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LA GRÈCE ET L'ORIENT

ne réponde négativement. Les uns fondent leur conviction sur l'analyse des bas-reliefs et des miniatures, les autres sur l'évolution de l'architecture religieuse, et tous, à la suite d'un leader dont la science et la hardiesse sont égales, M. Strzygowski, de l'Université de Gratz, font entrer en jeu un élément d'appréciation dont les anciens érudits ne soupçonnaient pas toute l'importance : nous voulons dire l'art hellénistique. Non pas celui que Rome avait incorporé à ses monuments et qui avait perdu ainsi son originalité primitive, mais celui qui n'avait cessé de fleurir, depuis Alexandre, aux rivages orientaux de la Méditerranée et qui, après avoir enrichi le patrimoine romain, avait conservé intacte toute sa vitalité.

De quel droit, en effet, avait-on supposé que la Grèce, avec son art et ses institutions, était morte aux premiers siècles de l'ère chrétienne? Morte était Athènes, ou du moins évanouie dans le rayonnement de la puissante ville d'Occident. Morte peut-être aussi la Grèce propre, dont Ja terre était appauvrie, le peuple las; mais telle n'était pas la situation en Afrique et en Asie. La sève, qui faisait défaut au tronc du vieil arbre hellénique, affluait encore dans ses rameaux lointains d'Orient. Ni Alexandrie, ni Pergame, ni Antioche n'avaient abdiqué en faveur de Rome, bien que Rome les eût assujetties. Qu'importait la conquête ? Ces grandes cités n'en persistaient pas moins à cultiver leurs anciennes traditions. Rome, auprès d'elles, n'était qu'une étrangère, à laquelle on ne pouvait refuser d'obéir, à laquelle même on obéissait facilement, car son administration était un modèle d'ordre et de fermeté, mais dont la civilisation était trop neuve pour qu'elle supplantât tout à coup celle que les diadoqucs avaient fondée.

Alexandrie échpsait toute ville rivale. Elle avait introduit.

comme nous l'avons vu, le pittoresque dans la peinture murale et le bas-relief, de telle façon que chaque détail fût empreint de vérité et que la composition générale fût aimable à force de fantaisie; à côté des figures souveraines consacrées par la tradition grecque, elle avait fait place au réalisme des types populaires et c'était elle qui avait mêlé aux dieux et aux hommes, avec une hardiesse insoupçonnée, les personnifications et allégories. Pour tout ce qui concerne l'art décoratif, les régions voisines du bassin oriental de la Méditerranée n'avaient donc que faire des leçons de Rome. Mais cela signifie-t-il que l'influence de la grande cité sur l'art chrétien d'Orient ait été nulle? Peut-on admettre qu'ayant tout reçu, elle n'ait rien donné en retour? Elle se contenta, dit M. Strzygowski, le terrible adversaire du génie romain, de conférer la « mine impériale » au patrimoine qu'elle tenait de la Grèce, d'Athènes et d'Alexandrie.

Il y a là de l'exagération. Certes, Rome emprunta, mais non sans faire fructifier le trésor des autres. Elle imita, mais comme tous les peuples dont les ambitions croissent à mesure qu'ils se développent, comme l'ItaHe du cinquecento, la France du xvii® siècle, dont on ne saurait dire sans injustice que les monuments sont des imitations de l'antique avec une mine italienne ou française i.

La vérité, c'est que l'art impérial, pour réelle que soit son originahté, n'intervint pas dans les affaires artistiques de l'Egypte et de l'Asie-Mineure comme un dominateur irrésistible, mais comme un élément étranger dont l'influence fut la plus minime de toutes. On croira difficilement que des constructeurs aussi experts que les Romains n'aient rien

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