‹ L'art chrétien primitifChapitre 60 sur 80 · BAPTISTÈRE DES ORTHODOXES · texte numérisé non relu

BAPTISTÈRE DES ORTHODOXES

neaux que les tiges végétales découpent dans la zone étroite renferme une sorte de triptyque monumental, composé d'une exèdre au centre et de deux portiques latéraux. Tantôt, au fond de l'exèdre, c'est un trône somptueux constellé de pierreries, couvert d'étoffes d'or et de pourpre; une croix resplendit sur son haut dossier d'or; un diadème est posé sur son siège; le ciel s'entr'ouvre au-dessus de lui; sous les portiques latéraux on reconnaît des balustrades d'autel enfermant des arbres d'or qui paraissent s'incliner vers le trône. Tantôt, suivant une disposition qui alterne dans les panneaux avec la première, le centre du triptyque est occupé par un autel aux colonnettes d'or portant le Livre de l'Évangile ouvert; à gauche et à droite, ce sont des trônes ressemblant cette fois à des chaises curules, derrière lesquelles est figurée une niche dont la coquille est comme le ciel ouvert. Et, dans les deux cas, tout brille, tout éclate des splendeurs de l'or, de la pourpre et de l'azur. Nul doute que l'artiste n'ait représenté là l'abside et, en raccourci, les nefs d'une basilique de type ancien. Mais n'a-t-il eu aucune intention symbolique? Les trônes ne sont-ils pas ceux des saints et du Christ lui-même? Ne sont-ce pas, le diadème de l'un, les couronnes des autres? Et cette basilique étincelante, n'est-ce pas une figure de la Jérusalem céleste ? Pour qui connaît la tendance symbolique des décorations ravennates, une telle opinion n'a rien d'invraisemblable.

Au-dessus des autels et des trônes, voici les apôtres. D'un même geste, ils présentent au Christ, sur leurs mains couvertes respectueusement des pans de leurs manteaux, les couronnes qu'ils ont méritées. Des tiges d'acanthe les séparent; les rideaux du palais céleste tombent en festons sur leurs têtes. C'est la cour du Seigneur. Le style officiel de

Byzance a commencé — qui ne le verrait? — à modeler leurs attitudes, leurs gestes, leurs physionomies. Cependant, les corps ont un mouvement vrai qu'ils communiquent aux draperies; les physionomies n'ont rien d'inerte. Nous sommes au moment où les traditions de la Grèce et de Rome luttent désespérément contre la puissance toujours plus grande du byzantinisme.

Tout au sommet de la coupole, Jean baptise le Christ dans les eaux du Jourdain (pi. LVI), lequel est figuré allégoriquement par un vieillard barbu, attentif à la scène qui se passe sous ses yeux. Cette dernière figure est bien antique. Pour les autres, les restaurations ont rendu tout jugement impossible. Elles semblent se rattacher à la tradition romaine, aux apôtres représentés sur l'arc triomphal de Saint-Paul hors les murs, par exemple, plutôt qu'aux types déjà formés de l'art byzantin.

Les mosaïques du baptistère des Ariens (Sainte-Marie in Cosmedin) ne sont autre chose qu'une imitation assez maladroite de celles de San-Giovanni in Fonte. Elles nous amènent en pleine période ostrogothique.

La Basilique de Saint-Apollinaire le Neuf. Théodoric n'avait d'autre idéal pohtique que celui de soutenir, à force de sagesse et de fermeté, l'édifice ébranlé du double Empire. Il était indépendant en fait, il pouvait tout ; mais il n'en continua pas moins de se considérer comme le délégué du maître suprême résidant à Constantinople. On aurait dit que ce Barbare ne tenait point son droit de son épée, mais de la permission de l'empereur. Il entra en ItaUe pour régner, mais le front baissé, respectueux de cette antique civilisation à laquelle, d'avance, il soumettait les énergies barbares.

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