CHAPITRE XIII
LES ORIGINES DE L'ART BYZANTIN (suite.)
Constantinople. Architecture religieuse de Constantin à Justinien. Palais de Spalato. Formes hellénistiques. Édifices constantiniens. Syrie : basiliques et octogones. Asie postérieure : basiliques à coupoles et en forme de croix. Egypte et Tunisie. Le problème de la coupole et des contreforts. Justinien et Sainte-Sophie de Constantinople. Les Saints-Apôtres. Conclusion.
Constantinople. Nous avons vu qu'à une époque toute récente encore, beaucoup d'historiens voyaient dans la fondation de Constantinople l'événement qui avait le plus contribué à répandre les idées romaines en Orient. On s'imaginait volontiers que Constantin avait emmené à sa suite tout le cortège des traditions impériales et que la cour, là-bas, parmi les Asiatiques et les Grecs, avait représenté le prestige glorieux du romanisme. En quoi l'on commettait une grave erreur; car rien ne ressemblait moins à un mouvement de propagande occidentale que le départ de la cour pour les rives du Bosphore. Il n'était pas dû davantage à une fantaisie passagère. C'était plutôt, si l'on peut tenir pour rivales la civilisation romaine et la civilisation gréco-orientale, un passage à l'ennemi.
En vérité, Constantin abandonnait Rome au passé, le sol italien à ses destinées modestes et, jugeant que la partie
orientale de l'empire était celle qui faisait pour l'avenir les plus brillantes promesses, il venait établir son trône aux confins de l'Europe et de l'Asie, pour les recueillir. Aussi bien, il était bon que, dans l'organisme de l'État, le siège du pouvoir suprême fût au lieu où se manifestait la plus grande vitalité; c'était une pensée sage que d'associer, aux robustes énergies et à l'activité de l'Orient renouvelé par le christianisme, le plus haut symbole de l'autorité.
Au point de vue politique, Constantinople ne fut jamais que de nom la capitale de l'empire, celui-ci étant trop vaste pour ne pas se fractionner de lui-même en régions qui avaient chacune leur métropole, mais elle fut réellement la capitale de l'Orient gréco-asiatique, dont elle résumait la complexité morale et à qui, par son administration, ses magistrats, ses lois, elle conférait pour la première fois un véritable caractère d'unité sociale. Il en était de même au point de vue religieux. Le patriarche de Constantinople exerçait un pouvoir disciplinaire qui ne laissa pas, en plus d'une occasion, de se transformer en primauté rivale de la primauté romaine. Le schisme religieux fut la conséquence directe du schisme politique accompH par la fondation de Constantinople. Enfin, cette ville que la volonté d'un homme avait fait naître et que, par conséquent, le poids des traditions n'embarrassait pas, se développa non par l'effet de sa nature intime, mais sous les influences concordantes du milieu où elle était placée.
N'est-ce pas un fait s5miptomatique que Constantin, une fois qu'il résida à Constantinople, réforma l'administration impériale et toute la hiérarchie des fonctions pubhques, toute la nomenclature des titres de noblesse? Il établissait ainsi les fondements d'im nouveau règne, un règne tout dif-
Planche XXXVI.
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