DÉCORATION MONUMENTALE
et à leur décoration. Au contraire, sous l'influence des exemples de l'Orient, un même esprit anime les artistes lorsqu'il s'agit d'interpréter la nature et, en particulier, les végétaux, pour en tirer des motifs d'ornement. Si l'on fait abstraction de l'acanthe épineuse dans les chapiteaux du V- siècle, on remarquera que les modèles naturels sont traduits avec une exactitude grande, mais qui devient infidèle à force de précision et de régularité. On aime le rinceau, dont les sinuosités se prêtent à de beaux entrelacs, mais on suspecte le feuillage, dont la profusion et la fantaisie nuiraient à la clarté du dessin. Ou bien ce feuillage, les décorateurs le soumettent à la rigidité des lignes géométriques, dessinant des contours anguleux, accentuant la structure intérieure par la profondeur et la netteté du trait. La texture de la matière, pulpe de feuille, de fruit ou de chair, est pétrifiée; la vie, attestée par des ondulations spontanées, est ramenée au type uniforme et régulier, en sorte qu'il n'est plus ni oppositions ni contrastes, mais seulement des juxtapositions symétriques. Le procédé est celui d'ornemanistes brodant des motifs sur un noyau brut, non celui de sculpteurs faisant sortir la décoration du cœur même de la pierre. Le mot plaquage, avec tout ce qu'il suppose de méthode inférieure, s'impose. En effet, le champ du marbre est fouillé, évidé, de façon que le dessin apparaisse réservé en surface et relevé par les vides pleins d'ombre. Jamais on ne modèle dans l'espace. Tous les ressauts, heurts et à-coups sont évités. L'ornementation se développe unifomie et serrée comme une trame végétale, ayant la préciosité sèche des travaux d'orfèvrerie et la docilité à se tendre des étoffes. C'est de la stylisation par dessèchement.
Il est probable que ce procédé d'applications est dû, ori-
iio ARTS DÉCORATIFS EN ORIENT
ginairement, à l'emploi qu'on fit en Orient de la brique et des menus matériaux. La pierre invitait au travail dans la masse; les noyaux peu compacts et peu agréables à voir exigeaient, pour ainsi dire, un déguisement. C'est par l'imitation de ce décor que l'ornement byzantin devint indépendant des formes et se réduisit à n'être, suivant les mots si justes de M. Millet, qu'une végétation adventice, un trait plus vif, un accent du décor polychrome.
Sculpture. Pierre et Bois. On comprend facilement qu'une telle déviation de l'esprit plastique n'ait pas favorisé le développement de la statuaire. Il n'y eut guère dans l'art byzantin que des statues d'empereurs. Elles étaient merveilleuses, au dire de certains écrivains orientaux, mais ces éloges sont trop visiblement ampoulés. Quant au bas-relief, il ne resta pas longtemps à la hauteur où le iv^ siècle l'avait porté dans des sarcophages tel que celui de Psamatia.Une tendance générale poussait à réduire le rôle de la bosse; l'importance de la décoration, la préférence que, pour des motifs esthétiques et religieux, on accordait à la peinture et à la mosaïque, contribuèrent à faire déchoir la sculpture proprement dite. La forme pour elle-même ne fut plus prisée, l'Eglise la suspectant, la Cour étant devenue inapte à la comprendre, la foule trouvant sa piété satisfaite par les belles images d'or et de couleur. Le bas-relief devint essentiellement narratif et fut surtout pratiqué dans les arts industriels, notamment pour la décoration du bois et de l'ivoire; dans la pierre, il perdait ses quahtés plastiques et se réduisait, de plus en plus, à une fonction ornementale.
Les sarcophages d'Hélène, au Vatican, et le sarcophage en porphyre de Sainte-Constance (Venturi, I, fig. 171-175)