LES FRANCS
images rendait impossible le séjour d'Orient. La nécessité le rendait éclectique. De même que la somptuosité orientale lui semblait digne d'envie, de même aussi le prestige de Rome et des traditions de la Gaule le laissait respectueux. On se tromperait en faisant de lui un Mécène voué à l'exclusive admiration des œuvres d'Orient et spécialement de Constantinople. Sa bonne volonté ne comportait pas de préférences irréductibles. Il lui suffisait que l'Orient concourût avec les exemples de l'Italie et le passé gallo-romain à élever son peuple à un niveau supérieur de civilisation.
Outre que le triomphe momentané des empereurs iconoclastes jeta en Gaule nombre d'ouvriers d'art, il faut remarquer que, depuis l'époque mérovingienne, des colonies syriennes étaient établies dans les villes franques, où elles tenaient comptoir d'objets fabriqués en Orient. Constantinople de loin fascinait les esprits. Aux frontières du royaume, Ravenne offrait dans ses monuments et leur décoration un spectacle de science et de richesse capable de transporter des barbares moins bien doués que les Francs pour les beaux-arts, ou moins ambitieux de gloire. Dans ces conjonctures, peut-on s'étonner que l'art chrétien d'Orient ait laissé des œuvres assez nombreuses parmi les sujets du grand empereur? Ce sont des objets d'exportation, comme des boîtes en ivoire, en métal, des produits d'orfèvrerie. D'autre part les chapelles palatiales d'Aix-la- Chapelle, d'Essen, de Nimègue, les églises d'Ottmarsheim ou Germigny-les-Prés, sont des édifices dont les plans octogonaux, les coupoles centrales, les absides et la décoration en mosaïque, pour autant que nous la connaissons, ne s'expliquent pas autrement (jue par l imitation des modèles
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orientaux et le concours d'architectes et décorateurs venus de Constantinople.
Ces œuvres, on pourrait les faire entrer, au même titre que celles de Ravenne, parmi les monuments orientaux. Mais l'artiste franc chercha-t-il à s'en inspirer? Leur influence est-elle appréciable sur les travaux carolingiens proprement dits? Fut-elle assez profonde pour avoir marqué l'évolution artistique d'un caractère important et durable?
Nous n'hésitons pas à répondre négativement. Plus puissante que l'influence orientale était celle de la Gaule romaine, image dispersée, mais fidèle pourtant, dans chacun de ses éléments, de l'art impérial. Plus fortes que les incitations du dehors étaient les traditions qui avaient pris corps au premier contact des Barbares avec Rome.
Nous constatons bien, en Gaule, l'existence d'églises au plan oriental ; mais leur nombre est minime et il était rare, après les règnes de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, qu'on les imitât (Saint- Jean de Liège, construit sous l'évêque Notger, d'après la chapelle d'Aix). On cite souvent les mosaïques de Germigny-des-Prés pour démontrer la puissance de l'influence byzantine en Occident; on n'en saurait citer d'autres. A Germigny, le monument étant de type oriental, requérait une décoration de même origine; mais au siècle suivant, à l'abbaye de Reichenau, des ouvriers septentrionaux couvraient les murs de fresques délicates en qui revit toute la fraîcheur de coloris, toute la souplesse de dessin et aussi toute la tradition iconographique des peintures cimétériales et des sarcophages romains.
La miniature carolingienne n'est pas moins fidèle, dans son ensemble, à l'idéal d'Occident. Il importe peu, en effet, que dans un certain nombre de manuscrits (Évangéliaire de
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