SAINT-APOLLINAIRE LE NEUF
Jamais il ne songea à fonder un nouvel ordre de choses sur la coutume germanique. Son ambition était de voir perpétuées sous son sceptre les mœurs de l'Italie et les institutions impériales. Il adopta le droit romain, les formes traditionnelles de l'administration. Rien ne fut changé sinon le souverain, qui fut aussi puissant et résolu qu'il était auparavant incapable et débile. Les Romains applaudirent; quant aux Barbares, séduits aussi bien que leur chef par le prestige incomparable du pays conquis, ils mirent toute leur bonne volonté à faire oublier l'humilité de leur origine; ils s'efforcèrent au rôle de patriciens.
A vrai dire, les Goths ne représentaient pas une nation. Leur race, ils la jugeaient assez heureuse si ses destinées se confondaient avec celles du peuple romain. Comment eussent-ils estimé à leur prix ses foncières qualités? Ce qu'il y avait d'original en eux subsista, peut-on dire, en dépit d'eux, mais avec quel amoindrissement !
Au point de vue artistique, Théodoric apportait avec hii, à Ravenne, une admiration sans réserve pour les monuments qu'il avait contemplés pendant un long séjour à Constantinople. Il était tout dévoué à l'embellissement de Ravenne. Nous savons qu'il se fit construite un palais, dont rien, malheureusement, n'a subsisté. Comme il était arien, ainsi que les Goths, il dut procurer des églises à cette confession chrétienne, les catholiques ayant naturellement les leurs, qu'il se fût fait scrupule de leur enlever. Ainsi furent construits le baptistère dont nous avons fait mention plus haut, Sainte-Agathe des Goths, disparue, l'église du Saint- Esprit, transformée au xvi« siècle, et la fanuuisc basilique de Saint-Martin au ciel d'or, devenue, quand les catholiques en prirent possession, Saint-Apollinaire le neuf.