I. Grisar, op. cit., I, fig
Planche XXX.
I, Mosau|iir (Ir Sainte rrax^dr (plmt. \iulcrson). 2. Mosaùjue
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même plus tard encore dans l'oratoire de saint Jean, à Saint- Pierre de Rome (viii® siècle) et dans la nef de cette même église sous le pape Formose, au ix® siècle. A Ravenne, la décoration historique fit éclore un chef-d'œuvre : les mosaïques, dont nous parlerons plus loin, de Saint-ApolUnaire-le-Neuf.
Mais Ravenne avait un art particulier, qui ne tarda pas à éclipser celui de Rome. Le v® siècle achevé, on peut dire que c'en est fait de l'originalité artistique dans la ville impériale. Elle avait gardé religieusement jusque-là l'héritage du temps d'Auguste, mais son énergie défaillait et on la sentait impuissante à le défendre davantage contre les adultérations étrangères. A défaut des mosaïques, les fresques tardives des catacombes nous le feraient connaître (pi. XIII). Byzantins et Barbares allaient donner aux œuvres romaines un physionomie où la Rome antique se serait jugée trahie.
Mosaïques du vi® Siècle. Saints-Cosme et Damien. L'évolution dont nous venons de parler ne s'accomplit pas soudainement. Une ville comme Rome ne pouvait abdiquer en un jour le magistère qu'elle avait exercé si longtemps sur tout l'art d'Occident. Il ne fallut guère moins d'un siècle pour qu'elle renonçât définitivement à l'idéal antique, le même que celui des premiers chrétiens, et se soumît, pleine de lassitude, aux conceptions artistiques de l'étranger. Les mosaïques continuent d'être précieuses, entre tous les monuments, pour l'étude de ce grand déclin.
La mosaïque des Saints-Cosme et Damien (pi. XXIX. i) est l'œuvre capitale du vi® siècle, le dernier travail en qui se manifestent de la grandeur et, malgré des défaillances de
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talent, des capitulations d'esprit, un sentiment encore vivace de l'originaUté romaine. C'est un monument de transition.
Elle fut exécutée entre '526 et 530. On y voit réunis les principaux éléments du symbolisme triomphal. Le Christ apparaît dans le ciel et marchant sur le Jourdain; les palmiers édéniques, le phénix, l'Agneau mysrique et les fidèles brebis sortant des villes de Jérusalem et Bethléem l'entourent. Au premier plan, une scène, dont les imaginations, depuis l'ère des catacombes, étaient hantées, l'Introduction des saints au paradis, attestait la gloire éternelle de Cosme et Damien, les deux patrons de la basihque. Ils ont reçu leurs couronnes qu'ils portent sur leurs mains; saint Pierre et saint Paul les présentent au Seigneur. Derrière eux se trouvent, à droite saint Théodore, portant également sa couronne, à gauche le pape Féhx IV, assistant à la scène en qualité de pieux donateur : il tient, lui, le modèle de l'église qu'il a fait construire. L'ensemble est d'une symétrie pleine de noblesse et de froideur. Et n'est-ce pas une chose étonnante que tous les personnages, malgré l'unité d'action et de sentiments régissant la scène, vivent indépendamment l'un de l'autre, chacun d'eux étant immobile et regardant le vide? Comparez cet entier détachement du monde et de ses vraisemblances avec la calme animation des apôtres de Sainte- Pudentienne : vous sentirez quelles transformations importantes avait subies, en un peu plus d'un siècle, la conception chrétienne de la mosaïque. D'une part, les gestes simples de la force commandée par l'intelligence, une noblesse tranquille, une majesté instinctive; d'autre part, le divorce entre l'esprit et le corps, des gestes naturels en soi, mais qui paraissent inconscients et, pour remplacer la majesté, je ne sais
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quelle solennité étrange, par quoi ces figures étaient mises en quelque sorte hors l'humanité. Il est vrai que les gestes, les proportions, les draperies étaient bien de qualité romaine ; mais on n'en peut dire autant de certaines attitudes, celles des saints porteurs de couronnes; de plus, ce n'étaient là que parcelles d'une beauté dont l'ensemble était oubhé, vestiges d'un art désormais dénaturé, que chaque jour effacerait davantage.
Considérez les visages, non celui du pape Félix, figure refaite au xvii® siècle, non celui du Christ, imposé par la tradition, mais ceux des saints, surtout de Cosme et Damien. « La coupe de ces figures est ce qu'on peut voir de plus éloigné du vieux gallo-romain. Les traits sont allongés, anguleux, les yeux démesurément ouverts, les regards fixes, les sourcils d'une épaisseur peu commune et d'une forme obhque qui les fait retomber brusquement vers le nez^ » Ce sont des physionomies énergiques et farouches. On pense aux envahisseurs successifs de la Ville Étemelle, Goths, Vandales, Hérules,et à un type de beauté barbare qui devait surpasser, aux yeux des contemporains de Théodoric le type classique légué par l'antiquité. On dirait aussi qu'une âme nouvelle anime ces rudes statures, un esprit qui passe facilement des passions violentes aux dévotions ascétiques. Et ce serait assez peut-être d'indiquer la couleur septentrionale de ce christianisme pour rendre compte des différences qui existent entre l'abside de Sainte-Pudentienne et celle des Saints- Cosme et Damien. Mais la rigide symétrie des groupes, le mouvement réprimé des personnages et un commencement d'hiératisme décoratif préféré à la vivante tranquillité, voilà