CHAPITRE XII
L'Orient et Rome. Théorie traditionnelle des origines de l'art byzantin. La Grèce et l'Orient. Théories de M. Strzygowski. L'art chrétien en Orient des origines à Constantin, Tombeau païen de Palmyre. Fresques chrétiennes d'Alexandrie. Sarcophages asiatiques du iii^-ive siècle. Les débuts de l'architecture chrétienne en Orient.
L'Orient et Rome. Théorie traditionnelle. On ne saurait nier qu'en ces dix dernières années, le prestige artistique de Rome n'ait grandement souffert. Pendant la majeure partie du xix® siècle, on avait considéré la ville impériale comme la principale héritière du génie hellénique, la gardienne d'une tradition qu'elle aurait d'ailleurs vivifiée de sa robuste jeunesse. Victorieuse du royaume de Macédoine, elle s'était polie, dès le II® siècle avant Jésus-Christ, au contact d'une Grèce déchue de son pouvoir, mais non de sa culture supérieure. Athènes lui communiquait son dernier souffle ; Alexandrie et les cités grecques d'Asie-Mineure l'instruisaient, avant même qu'elle les eût soumises, de leurs habitudes luxueuses et de leurs métiers d'art. Ainsi, semblait-il, l'âme de l'Hellade, en quelque sorte dissoute avec le fractionnement de l'empire d'Alexandre, se reconstituait en elle.
Après avoir été élève obéissante, elle avait manifesté, disait-on, sa propre énergie. Sous le principat d'Auguste, un
art s'était élaboré qui devait beaucoup au passé, mais qui était original par la façon dont ses divers éléments s'étaient fondus ensemble. On y reconnaissait des souvenirs de l'ancienne civilisation étrusque, des emprunts nombreux faits à la Grèce; néanmoins, ce qui paraissait le plus éclatant, c'était encore le génie de la cité, assez puissant pour absorber en lui des habitudes différentes, des tendances contraires et leur donner le cachet d'une majestueuse unité. Cet art fut appelé « impérial ». Là, en effet, se trouvait son principal caractère. Ayant commencé d'imposer par son ampleur et sa force, il était destiné, comme l'Empire, à étendre sa domination sur le monde entier.
Comment aurait-on pu contester à Rome le pouvoir créateur et la faculté d'invention? Était-il une architecture semblable à la sienne? Les ordres grecs, elle ne les avait adoptés que pour en faire l'usage qu'elle préférait. Le corinthien était devenu sa chose, tant elle l'avait développé en richesse. Elle avait créé le toscan. Et les autres ordres, c'était encore en toute indépendance qu'elle les avait fait entrer dans son système de construction. Ses temples rectangulaires, tout en prouvant une grande fidélité à la tradition, affirmaient leur désir d'être originaux. Et que dire des édifices à coupole, comme le Panthéon, des vastes nefs voûtées de berceaux, comme celles de la basihque de Constantin, et surtout des procédés de constructions : maçonnerie en briques cuites, murs épais, armatures en cerceaux appareillés, blocages noyés de ciment ? Il semblait bien que Rome ne fût redevable de cela qu'à elle-même et que le reste du monde en fût redevable à Rome.
De même, s'il y avait une sculpture romaine dont l'ambition n'allait pas plus loin que pasticher les anciens maîtres