‹ L'art chrétien primitifChapitre 70 sur 80 · IRLANDAIS ET ANGLO-SAXONS · texte numérisé non relu

IRLANDAIS ET ANGLO-SAXONS

du génie septentrional. Au surplus, bien des motifs orientaux, les lions affrontés, les griffons, l'arbre sacré, que les étoffes importées avaient fait connaître, étaient couramment reproduits.

Au vrai, les arts industriels primaient, ainsi que partout, la sculpture et la peinture, en prestige, en beauté. L'orfèvrerie était le métier noble par excellence. La couronne du roi lombard Recesvinthe, au Masée de Cluny, et celles du trésor de Monza, sont les chefs-d'œuvre de l'orfèvrerie cloisonnée. Le fameux Paliotio, de Milan, exécuté par Wolvinius pour l'évêqueAngisbert au ix® siècle, atteste éloquemment la survie du relief repoussé et de la ciselure. Que l'orfèvre barbare ait beaucoup emprunté aux Byzantins, cela ne peut surprendre; mais il se souvient plus encore des traditions de l'Italie; il s'inspire par-dessus tout de sa loyauté professionnelle. Une telle œuvre montre que la décadence ne devait point durer toujours, que l'esprit barbare n'était point résigné à l'humilité et se trouverait apte, au moment marqué par le développement de la civilisation, à faire revivre les procédés perdus du grand art.

Les Irlandais et Anglo-Saxons. Les Germams, Angles et Saxons, établis dans la Grande-Bretagne, ne résistèrent pas plus aux séductions de l'art romain que les Lombards ou les Francs; mais les Celtes d'Irlande surent emprunter les idées des colons, soldats et missionnaires venus d'Italie, sans rien sacrifier de leurs traditions nationales. Celles-ci étaient caractérisées par une vive prédilection pour les lacis de lignes serpentines, savamment conduits, et formant par mille détours un ensemble homogène, plein d'une vie abstraite et pourtant ardente; comme si, dans ces lignes,

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fuyant sous le regard, il y avait eu la souplesse des lianes et la tortueuse agilité des serpents. C'était une sorte de calligraphie décorative. De plus, de nombreux motifs syriens, apportés par des moines d'Orient, passèrent directement dans l'art irlandais, et, de là, dans l'art carolingien.

Les Irlandais, devenus chrétiens, possédèrent ainsi une originalité sans pareille. Considérez le Christ et les emblèmes des Évangélistes dans la miniature initiale d'un évangéliaire du vii^-viii® siècle, conservé au Trinity Collège, de DubUn (Venturi, II, fig. 198) : les figures traditionnelles, venues de Rome, n'ont presque rien gardé, parmi les Celtes, de leur caractère classique. On dirait que le décorateur abhorre la réalité. Il dédaigne le modelé, les ombres et les clairs, les formes animées, les gestes vivants. Il ne peint pas son personnage, il le dessèche et « l'écrit ». Profonde erreur dont l'art irlandais porta la peine; car le dessin se restreignit à l'ornementation et ne fit que se répéter jusqu'à l'appauvrissement définitif. Son influence sur les miniatures anglo-saxonnes, celles du nord de la France et de la Belgique ne se prolongea guère au delà du ix« siècle.

Les Francs. Il faut atteindre à Charlemagne pour voir le génie germanique jouer un rôle important dans l'histoire de l'art. Jusque-là, les Francs n'avaient été que les élèves timides des Gallo-Romains ; ils se révélèrent alors avec originalité. Aussi bien, le prince ayant conscience de l'humilité barbare faisait un noble effort pour devenir le digne héritier de l'Empire, que ses ancêtres avaient détruit. De tous les points de l'horizon, il appelait à lui le concours des artistes et des lettrés : moines irlandais dont la science était renommée, artistes décorateurs, ivoiriers, orfèvres à qui la guerre des

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