ORFÈVRERIE. ÉMAILLERIE
châsse de saint Servais, montre les Dioscures (Reusens, I, fig. 257), celui d'Aix-la-Chapelle, un quadrige (Venturi, I, fig. 351) : ces deux derniers sujets sûrement grecs, tandis que les précédents indiquaient leur origine perse (art sassanide). Les ouvriers byzantins se servaient des uns et des autres pour décorer leurs étoffes.
Nous ne possédons pas de pièces antérieures à Justinien : celles que nous avons citées remontent aux viie-viii« siècles.
Orfèvrerie et Émaillerie. On ne saurait nier que l'esprit de liberté et de vie qui animait tout l'art hellénistique ne se soit lamentablement amoindri dans l'art byzantin. C'est ainsi que les pièces d'orfèvrerie exécutées dans l'Empire d'Orient du vi® au xiie siècle jurent avec celles que nous avons décrites en parlant de l'art chrétien primitif en Occident : l'influence du style monumental et le code de l'art officiel ont tari la spontanéité, la fantaisie. Les artistes consacrent tous leurs efforts à faire des œuvres somptueuses au moyen de procédés savants.
Nous ne connaissons rien des œuvres byzantines du ve siècle, citées en grand nombre par le Liber pontificahs, rien des cadeaux magnifiques faits par Justin T'" au pape Hormidas, vers 519-523, et qui comprenaient des vases d'or et d'argent, des évangéliaires, des calices. Mais la célèbre Crux Vaticana (Venturi, I, fig. 454), attribuée au règne de Justin II, nous permet de juger l'orfèvrerie byzantine au VI® siècle : le relief est déchu, la beauté des teuvres réside surtout dans leur richesse de pierreries. Nous regrettons moins, dès lors, de ne pas posséder les éclatantes merveilles dont Justinien avait doté Sainte-Sophie.
L'art du repoussé ne cessa pas cependant d'être pratiqué
jusqu'au xii^ siècle. Il fait l'honneur des ampoules de Monza^ qui contenaient de l'huile des sanctuaires palestiniens et que Grégoire le Grand envoya de Rome vers 600; il est souvent remarquable aussi sur les boucliers et médaillons exécutés pour les empereurs et consuls '\ Aussi bien, l'émaillerie tôt adoptée par les ateUers byzantins ne tarda pas à restreindre son importance.
Dès le vie siècle, les orfèvres de Constantinople connaissaient sans doute l'art de transformer en pâtes certains oxydes minéraux mélangés au plomb et au borax et de les fixer sur l'or par la fusion. Une croix du trésor de Monza porte une Crucifixion en dessin gravé, rehaussé de nielle. D'un autre côté, la verroterie sertie en alvéoles était depuis longtemps un travail de pratique courante, commun aux Barbares et aux Orientaux : les Byzantins subordonnèrent ce dernier procédé à celui de rémaillerie,bien plus artistique.
Un dessin dont les traits gravés étaient remplis d'émail, voilà quelle fut probablement la première application de l'art nouveau au vi® siècle, notamment dans le fameux autel de Sainte-Sophie. On ne tarda pas à user de procédés plus hardis. Le premier, qui consiste à fouiller d'abord le métal et à remphr les creux de pâtes vitrifiables, qui réserve, par conséquent, une partie de la surface métallique pour contribuer à la polychromie définitive, est dit d'émail champlevé ou en taille d'épargne. Il ne fut jamais chez les Byzantins que d'un usage restreint, car il avait le défaut de ne pouvoir être utihsé sur de minces feuilles d'or et, si on l'employait sur une tablette épaisse, celui d'occasionner un déchet considérable du précieux métal.