SAINT-VITAL
ui, le ciel doré et les nuées de pourpre. Deux anges se tiennent debout à sa gauche et à sa droite, présentant l'un saint Vital, à qui le Christ tend la couronne étemelle, l'autre révêque Ecclesius, qui fait hommage au Seigneur de la nouvelle église. Pauvre groupement ! pauvre dessin ! diraiton, si l'artiste avait tâché vraiment d'imiter la vie. Mais tous ses efforts tendirent à meubler, suivant sa forme, la conque absidale et, comme conséquence, à modifier la vie en vue de son adaptation au style monumental. Si la composition est à ce point symétrique, si les personnages sont raides et droits, quelle que soit leur fonction, c'est pour que toutes les figures confondent leur ligne générale avec les lignes rayonnant du sommet de l'abside. Si les corps n'ont ni modelé ni épaisseur, si les physionomies n'expriment en rien des sentiments qui correspondent à la signification des gestes, mais semblent prolonger une immuable contemplation, c'est, en outre, pour donner à ces existences célestes une apparence d'éternité. Le sculpteur qui modela les inoubliables dieux réunis sur la frise du Parthénon n'obéit pas à une pensée différente. D'ailleurs, on a cherché à indiquer le caractère beaucoup plus que les sentiments; on a sacrifié ce qui est passager, fugitif, à ce qui demeure, la mobilité des émotions à l'essence imperturbable de l'esprit. De là, les types des anges, des saints, du Christ. Celui-ci, qui est fait d'une jeunesse immortelle, remontait aux catacombes, aux Christs des ivoires alexandrins et, par eux, aux jeunes dieux de la Grèce. Saluons-le pour la dernière fois. Il va disparaître, remplacé à jamais par leBasileus impérieux d'Orient.
L'abside bordée d'une zone ornementale (pi. LX) est surmontée du monogramme divin, tenu p.ir deux anges, entre
les palmiers et les tours de Jérusalem et de Bethléem. Autour
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des fenêtres hautes se déploient des pampres de vigne, issus de corbeilles et de vases.
Deux panneaux célèbres se font face sur les parois qui précèdent la conque absidale : d'une part, Justinien et sa cour, précédés de Tévêque Maximien qu'accompagnent les clercs (pi. LX) ; d'autre part, l'impératrice Théodora sortant de son palais, avec son cortège de dames d'honneur et d'officiers (pi. LXI, i). Le couple impérial assiste à la consécration de Saint- Vit al, y apportant de précieux dons. Ici, l'intention de faire des portraits est manifeste (pi. LXI, 2), encore qu'on ne puisse dire jusqu'à quel point cette intention a été réahsée. De même, apparaît dans les figures secondaires le désir de donner à certaines physionomies un caractère personnel; mais la vraie joie de l'artiste fut de broder les étoffes d'ornements variés, d'accumuler l'or et les pierreries dans les parures. Nulle vie dans la composition, ce qui s'excuse, ou plutôt se comprend, pour des raisons que nous avons déjà signalées; mais, en outre, une sécheresse si rebutante, une rigidité si purement linéaire qu'on a pu comparer les personnages entourant Justinien, et l'empereur luimême, à des figures plates, métalliques, pendues à un fil le long de la muraille. Ajoutez à cela que la gamme des couleurs s'assombrit à cause de l'abondance des noirs et des verts. Le style monumental se défend ici beaucoup moins bien que dans l'abside rutilante.
Les autres compositions, au-dessus des arcades de la nef, sont surtout intéressantes au point de vue symbolique. D'un côté, c'est un autel sur lequel s'accomplissent les sacrifices d'Abel et de Melchisédech (pi. LXII, i) ; la main du Très- Haut apparue dans le ciel les accueille. De l'autre, c'est Abraham prêt à sacrifier Isaac et, dans une scène juxtapo-
Planche LXI,
MosAioiivs DK SAIN i-viTAi. : 1. llicoilora cl >a suite iivMHtant à la consécration (k* l'église. 2 THv tic Justinicn (détail d'un
pumuiui visihU', j)l |,X). ^ lêtc de Théixlora (Phot, Kiccl.)
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sée, servant de ses mains les trois envoyés célestes. Ces représentations occupent les tympans des arcades (pi. LX). Au-dessus d'elles, deux anges soutiennent le médaillon enfermant la croix. Dans les écoinçons, Isaïe et Jérémie se font face en même temps que certains épisodes montrant comment Moïse reçut la Loi des mains du Seigneur et la communiqua au peuple des Hébreux (Ibid.). Prophéties et préfigures, l'ancienne Loi présentée comme un symbole de la doctrine chrétienne : tel était le sens de ces représentations. Quant aux pampres de vigne, aux corbeilles de fruits que becquètent les colombes, ce sont d'anciens motifs de la décoration cimétériale qui trouvèrent à Ravenne une faveur toute particuHère, tout comme le monogramme sacré, la croix en médaillon et les animaux du jardin céleste, cerfs altérés, paons orgueilleux, agneaux paisibles.
Les mosaïques de Saint-Vital, celles de Saint-Pierre Chrysologue (pi. LXII, 2), chapelle enclavée aujourd'hui dans le palais archiépiscopal, marquent un apogée. Les œuvres qui furent exécutées au siècle suivant, sous l'évêque Reparatus, ne sont plus dignes d'elles. Avec l'invasion lombarde, tout espoir de relèvement s'évanouit pour de longues années.
Sculpture ravennate. Tous les chapiteaux décorés que nous avons rencontrés à Sainte-Sophie de Constantinople, Ravenne les posséda. Nous trouvons le chapiteau composite, dont la forme est romaine, mais dont le feuillage d'acanthe est métallisé selon les procédés d'Orient, tous ceux aussi dont le noyau est entouré d'une sorte de broderie végétale (pi. XLII, 3); à Saint-Vital, l'imagination des ornemanistes, car c'est bien le nom qu'il faut donner à ces décorateurs de
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la pierre, se donna carrière avec une magnifique abondance. Jamais, depuis la Grèce, la flore et la faune n'avaient joué un rôle aussi considérable dans la sculpture monumentale; jamais, depuis les beaux jours de Rome, on n'avait stylisé la plante avec une audace si pleine de goût, une entente si parfaite de ce qu'exigent les formes architectoniques et de la fidélité qui reste toujours due à la nature (pi. LX; LXII ,2) . Les chapiteaux de Constantinople nous avaient déjà montré cela, et nous y avons reconnu l'influence d'une esthétique, étrangère aussi bien à la Grèce qu'à Rome. Il faut noter, au surplus, comme des caractères orientaux popularisés à Ravenne, l'amour des signes symboliques, la tendance à héraldiser les groupes, sur la majorité des impostes, au-dessus des chapiteaux.
Végétaux qui se déroulent, se ploient et serpentent, pampres de vigne chargés de grappes, tiges de lierre et d'acanthe, plantes qui grimpent et s'entrelacent autour des symboles, des vases, des monogrammes, des croix : c'est là aussi ce qui distingue les balustrades, cancels, ambons et toutes pierres décorées des éghses de Ravenne.
A ce décor, les sarcophages qui, au début, ne différaient pas essentiellement des cuves romaines, ne tardèrent pas à se soumettre.
Quelques détails sont nécessaires. Il est deux formes de sarcophages à Ravenne : ceux qui ressemblent à des temples, avec un toit à deux versants, des acrotères aux angles (pi. LXIV, 4; Venturi, I, fig. 197) ; ceux dont le couvercle est demi-cylindrique. Le premier type est hellénistique, le second, si l'on en juge par les sarcophages en plomb de la Phénicie (Saïda), est d'origine syrienne — on sait combien d'évêques et combien d'artistes vinrent de ce pays à
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Ravenne. De ces deux formes de sarcophages, celle qui rappelle le temple était la plus ancienne. Elle se parait naturellement sur les côtés d'une rangée de colonnes et de niches dans lesquelles les saints apparaissaient debout. Dès le miUeu du ve siècle, croyons-nous, la seconde forme apparut. On constate des échanges réciproques : c'est ainsi qu'on vit sur des cuves au décor architectonique des couvercles semi-cylindriques et, aux coins de ces derniers, des acrotères qui ne s'expliquaient bien qu'aux extrémités d'un tympan. D'autre part, les ornements symboliques qui ne jouaient qu'un rôle effacé au iv^ siècle, envahirent de plus en plus les couvercles et même les côtés des cuves. Le décor architectonique devint plus rare : sur les longs côtés, au lieu du Christ et des saints rangés en niches, on préféra représenter des scènes du Paradis, et notamment, le Christ assis ou debout, remettant la Loi. On affectionna aussi l'Adoration des Mages (pl.LXIH, i). Cependant, les épisodes bibliques se réfugiaient sur les petits côtés. En plusieurs cas, on constate qu'à Daniel entre les lions — sujet qui, remarquons-le, offrait l'occasion d'un beau groupe héraldique — correspond le Christ ressuscitant Lazare (pi. LXIV. 2 et 3). Ainsi était doublement éveillé l'espoir en la miséricorde divine. Sur un beau sarcophage, à toit sphérique, on voit, d'un côté, l'Ange apparaître à Marie, filant sa laine et, de l'autre, la Visitation. Les sujets aussi bien que l'exécution du travail indiquent l'influence directe de l'Orient.
D'ailleurs, les symboles matériels et les figures d'animaux évinçaient peu à peu les représentations figurées. Tandis que les croix, les couronnes, les chrismes occupaient le dessus des couvercles, que les pampres de vigne souvent se déroulaient sur les tympans, des couples d'agneaux affrontés devant la
montagne de Sion (pi. LXIV, 4), le chrisme ou la croix, des cerfs ou des colombes prêts à boire dans des vasques occupaient les longs côtés (pi. LXIV, i).
Il va de soi que ce développement iconographique, s'il répond d'une façon générale à la chronologie des œuvres, n'a rien de la précision mathématique. C'est la quaUté des sculptures qui est, pour la fixation des dates, le meilleur critère. En tout cas, vers le miUeu du vie siècle, l'évolution que nous venons d'indiquer était accomplie. Les Lombards, dans leurs œuvres, ne firent qu'imiter gauchement leurs prédécesseurs.
BIBLIOGRAPHIE. — Il existe de nombreuses et excellentes monographies sur l'art à Ravenne : Diehl, Ravenne (Collection des villes d'art), Paris, 1903; C. Ricci; Ravenna, Bergame, 1902; Gœtz, Ravenna, Berlin et Leipzig, 1901. Cf. manuels de Millet, Diehl; nombreuses reproductions dans Venturi, Storia, I.
Histoire : Ch. Diehl, Justinien, op. cit.
Architecture : voir les ouvrages cités à la fin du chapitre IX et à la fin du chapitre XIII, notamment Rivoira, Le origini délia architettura lombarda, 1. 1, dont les théories sont opposées à celles de M. Strzygowski, Le livre ancien de von Quast, Die altchristlicken Bauwerke von Ravenna, Berlin, 1842, peut toujours être précieux.
Sur l'ornement sculpté, voir les ouvrages cités à la fin du chapitre XV. Caractère des différents chapiteaux ravennates : Diehl, Manuel, loc. cit.
Mosaïques : ouvrages cités de Bayet, Clausse, Aïnalof, Diehl, Ricci, Gœtz, et, en outre : Kurth, Die Mosaiken der christlichen Era, 1, Die W andmosaiken von Ravenna, Leipzig, 1902; Rjedin, Les Mosaiques des églises de Ravenne, Pétersbourg, 1896; Richter, Die Mosaiken von Ravenna, Vienne, 1878.
Sarcophages : Duetschke, Ravennatiscke Studien, Leipzig, 1909; GoLDMANN, Die ravennatischen Savkophage, Strasbourg, 1906; Van DEN Gheyn, Les Sarcophages byzantins de Ravenne {Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 1902, p. 195-204).
Plas'chi. LXII.
I. M()s;iii|u. <U Saint-Vital : Ir sacrifice di* Mclchisé<lcch (phot. Kicci). 1. M()suï(|Uf (lu Palais archirpiscopal : K- (" (rKiupt-rcur (i)liot. Kicci). \ »'t j. Cli.ipitr.iux lU- i^ i-
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