II. M
nade traversant la campagne et embellissant le paysage, une nymphe couchée, le torse nu: voilà à quoi se réduisent les réminiscences antiques. Bien plus intéressante est la vivacité d'action dans la scène du puits, composée sans l'aide des traditions du passé. La jeune fille penche le vase aux lèvres du voyageur qui boit avec avidité, les genoux ployés, tandis que les chameaux se pressent vers le puits, impatients, eux aussi, d'apaiser leur soif. Il y a là de la noblesse, du charme et une naïve émotion.
M. Wickhoff eut tort de considérer la Genèse de Vienne comme une œuvre romaine par son ascendance; ce ne sont pas les peintures des cimetières occidentaux qu'elle rappelle, mais les fresques trop rares découvertes dans ceux d'Alexandrie.
La Bible provenant de la bibliothèque de Robert Cotton, au Musée britannique, a un caractère byzantin assez accentué.
Au Vatican, se trouve le Rouleau de Josué, remontant au v^-vi® siècle. Il a encore près de ii mètres de long, bien qu'il y manque le commencement et la fin. Les exploits de Josué se déroulent au bas des pages, comme une épopée guerrière, en une frise continue faisant penser à une suite de bas-reliefs le long d'un édifice : le volumen obligeait le miniaturiste à prendre ce parti. Le texte est de beaucoup postérieur aux images et celles-ci ne semblent être que la reproduction assez malhabile d'un original plus ancien. Le dessin, mauvais, ne s'appuie d'aucune science de l'anatomie, d'aucune observation de la vie vraie. Ni muscles, ni ossature, proportions allongées à l'excès, modelé peu marqué, perspective irrationnelle : de tout cela on peut tirer au moins une conclusion, c'est que le décorateur premier du manuscrit, imitant des fresques,.
Planche LI.
MiM.MiUKs: ,.(;(MirMdcVirnno: KrUx:ca et Eliéïcr (Wickholt). 2. i:viiii^il»- (U" Kossano : Saint Marc (Munot).
n'avait guère le sentiment de la solidité si particulière aux figures antiques. Nous avons déjà remarqué ce fléchissement particulier du dessin dans les miniatures chrétiennes du vi^ siècle. D'un autre côté, les physionomies réduites à un petit nombre de types, les mouvements collectifs réglés par la symétrie, ce qui n'empêcha pas de traduire l'action avec une certaine puissance de vie et d'expression : voilà qui est fait pour donner à cette œuvre une singulière originalité. On a pu dire, à cause du caractère essentiellement graphique des figures, que le Rouleau de Josué procède de manuscrits semblables à Y Iliade de Milan. Des allégories nombreuses et non sans grâce y attestent l'influence hellénistique.
Parmi tous les livres liturgiques, les psautiers sont ceux qui gardèrent le plus fidèlement le souvenir des nobles figures et des beautés pittoresques de l'art alexandrin. Les plus anciens ont disparu. Mais n'est-il pas admirable qu'au X® siècle, dans une œuvre comme le psautier de Paris, la tradition dont nous venons de parler soit encore vivace, au point que nous y retrouvions intacte toute la grâce de l'hellénisme? Six miniatures en pleine page illustrent la vie de David; d'autres, le psaume 50, le psaume 77, les Odes. Considérez Isaïe en prière, David jouant de la haqx^ (Millet, fig. 123, 124). Les visages ont quelque rudesse byzantine, mais les gestes et attitudes sont classiques, les expressions ferventes. Les allégories sont toutes gracieuses ; les attributs sont antiques; le paysage s'inspire des églogues et des pastorales. On peut dire qu'en ces tableaux, le pittoresque garde tout le charme de la nature ; la beauté de l'homme est aimée, l'esprit de Théocrite est plus puissant que l'esprit des prophètes.
Le manuscrit de Paris est le type le plus remarquable
des psautiers où les miniatures occupent toute la page ; le psautier Chludov, à Moscou, représente les psautiers dont l'illustration, plus tardive, est placée en marge.
De la série des évangéliaires, la petite ville de Rossano, en Calabre, possède l'exemplaire le plus intéressant, mutilé, remanié, mais qui, avec ses cent et quatre-vingt-huit feuillets de parchemin pourpré, ses onciales d'argent et d'or, constitue encore un monument d'une valeur inestimable. Les miniatures, réunies en tête de l'évangéHaire, comprennent deux frontispices, quarante figures de prophètes, treize scènes bibliques : miracles, paraboles, épisodes de la Passion.
Un caractère monumental très accusé, voilà ce qui distingue les miniatures de l'Évangile de Rossano, les figures ayant une tendance à se juxtaposer en frise et le décor pittoresque étant presque toujours écarté (pi. LU). Les types ont quelque chose de sculptural ; les compositions sont équilibrées en groupes solides et sobres, comme si l'artiste avait voulu transposer dans ses images le caractère imposant des fresques ou des mosaïques. On a comparé certaines de ces miniatures, la Cène notamment, à des représentations semblables de Saint-Apollinaire le Neuf : l'analogie saute aux yeux.
N'oublions pas d'appeler l'attention sur une figure d'évangéliste, saint Marc, qui écrit sous la dictée d'une femme drapée (pi. LI, 2) : cette femme drapée est une allégorie par laquelle subsiste le souvenir d'Alexandrie; quant à l'évangéliste écrivant, la tête penchée, tendant l'oreille, c'est une figure qui deviendra classique, pour ainsi dire, dans les évangiles médiévaux. Notons aussi que les canons d'Eusèbe, c'est-à-dire le tableau des concordances de passages parallèles, relevés dans les quatre évangiles par Eusèbe, ne
devaient pas manquer au manuscrit avant sa mutilation. La Bibliothèque nationale de Paris conserve les fragments d'un évangéliaire provenant de Sinope et proche parent du manuscrit de Rossano, Tous deux, selon M. Strzygowski, auraient été exécutés en Asie-Mineure.
Un autre évangéliaire daté et d'origine sûre est celui de la Bibhothèque laurentienne de Florence. Il fut écrit en 586 par le moine Rabula, au monastère de Saint-Jean de Zagba, en Mésopotamie : c'est le plus précieux monument que nous possédions des arts du dessin en Syrie, peu après le règne de Justinien. En frontispice, les figures d'Eusèbe et d'Ammonius d'Alexandrie; puis, les canons, disposés en colonnes dans des cadres architectoniques et entourés de petites miniatures; enfin, sept grandes compositions à pleine page, la Crucifixion, la Résurrection, l'Ascension, l'Élection de Mathias, la Pentecôte, la Vierge debout avec l'Enfant. le Christ assis entre deux évêques et deux moines : telle est la riche illustration du manuscrit de Florence.
Elle se souvient de la décoration grecque. Les colonnes et frontons qui forment le cadre des canons d'Eusèbe, les fleurs, les oiseaux qui les entourent (pi. LUI. i et 2) ont leurs prototypes dans les fresques d'Alexandrie et de Pompéi. La Syrie n'a fait qu'associer ces éléments d'une façon nouvelle et ajouter à l'ornementation quelques motifs locaux, tels que les chapiteaux à figures, les ciboires coniques, la croix placée sur le sommet ou inscrite dans un cercle au tympan des arcades ^ Une libre fantaisie d'Orient avait transformé la physionomie des créations grecques, en ajoutant de l'étrange à ce qu'elles avaient d'aimablo. en