MONUMENTS
TAsie-Mineure. Les ateliers industriels de Ravenne le cédaient sans doute à ceux des vieilles cités grecques ou de Constantinople, mais dans certains produits, comme les sarcophages, ils furent créateurs. D'autre part, il n'était pas de merveilles d'ivoire ou d'or que le commerce, la richesse, le luxe des cours ne fissent affluer de l'Orient jusqu'aux rivages de l'Adriatique.
Ravenne transmit aux Lombards, quand Astolphe eut chassé le dernier exarque (752), un riche patrimoine de beauté et d'expérience. Son influence rayonna sur le monde carolingien : elle fut, avec Rome, l'interprète de l'antiquité pour les Barbares d'Occident.
Monuments. On pourrait s'attendre, d'après l'exposé qui précède, à rencontrer dans les édifices de Ravenne un développement de l'architecture caractérisé successivement par les influences de Rome, des Goths et des Byzantins. Mais il ne faut pas oublier combien, depuis Constantin, les traditions rivales de Rome, de la Grèce et de l'Orient se confondaient dans les œuvres d'art. On risquerait donc de s'égarer en appliquant avec trop de rigueur la chronologie des régimes politiques à l'évolution continue des formes architecturales, surtout dans une région que sa situation géographique et l'histoire prédestinaient à tirer son originalité de diverses imitations. Autre chose est de noter la suite chronologique des édifices en remarquant, à mesure qu'elles apparaissent, soit les influences du dehors, soit les particularités locales.
Nous ne citerons que pour mémoire la basili(|ur f()ndét\ dit-on, par saint Ours (basilica Ursiana), V\\\w\ mourut en 396. Il n'en reste que des vestiges insignifiants sous l'ac-
tuelle cathédrale, construite au xviii® siècle. Les églises de Saint- André le Majeur, de Saint-Pierre in Classe, antérieures à 450, ont disparu; disparues aussi, ou peu s'en faut, les basiliques de Saint- Jean l'Évangéliste, de la Sainte-Croix, qui étaient voisines du palais impérial. Sainte- Agathe et Saint-Pierre le Majeur — cette dernière église devenue Saint-François — sont complètement transformées. La chapelle de Saint-Pierre Chrysologue, au palais archiépiscopal, n'a plus sa décoration primitive en mosaïques; vingt colonnes à Sainte-Agathe, vingt-deux à Saint-François, voilà ce qui reste, en somme, de toute une série de basiUques élevées à Ravenne dans la première moitié du v^ siècle. Des textes nous décrivent la décoration intérieure de certaines de ces églises : ce sont là des témoignages précieux, mais insuffisants.
Mausolée de Galla Placidia. Le temps n'a pas tout détruit. Dans l'ancien quartier du palais impérial, reste debout le célèbre mausolée, que Galla Placidia, selon la tradition, aurait fait élever pour elle-même et où son corps aurait été enseveli. L'impératrice mourut à Rome. On ne saurait dire si la tradition est véridique; mais on peut affirmer que la décoration du mausolée date du milieu du V® siècle.
L'édifice est construit sur le plan d'une croix latine. Quatre nefs, dont les voûtes en berceau sont soutenues par des murs pleins, s'ouvrent sur un carré central et leurs arcades, à cet endroit, supportent le tambour qui couronne l'édifice. Ce tambour est surmonté d'une coupole à pendentifs dissimulée dans le bâti extérieur. Il n'est pas de plan plus simple, plus logique ; aucun ne convient mieux à une |
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liUciKur (le San Ciovamu in Fonte, ù Kavi-nnc (phot. Kicd;
MAUSOLÉE DE GALLA PLACIDiA 151
chapelle funéraire. Si nous rappelons ici que, dès le milieu du me siècle, nous en avons rencontré un tout semblable dans le tombeau païen de Palmyre, nous aurons par le fait indiqué de quelle région les architectes de Ravenne en avaient reçu le modèle. M. Strzygowski signalait la même disposition à Utchayak (Galatie). Nul doute que nous n'ayons à Ravenne, dès le milieu du v^ siècle, une imitation de ces formes orientales.
Toute la construction est en briques. La coupole n'était pas, comme à Sainte-Sophie, faite en deux parties, calotte supérieure et pendentifs, mais d'une seule venue, depuis son sommet jusqu'à l'angle inférieur des écoinçons, comme à Cassaba et à Myre. Détail particulier : cette coupole n'est pas faite de briques, mais de longs tubes (i mètre) en terre cuite emboîtés les uns dans les autres et noyés dans du ciment. Faut-il le dire? Ce procédé, connu déjà des Romains, était, en quelque sorte, un aveu d'impuissance, mais il était commode et garantissait la solidité de la coupole.
Ainsi donc, un plan originaire d'Orient, des procédés de construction locaux, tels sont les caractères du plus ancien des édifices de Ravenne que nous ayons conservés. Par les fenêtres rectangulaires percées dans les lunettes des quatre nefs et les pans du tambour, une lumière adoucie pénètre dans l'édifice, éclairant le marbre rose des soubassements et le bleu sombre qui est la couleur de fond dans les mosaïques.
Celles-ci couvrent toutes les surfaces supérieures : les lunettes, le tambour, les voûtes; et ce revêtement total, illuminé ou rayonnant doucement, paré d'ornements gracieux ou animé de figures vivantes, est bien ce qu'on peut rêver de plus somptueux et aussi de plus délicat.
Les berceaux sont décorés de corolles ouvertes aux pétales
blancs ou dorés, de petits globes d'or, d'étoiles d'azur, de cercles dessinés par des points, des trèfles, et montrant au milieu des étoiles blanches. L'un d'eux est paré de rinceaux entourant le monogramme du Christ sous lequel deux saints sont debout. Le blanc et l'or s'enlèvent harmonieusement sur la profondeur bleue, comme les astres sur la voûte céleste. De fait, la coupole représente un ciel plein d'étoiles, au milieu desquelles brille la croix. Aux quatre coins, sont les figures symbohques des Évangéhstes. Plus bas, sur les pans du tambour, des apôtres, deux par deux, acclament le signe de la Rédemption. Dans les lunettes du fond des nefs, ce sont de véritables compositions figurées : cerfs affrontés entourés de rinceaux et allant se désaltérer à la source sjmibolique du bonheur céleste; saint Laurent courant à son martyre; enfin, la célèbre représentation du bon Pasteur, assis parmi ses brebis (pi. LIV).
Sous le ciel bleu, c'est un mont aux pentes verdoyantes, à la cime rocheuse, un paysage où l'art composa la nature, des bancs de pierre taillés en gradins au miUeu desquels croissent les buissons et se rangent les brebis. Au centre, le Pasteur, ainsi qu'un roi sur son trône parmi sa cour, est assis. La croix, près de lui, est dressée et l'un de ses bras, levé, se suspend à la hampe, de la même façon qu'en des statues et reliefs antiques on voyait les dieux et les princes s'appuyer au sceptre. Et tandis que son regard rêveur se perd au loin, il flatte de la main une brebis qui tend affectueusement sa tête vers lui. Le nimbe l'auréole; son corps est enveloppé de la toge et du manteau, ce qui est d'un roi, mais la figure imberbe et la longue chevelure, la physionomie pleine de gravité et le regard légèrement mélancoUque transforment son caractère: le bon Pasteur est majestueux et doux.
PLANXHE LVl,
Xoùlr (lu r.aplisliiv de San-lMovamii m l-onte, à Kavcnnc (phot.
Ricci) .
l^LANCHE LVII.
\'ur iiitérii'un^ di' Saint -\it;il, à Kavcnnr. — 2. Saint-.\{X)llinairc le ^icut, à Kavcnne. (l'hot. Kicci.)