‹ L'art chrétien primitifChapitre 21 sur 80 · DE LA BIBLIOTHÈQUE VATICANE · texte numérisé non relu

DE LA BIBLIOTHÈQUE VATICANE

Miniatures. — Les seules productions artistiques qui méritent encore d'être étudiées sont les miniatures. Elles apparurent en même temps que les beaux manuscrits, dès avant l'édit de Milan. Et ce fut un art semblable à celui des ivoires, fait d'imitation, de souvenirs et de hardies innovations. Toute la chronologie artistique se reflète en elles. Mais l'Occident, il faut bien le dire, ne joua qu'un rôle minime dans son premier développement. Du moins, n'est-il guère de belles illustrations dont l'origine ne soit contestée à Rome par ceux qui connaissent profondément l'art d'Alexandrie et

de l'Orient. Nous étudierons plus loin les œuvres des premiers miniaturistes chrétiens.

Conclusion. — Ce que nous avons considéré jusque maintenant est, à proprement parler, l'aspect chrétien de l'art romain, sorte de Janus, dont les deux faces avaient une ressemblance toute fraternelle, mais qui différaient d'âge et d'expression. Car la chrétienne était plus jeune, moins robuste peut-être et moins fière, comme si le sang dans ses veines avait perdu de sa force; par contre, elle était plus naïve, plus passionnée, et son âme, aurait-on dit, se laissait contempler avec plus de simphcité. Que pouvions-nous faire, sinon les comparer? Et puisque les traits étaient de même race, le sang de la même origine, ne fallait-il pas reconnaître et mesurer les causes auxquelles était due la différence, facile à constater, entre les deux physionomies?

D'une part, nous avons indiqué la décadence toujours plus accentuée des métiers, en sorte que l'art chrétien, comme un enfant tard venu, chez des parents trop caducs, se trouva frappé de quelque langueur au moment même où il allait tenter de grands travaux. Son enfance fut obscure, sa jeunesse courte; en sa maturité il était déjà vieux. Mais au cours de sa carrière un peu chancelante, il avait eu de magnifiques sursauts d'énergie. Son âme était ardente, si ses membres étaient débiles ; son ambition fut haute et nous lui devons quelques accents, que son frère plus âgé, plus sûr de ses forces, eût été incapable d'exprimer.

Tel est le portrait de l'art chrétien en Occident. Mais il y manque encore un caractère, c'est celui d'un certain exotisme, dont l'art profane porte moins que lui la marque, d'une sorte de cachet étranger jurant un peu avec sa nature fon-

cière. Et l'on se rappellera ici combien de fois nous avons été amené à faire des réserves sur la qualité romaine de certaines œuvres par nous décrites. L'Orient, disions-nous, a passé par là. Que d'œuvres nous n'avons pas citées, quoiqu'elles le fussent toujours autrefois, parce qu'on a reconnu leur origine étrangère et qu'on les a enlevées à la tradition romaine ! Parmi celles qui étaient romaines de technique, combien dont la pensée première, l'idée-mère, étaient fleurs d'Orient ! Le moment est venu d'exposer ces problèmes. Après avoir montré la floraison d'art chrétien dont Rome fut le centre, il convient d'explorer les régions grecques de l'Asie- Mineure, les provinces qui faisaient partie des anciens empires d'Orient, l'Egypte, la vaste partie de l'Europe soumise au sceptre de Constantinople, et partout, dans ces terrains depuis longtemps productifs d'art et d'industrie, apprécier le fruit des semences chrétiennes. Nous envelopperons ces études diverses sous le titre collectif d'Art chrétien primitif en Orient.

BIBLIOGRAPHIE. — Sur les arts industriels dans l'antiquité, spécialement l'antiquité romaine, leur technique et leurs œuvres, consulter l'ouvrage de H. Bluemner, Technologie und Terminologie, 4 vol., Leipzig, 1879, ou mieux, l'excellent résumé du même auteur. Dus Kunstgewerbe im Altertume, in-80, Leipzig et Prague, 1885.

Sur l'orfèvrerie antique : article Cœlatura, dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, de Daremberg et Saglio. L'origine et le caractère des trésors de Hildesheim, Bernay, Bosco-Rcale constituent une question très importante, même pour l'archéologie chrétienne, car il s'agit de savoir si ces œuvres procèdent de l'art alexandrin ou de la tradition romaine. Voir ScHREiBER, Die Alexandrinische Torcutik, Vienne, 1894; Pernick et WiNTER, Hildesheimcr Silberfund, 1901 ; HIi:ron de Villefosse, Le Trésor de Bosco-Reale (Monuments Piot, t. IV). Cf. Springer-Michaelis, Handbuch, p. 239.

Sur les libéralités faites aux églises romaines • Grisar, op. cit. Un nombre considérable de coffrets chrétiens en argent sont publiés et décrits par

A. Venturi, op. cit., I, p. 549. Sur le coffret du Vatican : G.-B. de Rossi^ La Capsella argentea africana offerta al summo Pontefice Leone XIII dal Card. Lavigerie, Rome, 1899. Sur le coffret de Milan : F. de Mély, Le Coffret de Saint-Nazaire de Milan (Monuments Piot, t. II).

Le meilleur résumé de ce que nous savons sur les verres et lampes de l'époque chrétienne est celui de Kaufmann, Handbuch, p. 561-589. Lampes : J.-J. Bachofen, Rœmische Grablampen, Bâle, 1890; J. Finck, Formen und Stempel rœmischer Tonlampen (Sitzungsberichte d. kônigl. bayr. Akademie der Wiss.), 1900 (Étude chronologique des lampes chrétiennes) ; De Waal, Die figuerlichen Darstellungen auf altckristl. Lampen Rœmische Quartalschrift, 1895) et Fribourg, 1898. Cf. Leclercq, Dictionnaire (Cabrol) , article Anniser. Ampoules : voir ce mot, Cabrol, Dictionnaire.

Sur la technique des verres antiques : W. Froehner, La Verrerie antique, Paris, 1879. Les verres dorés ont été recueillis par Garrucci, Vetri ornati di figure in oro, Rome, 2^ édition, 1864. Le meilleur travail d'ensemble sur cette série de monuments est celui de H. Vopel, Die altchristlichen Goldglaeser, Fribourg, 1899.

La httérature relative aux diptyques en particulier et aux ivoires en général est énorme. Sur les diptyques antiques, consulaires et autres, consulter Daremberg et Saglio, axticle Diptyque. Pour le reste, voir la biblio graphie des ivoires d'Orient.

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