SAINTE-MARIE MAJEURE
celles de l'abside gardent le souci du beau; dans la seconde, une ambition merveilleuse n'eut pour s'aider qu'un idéal faussé et des moyens d'exécution médiocres. L'arc triomphal est décoré de scènes relatives à la vie de la Vierge, se déroulant en frises superposées et où l'on reconnaît : l'annonciat ion, l'adoration des Mages, le massacre des innocents, la présentation au temple, l'Enfant Jésus adoré par le roi Aphrodisius, cette représentation tirée des évangiles apocryphes. Une fuite en Egypte a presque complètement disparu. Au point de vue de l'histoire religieuse, rien de plus intéressant que ce cycle d'images consacré, non sans intention de polémique, à glorifier la Vierge; au point de vue artistique, ce qu'on en peut dire de plus honorable, c'est qu'elles témoignaient de ce sentiment parfait de la décoration dont il a été parlé plus haut. Les décorateurs, habiles à faire valoir la partie du monument qu'ils devaient parer de formes et de couleurs, savaient encore résister, bien qu'il s'agît d'illustrer des histoires, aux séductions de la peinture. Mais, hélas ! un demi-siècle à peine après qu'avait été exécutée l'œuvre incomparable de Sainte-Pudentienne, voici que le travail se relâchait à l'excès. Si les gestes étaient beaux encore, les attitudes vraies et la composition bien établie, les types devenaient laids et mornes, les proportions perdaient de leur noblesse, les draperies de leur naturel. Le dessin, par-dessus tout, tombait en déchéance dans le rendu des corps. Plus de construction, plus d'anatomie. Décidément, on ne pouvait plus espérer qu'aux murs des basiliques se rétablît jamais un juste équilibre entre ce qu'exigeait la décoration et ce qui était dû à la vérité.
Les mosaïques de la nef, qui forment un cycle d'images consacré à l'Ancien Testament, ne sont pas de nature à dimi-
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nuer la sévérité de ce jugement. Il est triste de constater que les principes de composition qu'on appliquait étaient excellents, que la voie suivie par Tart chrétien était la bonne, mais que, chaque jour, la beauté s'oubhait davantage par défaut d'observation, d'études et surtout parce que l'ignorance professionnelle des artistes n'était pas combattue. Adapter la matière, corriger la vie : cela suppose une observation continue de la nature et une connaissance supérieure de la vie. On ne regardait même plus ni l'une ni l'autre.
Cependant, une suite nombreuse d'épisodes se déroulait au-dessus des arcades, depuis le sacrifice de Melchisédech jusqu'aux victoires dejosué : quarante-deux tableaux, arbitrairement choisis d'ailleurs, illustraient cette portion de la Bible. Rien ne prouve qu'il s'y cache une arrière-pensée symboUque. Tout au plus peut-on croire que la scène de Melchisédech offrant le pain et le vin à Abraham en présence du Seigneur n'avait pas été placée sans intention près de l'autel et qu'elle faisait allusion au sacrifice de la messe. Nous retrouverons des symboles analogues à Ravenne. En tous cas, le parallélisme symboUque du moyen âge, qui consiste à découvrir dans chaque récit de l'Ancien Testament un rapport d'harmonie avec un récit du Nouveau, n'avait pas encore conquis l'iconographie. Il s'élaborait seulement dans la littérature ecclésiastique i.
A l'heure où nous sommes, au v® siècle, on se contentait d'illustrer le texte sacré aux parois des éghses, comme les miniaturistes le faisaient dans les livres. L'histoire, au moins dans la nef, avait pris la place des symboles. Il en était ainsi déjà dans la basilique du Latran : il en fut de