‹ L'art chrétien primitifChapitre 68 sur 80 · LES INVASIONS BARBARES · texte numérisé non relu

LES INVASIONS BARBARES

emporte toujours avec soi, les ustensiles, les accessoires du costume, les armes. Des temps les plus anciens, ils gardaient la tradition du dessin géométrique qu'ils appliquaient par la gravure ou le repoussé aux feuilles de métal. Certaines formes zoomorphiques — formes d'oiseaux principalement — leur étaient familières. Par-dessus tout, ils aimaient garnir le métal à profusion de gemmes, de verres colorés, taillés en cabochons ou en tables, vrai pavage d'autant plus précieux qu'il était plus serré. Remarquez que si parfois on employa en ces travaux somptueusement barbares des pâtes vitrifiées, il ne peut être parlé d'émaillerie, car toute cette mosaïque éclatante est incrustée à froid dans le métal, en cellules et cloisons, tandis que l'émaillerie suppose toujours une garniture obtenue et fixée par la fusion. En réalité, c'est un travail de verroterie montée sur métaux, ce qu'on appelle, d'un mot, l'orfèvrerie cloisonnée.

Les Orientaux la pratiquaient depuis une haute antiquité. De la Perse, elle passa chez les Byzantins. Quant aux Barbares, ils la connaissaient dès avant leur marche envahissante vers l'Occident.

Ainsi s'explique la découverte des trésors de Pétrossa, en Roumanie, de Szilagy-Somlyo, en Hongrie, de Nocera et Castel-Trosimo, en Italie, de Guarrazar, en Espagne. Les objets qu'ils contiennent, encore que de date différente et séparés es uns des autres par d'énormes distances, prouvent qu'il s'agit d'un art unique, toujours fidèle à lui-même, malgré le temps et des pérégrinations considérables. Comparez le fourreau de Childéric (Ventuki, II, fig. 24) du tombeau de Tournai (aujourd'hui au Musée du Louvre) avec le pectoral dit d'Odoacre (Venturi, fig. 25), en réahté ostrogothique, découvert à Ravenne, avec les couronnes de

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Monza, ou la couronne du roi Recesvinthe, à Cluny (Ibid., fig. 73), vous constaterez qu'au vi®, au vu* et même au viiie siècle, l'orfèvrerie cloisonnée continuait d'être en honneur; que Francs, Ostrogoths, Lombards, tout comme auparavant Daces et Sarmates, voyaient en elle l'ornementation incomparable de l'or.

Les Gaulois et, après eux, les Gallo-Romains étaient cependant de merveilleux émailleurs; leurs sépultures retrouvées en France, en Angleterre, en Belgique ne laissent aucun doute sur leurs préférences, leur habileté. On peut donc s'étonner qu'à leur contact, les Francs, les Wisigoths, les Anglo-Saxons n'aient pas délaissé l'orfèvrerie cloisonnée pour l'émaillerie. Il n'en fut rien. Tandis que les Byzantins s'adonnaient, à partir du vp siècle, aux techniques très parfaites de l'émail champlevé et cloisonné, les Francs, pour ne nommer qu'eux, marquaient peu d'empressement à suivre cet exemple. On cite des émaux gallo-francs. Ils sont peu nombreux. Jusqu'au ixe-xe siècle, où l'on vit des orfèvres rhénans remettre en honneur l'ancienne industrie galloromaine, jusqu'au moment surtout, où la décoration des châsses de cuivre permit de faire une appUcation artistique de la taille d'épargne, la verroterie barbare jouit en Occident d'une vogue incontestée.

Une telle technique, im tel amour du clinquant n'étaient pas de nature à favoriser le développement des compositions figurées sur les œuvres d'art. On trouve des oiseaux, des fauves affrontés, souvenirs des séjours anciens en Orient. L'iconographie chrétienne est représentée sur des boucles de ceinturons par le Poisson, Daniel entre les lions. N'insistons pas : ce sont dessins d'enfants barbares. Il fallut des siècles pour que les derniers envahisseurs, fondateurs de

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