CHAPITRE XVI
Histoire de Ravenne. Les derniers empereurs. Théodoric. Les Grecs. L€s monuments. Le mausolée de Galla Placidia. Le baptistère des Orthodoxes. Les basiliques ravennates, Saint- Apollinaire le Neuf et Saint - Apollinaire in Classe. Évolution de la mosaïque. Saint- Vital. Ses caractères et son origine. Les mosaïques de Saint- Vital et l'art byzantin. La sculpture ravennate. Chapiteaux et sarcophages.
Histoire. Ravenne vivait depuis longtemps d'une existence obscure lorsque l'empereur Auguste, l'ayant dotée d'un port (fortus Classis), elle devint en même temps une station navale importante et un centre de commerce entre l'Orient et l'Italie. Mais le port s'ensablait. La ville aurait vite été déchue si les événements qui suivirent le partage de l'Empire entre les fils de Théodose ne l'avaient appelée à jouer un rôle de premier plan. Honorius, craignant pour sa sécurité à Rome, y transporta sa résidence en 402. Après sa mort (424), sa sœur Galla Placidia vint également s'y établir. Captive d'Alaric lors de la prise de Rome (410), épcmse humihée du Vandale Athaulf (414), puis remariée à G>nstantius, général de son frère associé au trône, veuve et bannie à Constantinople avec ses enfants. Valentinien et Honoria, elle venait après une vie si tourmentée exercer la régence de l'Empire d'Occident, au nom de son fils. Elle résida à Ravenne jusqu'à sa mort (450). «'^ '«i jeunt^ capitale
crût et s'embellit sous son administration intelligente. La conquête barbare n'entrava point son essor.
Théodoric s'en empara de vive force, en 493, détrônant Odoacre, et y fonda le royaume des Ostrogoths. Depuis près d'un siècle, le lustre de Ravenne n'avait cessé de grandir; églises et palais s'y étaient multipliés. Tandis que Rome, découronnée, penchait vers son déclin, que Constantinople était loin encore de son apogée, Ravenne, ville commerçante et riche, capitale neuve, brillait des rayons de l'Occident, des rayons de l'Orient et de sa propre lumière. La dynastie ostrogothique (Théodoric, 493-526, Amalasonthe, sa fille, 526-535; Théodat, 534-536; Vitigès, 536-540) a laissé des témoignages non douteux de tout ce qu'elle fit pour la beauté de Ravenne. Et l'art leur dut beaucoup, à ces Barbares, qui ne pouvaient prétendre, sans doute, échapper à l'influence de Constantinople et de Rome, mais qui apportaient, pour contribuer au progrès, un désir passionné de s'élever au-dessus de leurs origines.
On sait enfin comment les empereurs de Byzance, après avoir favorisé les invasions barbares en Occident et la fondation même du royaume de Théodoric, revendiquèrent l'Italie comme partie intégrante de l'héritage de Théodose. Ce n'est pas ici le lieu de raconter les exploits de Bélisaire et l'histoire de la domination byzantine en Italie. Ravenne, résidence de l'exarque, le représentant des empereurs, atteignit au summum de sa splendeur. Si ses monuments n'avaient * pas l'ampleur de ceux de Constantinople, ils en avaient toute la magnificence intérieure. La décoration en mosaïque de ses églises était d'une beauté inégalable. Saint- Vital fut peut-être la plus originale des églises d'Occident, son architecte ayant pris pour modèles les égHses octogonales de
PivvrHE LIV.
I. Mausolée de ('.alla Tlacidia à Kavcnnc. — 2. Mosaïque »lii Um Pasteur, MausDlrc de Calla Placidia (phot. Kicci).