I. Dom Leclercq, Manuel II, p
28 LA mosaïque
qui nous paraît marquer déjà les premières influences de l'Orient byzantin.
Le Christ semble un héros magnifique et sévère. « Il est vêtu d'une tunique et d'un manteau surchargés d'or; une auréole d'or lui ceint la tête; dans le ciel d'un bleu sombre, des nuages rougeâtres sont épars i. » Vision d'une grandeur étrange !... Ces couleurs, d'une somptuosité barbare, ne s'oublient pas... Encore une fois, on croit pouvoir attendre l'engendrement d'un art neuf. Puisque le prestige de Rome s'évanouit, que ne vont-ils donc leur chemin, ces mosaïstes énergiques, vers l'idéal naïf et grandiose qui semble les séduire? Hélas ! trop d'influences se mesurent et se combattent dans ces œuvres tardives : la tradition noble, la rudesse septentrionale, le faste bien réglé de l'Orient. Il y a trop de timidités pour que les audaces soient fécondes, trop d'hésitations, de souvenirs et surtout d'ignorance ! La mosaïque absidale des Saints-Cosme et Damien, à peine née, entra dans le passé, le passé mort, qu'on admire, qu'on imite, mais duquel, par impuissance, on ne sait plus s'inspirer.
L'arc triomphal, aux Saints-Cosme et Damien, présente une illustration très complète du chapitre IV de l'Apocalypse. A Saint-Laurent hors les murs (577-590), se trouve la deuxième œuvre importante du vi^ siècle, mais les restaurations y ont été trop nombreuses et trop importantes, dit Dom Leclercq, pour qu'on en puisse parler avec assurance". Aussi bien, il est impossible de se faire illusion sur le mérite de l'œuvre originale : elle accusait les progrès d'une irrémédiable décadence.