BAPTISTÈRE DES ORTHODOXES
Rome ne connaissait plus, au v^ siècle, ce type de grandeur et de suavité. Elle avait perdu la notion d'un dessin si aisé, d'une attitude si noble, d'une composition si harmonieuse. Il faudrait remonter aux catacombes pour trouver unies à ce point les grâces de la nature et la beauté des types. Encore y chercherait-on en vain un sens aussi complet du pittoresque, une prédilection aussi sincère pour ce qui est aimable et jeune. Ne songez pas non plus aux Byzantins et à l'art officiel de Constantinople.Le souffle qui anime le bon Pasteur du mausolée ravennate vient en droite ligne de la Méditerranée orientale ; c'est le même à qui nous devons les Christs du sarcophage de Psamatia et de la pyxide de Berlin : il apporte le parfum d'Alexandrie.
Nous hésitons à placer le bon Pasteur sur la même ligne que les autres mosaïques du mausolée de Galla Placidia. Celles-ci se ressentent déjà des procédés desséchants mis en honneur à la cour de Constantinople. Elles sont atteintes du style monumental, tandis que le bon Pasteur vit encore de la libre fantaisie hellénistique.
Aussi bien, c'en est le dernier témoignage. Nous allons voir s'accuser peu à peu, à Ravenne, l'inlluence de l'Empire d'Orient.
Baptistère des Orthodoxes. L'impératrice n'était pas encore morte, probablement, quand fut commencée la construction du baptistère de San-Giovanni in Fonte, dit des Orthodoxes depuis, pour le distinguer du baptistère un peu plus tardif de la communauté arienne. Il porte, en effet, à l'intérieur, sous l'une des arcades basses, le monogramme de l'évêque Néon, qui occupa le trône épiscopal de 449 à 452; mais le travail considérable de la décoration
intérieure ne semble avoir été achevé qu'assez longtemps après.
Le mausolée succédait-il, comme on Ta dit, à une piscine thermale? Cela est possible. En tout cas, les murs à l'extérieur, avec leur décoration d'arcatures géminées, indiquent bien le v^-vi^ siècle. A l'intérieur, les huit pans se reproduisent, décorés d'arcades aveugles avec des fenêtres rectangulaires au second étage. La coupole à pendentifs est toute semblable à celle du mausolée de Galla Placidia, faite d'une pièce et construite au moyen de chapelets de vases en terre cuite et de ciment. Quant à la décoration, elle est de mosaïques à l'étage inférieur et sur toute la superficie de la coupole; en stuc à l'étage intermédiaire (pi. LV).
Rien n'égale une telle magnificence. On a tout dit sur les merveilleux rinceaux vert et or qui s'enlèvent entre les arcades basses sur un fond bleu sombre, enveloppant de leurs volutes fantastiques des médaillons de saints ou de prophètes. La meilleure tradition du rinceau romain, tel qu'il fleurit d'Auguste à Trajan, s'était là conservée, sinon dans sa fraîcheur, au moins dans sa richesse. Il n'est rien de plus romain aussi que les fausses niches et arcades en stuc du second étage. Une légère teinte rose adoucissait les fonds, et les saints dans la blancheur de leurs reliefs s'enlevaient vigoureusement sur le rouge accusé des niches. Polychromie déHcate, contrastes savamment établis, aspect aérien du décor : on sent que l'esprit des compositions pompéiennes anime toujours l'imagination des artistes... Romaines étaient encore les belles touffes d'acanthe qui ornent les pendentifs et s'érigent, comme des candélabres, jusque dans la première zone de la coupole.
Ici se montre un décor étrange (pi. LVI). Chacun des pan-
Planche LVIII.
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