas de trouver inférieurs les diptyques religieux, dont la décoration nécessitait une composition originale.
A partir du v® siècle, des diptyques consulaires furent
employés par le clergé aux usages liturgiques. On y consignait des listes de personnes vivantes ou de défunts dont le prêtre, du haut de l'ambon, devait lire la suite aux fidèles. Plus tard, on grava à même l'ivoire des successions épiscopales, des formules, des oraisons. Cet usage, tôt répandu, fit naître les diptyques proprement chrétiens, c'est-àdire exécutés pour une église et décorés de sujets religieux.
Nous touchons ici à un des problèmes les plus difficiles et les plus captivants de l'archéologie chrétienne : parmi tant d'oeuvres qui se ressemblent, fabriquées à une époque où traditions anciennes et tendances nouvelles se touchent, se pénètrent, s'influencent réciproquement, comment faire le départ de ce qui revient à Rome, à Byzance et à ces pays de Syrie et d'Egypte, si actifs, si originaux, et dont le rôle dans l'évolution de l'art chrétien avait été longtemps méconnu? Qu'on nous permette de réserver toute discussion pour le chapitre où nous étudierons les œuvres de l'art oriental. Ici, nous nous contenterons d'indiquer un principe général : tous les ivoires qui, par la facture, la composition, le choix des sujets, se rattachent étroitement à l'art des sarcophages trouvés à Rome en si grand nombre, peuvent être considérés aussi comme des produits de fabrication romaine.
Tel est le diptyque du Musée de Florence (pi. XXXII, 4). D'un côté, Adam apparaît dans le paradis terrestre, micouché sur un rocher, parmi des arbres verts et les animaux de la création. Nu, dans une attitude pleine de noblesse et d'abandon, le regard songeur, il évoque le souvenir des dieux helléniques. Les extrémités des membres sont massives, les traits du visage un peu gros. Il y a une mollesse excessive
dans le modelé du corps. Mais les proportions ne sont-elles pas bien observées, de même que les traits généraux de l'anatomie musculaire? Si le visage manque de distinction, il reflète la candeur d'âme et l'intelligence. On reconnaîtra dans la pose une harmonie de lignes, un équilibre, une ampleur qui sont dus, sans conteste, à la survivance de l'idéal classique.
Le revers du diptyque montre, superposées, trois scènes de la vie de saint Paul, d'après le chapitre XXVIII des Actes. Il prêche. Il montre au consul Publius et aux indigènes de l'île de Malte sa main mordue par une vipère et restant insensible. Il guérit le père de Publius rongé par la fièvre, et d'autres malades. Ce qui paraîtra le plus remarquable dans ces petites compositions, ce n'est pas tant la noblesse, la majesté, qualités inhérentes à tous les types inspirés de la tradition gréco-romaine, que cette vérité d'expression, cette vivacité naturelle des attitudes et des gestes, par quoi l'artiste indiquait un génie nouveau, le désir de peindre des caractères par la manifestation des mouvements de l'âme. Et ceci clairement, mais sans fièvre, avec la conviction bien romaine qu'il n'est pas de beauté dans l'agitation. Le diptyque florentin remonte au v® siècle. Il est d'un maître. Et ce serait le plus bel ivoire qu'ait produit l'art chrétien primitif en Occident, s'il n'y avait pas le coffret fameux du iv« siècle, la lipsanothèque de Brescia (pi. XXXIII), ainsi nommé, quand on tenait pour certain qu'il avait contenu des ossements sacrés.
En réalité, c'était une sorte de « coffre-fort » où l'on conservait les archives et des objets précieux de la basihque. Ses quatre faces et le couvercle étaient couverts de plaques d'ivoire aux reliefs nombreux : « Tout un poème, dit Dom
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Leclercq ^ fait d'épisodes de la Bible, sans intention mystique, d'ailleurs, et sans unité rigoureuse. » Le Christ en était le héros, glorifié en des scènes auxquelles l'artiste avait réservé la plus belle place, au milieu des panneaux. Seul un épisode de la vie de Pierre occupait le centre de la face postérieure. Autour des épisodes principaux, des plaques disposées en bordures et encadrements montraient les médaillons des apôtres et toute une suite de petites compositions inspirées des sujets familiers aux peintres des catacombes. Ainsi avait-on réuni le décor symbolique des trois premiers siècles et le genre historique qui fleurit, comme on le sait, dès après le triomphe de l'Église. Le coffret de Brescia est une œuvre de transition, comparable à certains sarcophages, déjà étudiés, où luttaient la puissance des premières traditions chrétiennes et le besoin d'une création neuve.
Le coffret de Brescia est supérieur aux sarcophages; le petit bas-relief taillé et poli dans l'ivoire, aux longues compositions sculptées dans la pierre. Au iv® siècle déjà, on maniait mieux le burin et la râpe que le ciseau. Par là, on manifestait une volonté plus hardie, on exprimait une âme supérieure.
La noblesse des figures, dans la lipsanothèque de Brescia, a été souvent célébrée et à juste titre, comme aussi la souplesse des draperies, la beauté des attitudes. Quoi de plus aimable et de plus majestueux que ce jeune Christ, au visage imberbe, aux longs cheveux bouclés? Mais ce que nous admirons surtout, c'est la sensibilité de son âme, tantôt gonflée du sentiment de la puissance et tantôt amollie par une sorte de douceur mélancolique. On l'aime, ce Christ, en tout sem-