ORFÈVRERIE. ÉMAILLERIE
On adopta donc plutôt un second procédé, celui de l'émail cloisonné, qui consistait à répartir les émaux dans des cellules soudées sur le fond des feuilles d'or. Suivant le projet d'avance établi, le corps des motifs se détachait en couleur, les contours et les traits intérieurs étaient marqués en surface par la tranche supérieure des cellules. Cloisonnés ou champlevés, avec leur belle coloration, les émaux byzantins atteignirent parfois à la richesse de la peinture décorative.
La gamme des couleurs, primitivement limitée au blanc, au bleu, au Ulas, au rouge et au pourpre, s'enrichit merveilleusement de tons et de nuances. Au x^ et au .xi*-' siècle, elle constituait une palette polychrome aux teintes les plus variées.
On n'en finirait pas de citer tous les objets dus à l'émaillerie byzantine du vi^ au xii^ siècle. Les croix, les calices, les couronnes, les icônes abondent dans les trésors de nos cathédrales et dans nos musées. Il nous faut au moins mentionner la Pala d'Oro, de Venise (pi. LUI, 3 et 4), tableau d'autel commandé par le doge Pier Orseolo en 976-078 et remanié plusieurs fois depuis. Nous en reproduisons deux fragments, comme exemples de ce que produisirent ensemble l'habileté du métier, l'amour de la somptuosité et l'absence de goût. Les reliefs sont très beaux, mais chargent à l'excès les espaces libres; les émaux sont d'une qualité incomparable : on regrette seulement qu'ils ne s'allient pas à un dessin plus correct. Quant aux gemmes et verroteries, en tables, en cabochons, elles ne font qu'attester un luxe quelque peu barbare. Bien différent est le PalioUo, de Milan, œuvre occidentale du ix*^ siècle, que nous retrouverons un peu plus loin.
Pour l'instant, il convient d'achever le tableau de T.irt
chrétien d'Orient en commentant les œuvres qu'il fit éclore dans une ville qui fut, peut-on dire, la rivale en gloire de Rome ^et de Constantinople : Ra venue.
BIBLIOGRAPHIE. — Sur l'ornemeiit sculpté et la façon dont les motifs et techniques d'Orient vinrent altérer les traditions hellénistiques : Strzygowski, Orient oder Rom, p. 147; id., Mschatta {Jahrbuch der kœnigl. preuss. Sammlungen, 1904) : influences de la Perse par l'intermédiaire de la Syrie; id., Koptische Kunst, dans Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire, Vienne, 1904 : influences égyptiennes. Voir aussj du même auteur : Antiochenische kunst {Oriens Christianus, 1902), et Schicksale des Hellenismus, op. cit.
Evolution du chapiteau et décoration : Ch. Diehl, Manuel, p. 128.
Sur la sculpture proprement dite : Strzygowski, Orient oder Rom, p. 65 : étude sur des sculptures d'Egypte, les sarcophages de sainte Hélène et de sainte Constance; id., Die altbyzantinische Plastik der Bluetezeit {Byzantinische Zeitschrift, 1892) ; Ainalof, Fondements hellénistiques de l'art byzantin, Pétersbourg, 1900 (russe) : cet ouvage est un de ceux qui ont le plus contribué à la nouvelle orientation des recherches sur l'art chrétien primitif en Orient; il est surtout précieux pour l'étude des miniatures. Sur la peinture et la sculpture primitives en Orient, on consultera toujours avec fruit l'ouvrage de Bayet, Recherches pour servir à l'histoire de la peinture et de la sculpture chrétiennes en Orient, avant la querelle des Iconoclastes, Paris, 1879.
Sculptures de Baouit : Cledat, Le Monastère et la nécropole de Baouit, Caire, 1904- 1906. Les œuvres que nous avons citées sont reproduites et étudiées d'après Clédat dans Strzygowski, Koptische Kunst, et Leclercq, Dictionnaire (Cabrol) , article Baouit.
Porte de Sainte-Sabine : Wiegand, Das altchristliche Hauptportal an der Kirche der hl. Sabina, Trêves, 1900.
Ivoires : L'ouvrage qui contient l'exposé le plus complet relatif aux ivoires chrétiens primitifs et qui reflète le mieux les idées opposées aux théories d'Aïnalof et Strzygowski est celui de G. Stuhlfauth, Die altchristliche Elfenbeinplastik, Fribourg et Leipzig, 1896. Il est réfuté implicitement par le livre de M. Strzygowski, Hellenistische und Koptische Kunst in Alexandria, Vienne, 1902. C'est en tenant compte de ces débats récents qu'il faut consulter l'ouvrage, toujours précieux pour ses planches et gravures, de Molinier, Histoire des arts appliqués à l'industrie, t. I (Ivoires) in-fol., Paris, 1896 et, à plus forte raison, celui de Labarte, Histoire générale des arts industriels, I, in-40, Paris, 1872.
Les recueils et catalogues d'ivoires les plus importants sont :Westwood, A descriptive catalogue of the fictile ivories in the South- Kensington Muséum, in-80, Londres, 1876; Graeven, Fruehchristliche und mittelaîterl.che Elfenbeinwerke in photo graphischer Nachbildung : I (Angleterre), Rome 1898; II (Italie), Rome, 1900 : photographies et notices; Kanzler, Gli cvofi dei Musei profano e sacro délia bibliotheca Vaticana (45 planches, 100 ivoires), Rome, 1903; Beschreibung der Bildwevke der chrtstl. Lpoche (Musée de Berlin), 2*^ Abtheil., Elfenbeinbilder, fol., Berlin, 1902 (45 planches) .
Un grand nombre d'ivoires chrétiens primitifs sont reproduits dans Venturi, Storia, I.
Sur les peintures de la catacombe de Karmouz, voir bon résumé du sujet et bibliographie dans Leclercq, Dictionnaire (Cabrol), article Alexandrie.
Peintures d'El-Bagaouat : W. de Bock, Matériaux pour servir à l'archéologie de l'Egypte chrétienne, Pétersbourg, 1901. Cet ouvrage a été résumé par C.-M. Kaufmann, Ein altchristliches Pompeij in der libyscken Wueste, in 8», Mayence, 1902.
Peintures de Baouit : Cledat, op. cit., Leclercq, loc. cit.
Mosaïques: Bayet, Recherches, op. cit.; Ainalof, Mosaïques du II''' et du V^ siècle, Pétersbourg, 1895. Diehl, /ws/mï^M, Paris, 1902; Diehl et Letourneau, les Mosaïques de Sainte-Sophie de Salonique, Paris, 1907. Voir aussi les excellents chapitres consacrés à la mosaïque dans les manuels de G. Millet et de Ch. Diehl. Sur les miniatures : Ainalof, Fondements hellénistiques, op. cit., Ceriani et Ratti, Homeri Iliadis pictae fragmenta. Milan, 1904 (100 fr.); de Nolhac, Le Virgile du Vatican, Paris, 1897; Strzygowski, Die Kalenderbilder des Chronographs vom Jahre 354, Berlin, 1888; DiEZ, Die Miniaturen des Wiener Dioskurides (Byz. Dcnkm. III), Vienne, 1903 ; Premerstein, Wesselv et Mantuani, De codicis Dioscuridei Aniciae Julianae Vindobonensis, historia, forma, scriptura, picturis, Leyde, 1906; Stornajolo, Le miniature délia Topographia cristiana dt Cosma Indicopleuste (Collection des Codices Vaticani), Milan, 1908, (120 fr.) ; Stkzwgo-wski, Der Bilderkreis des griechischen Physiologus, Leipzig, 1899; Hartel et Wickhoff, Dïc Wiener Genesis, Vienne, 1895. // rotule di Gtosue {Codices Vaticani, v), Milan, 1907 (160 fr.) ; Tikkanen. Die Psalter- Illustration im Mittelalter, Helsingfors, 1895; Omont, Fac-similés des miniatures des plus anciens manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale du VI(^ au XI^ siècle, Paris, 1902; Kondakof, Miniatures d'un p.^i >u
du IX^ siècle de la collection Chludov à Moscou, Moscou, ib, . '); Haseloff, Codex purpureus rossanensis. Berlin, Leipzig, 1898; A. MuNOZ, // codice purpureo di Rossano (on trouvera aussi dans cet ouvraiîo la
reproduction et un commentaire des fragments de Sinope) ; Strzygowski, Das Etschmiadzin Evangeliar (Byzant. Denkm. I), Vienne, 1891.
M. Strzygowski a voulu démontrer que, jusqu'au xv^ siècle, les influences de l'Orient avaient gardé leur indépendance, malgré Byzance : Die Miniaturen des serbischen Psalters in Mûnchen, Vienne, 1906. Cf. résumé de Brehier, Orient ou Byzance {Revue archéol., 1907, II, p. 136) et é.utation de G. Millet, Byzance et non l'Orient {Revue archéol., 1908, I. p. 171).
Un certain nombre de miniatures d'époque primitive (Virgile, Josué, notamment) sont reproduites dans Beissel, Vaticanische Miniaturen, Fribourg, 1893. Pour la reproduction des miniatures de l'Evangile de Rabula, voir Venturi, Storia, I, ouvrage dont l'illustration, pour tout ce qui regarde les miniatures, est précieuse. Citons aussi les manuels de Millet et de Ch. Diehl.
Sur les tissus : Strzygowski, Orient oder Rom, p. 90 (étoffes monochromes d'Egypte à représentations bibliques) ; Forrer, Die Graeber und textile Funde von Achmin-Panopolis, Strasbourg, 1891; Gerspach, Les Tapisseries coptes, Paris, 1890; Forrer, Roemische und byzantinische Seidentextilien, Strasbourg, 1891; Gayet, L'Art copte, Paris, 1902; Lessing, Die Gewehesammlung des K. Kunstgewerbe- Muséum, Berlin, 1900 et suiv. ; Migeon, Les Arts du tissu, Paris, 1909. Sur les étoffes trouvées dans les tombeaux d'Antinoé : L' Exploration des nécropoles gréco-byzantines d'Antinoé {Annales du Musée Guimet, t. XXX). Sur les tissus byzantins, Lessing, loc. cit.; M"^^ Errera, Catalogue d'étoffes anciennes et modernes, au Musée du Cinquantenaire, Bruxelles, 1907; Migeon, Essai de classement des tissus de soie décorés sassanides et byzantins {Gazette des Beaux- Arts, 1908, 2). Une belle collection de ces tissus est publiée en couleurs dans Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, i^e série, t. II et III, Paris, 1853. Sur toute la question des tissus orientaux, voir l'excellent résumé de Diehl, p. 78 et suiv., p. 247 et suiv., p. 600 et suiv.
Emaillerie. Orfèvrerie : Molinier, op. cit., t. IV {Orfèvrerie), Paris, 1901 ; KoNDAKOF, Histoire et monuments des émaux byzantins, Francfort, 1892; LiNAS, Les Origines de l'Orfèvrerie cloisonnée, Paris, 1877. Sur une croix émaillée qui remonterait au ye-vie siècle : Lauer, Le Trésor du Sancta Sanctorum à Rome (Monuments Piot, XV). Disques et boucliers : Venturi, Storia, I, p. 546 : exposé du sujet et bibliographie. Ampoules de Monza : Ainalof, op. cit. Barbier de Montault, Le Trésor de la basilique royale de Monza {Bull, monumental, 1883); Leclercq, Dictionnaire (Cabrol) article Ampoules. Pala d'Oro, Kondakof, p. 126.