RUSSIE
On ne se doutait guère , en France, il y a quelques mois, que la Russie possédât une réunion de peintres aussi nombreuse et, disons-le tout de suite , aussi intéressante que celle qui vient de se révéler au Champ de Mars. Ou s'imaginait volontiers que l'art moscovite , attaché aux pratiques immuables des Byzantins , perpétuait la fabrication de ces images rehgieuses . sèches et monotones, dont qnelques exemplaires du XVIP siècle, figurent, je ne sais trop pourquoi , dans la collection des primitifs du musée Napoléon in. La vérité est qu'il existe à Saint-Pétersbourg , depuis plus d'un siècle , une école des beaux-arts qui a produit un assez bon nombre d'artistes distingués. Les personnes qui ont visité l'exhibition internationale de Londres , en 1862, ont pu faire la connaissance de cette école , et ont même eu l'avantage de voir des tableaux de plusieurs peintres russes morts depuis un temps plus ou moins long , tels que Démétrius Levitzky et Woldemar Borowikofsky, habiles portraitistes du XVII? siècle ; Charles Brulofî (1799-1852), dont l'œuvre capitale, le Dernier jour de Pom;}PÏ, obtint un succès un peu exagéré au Salon de 1834, à Paris; Paul Fédotofî (1816-1852), élève du précédent, surnommé dans son pays « le Hogarth russe » ; Michel Lebedeff", paysagiste, mort à Naples, en 1836 ; Alexandre Ivanoff, peintre de sujets religieux, fils et élève d'André Ivanoff dont le musée de l'Ermitage possède un tableau historique, le Siège de Kiew , en 933 ; Oreste Kiprensky , représenté dans le même musée par un excellent portrait qu'il a fait de son père , etc.
Parmi les quarante peintres russes qui ont pris part à l'Exposition de 1867, nous ne retrouvons que douze de ceux dont l'exhibition de Londres nous avait déjà montré des ouvrages , mais ce ne sont pas les moins habiles. Un treizième, M. Théodore Bruni, professeur et recteur de l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, sest borné à nous envoyer les photographies des cartons
qu'il a exécutés pour la décoration de l'église impériale de Saint- Isaac : on y reconnaît un artiste savant , mais peu original , formé par l'étude des maîtres italiens.
Il va sans dire que les peintres des provinces russifiées ont été englobés dans le bataillon des peintres de la Russie proprement dite. Il est même à remarquer que le meilleur tableau de l'exposition russe est l'œuvre d'un Polonais , M. Joseph Simmler, et qu'il représente un sujet tiré de l'histoire de la Pologne : la Mort de Barbe Radziwill.
C'est une touchante figure que celle de cette Barbe Iladziwill , dont le poète Felinsky a fait l'héroïne d'uue tragédie regardée comme un des chefs-d'œuvre de la littérature polonaise. Fille d'un puissant chef de la Lithuanie , aussi vertueuse que belle , elle inspira une ardente passion au jeune Sigismond-Auguste, héritier présomptif du trône de Pologne, qui l'épousa secrètement. Devenu roi, ce prince déclara son mariage et conduisit sa femme à Cracovie , dans l'intention de la faire couronner par la Diète. Mais la reine-mère et la noblesse polonaise firent à ses projets la plus vive résistance, sous prétexte qu'il n'était pas digne d'un roi d'épouser une de ses sujettes. En réalité , la reine-mère craignait de perdre le grand crédit dont elle avait joui du vivant de son mari, et la noblesse voyait avec jalousie la prépondérance accordée à la famile des Radziwill. Barbe , pour ne pas compromettre l'autorité de son époux, résolut de rentrer dans la retraite; mais, loin d'y consentir, Sigismond se prépara à réduire par la force les nobles révoltés. — Ici se place une des plus belles scènes du drame de Felinsky. La princesse arrête Sigismond au moment où il va donner le signal de la guerre civile : « J'irai moi-même , lui dit-elle, me jeter sur les lances des combattants pour t'épargner un crime, pour m'épargner la honte. Je veux , je veux mourir ; c'est la seule voie qui me reste. Je veux mourir, car je ne puis plus vivre pour toi. Quoi ! moi , je pourrais presser contre mon sein un bras qui se serait trempé dans le sang polonais ! Non ! non ! autant je t'adore , autant je te liaïrais , j'aime le père du peuple , je déteste le tyran ! » Sigismond se rend à ces nobles exhortations. Après un premier refus , la Diète finit par approuver le mariage du roi. Mais la joie des deux époux est de courte durée ; Barbe , empoisonnée par ordre de la reine-mère , meurt entre les bras de Sigismond à qui elle adresse ces dernières paroles : « Toi , vis , sauve la race des pères de la Pologne qui est prête à s'éteindre... Préserve cette terre... des malheurs... de la chute ! » Et le roi s'écrie : « Elle
expire... et je dois vivre ! vivre sans mon épouse ! ô Pologne , quel douloureux sacrifice exiges-tu de moi ! »
C'est ce dénoùment pathétique qui fait le sujet du tableau de M. Simmler. La reine vient de rendre le dernier soupir. Au pied du lit où elle repose , presque souriante dans la mort, Sigismond est assis , sombre , abattu , contemplant avec un morne désespoir celle qui mérita si bien son amour. Nul n'est témoin de celte grande douleur. M. Simmler a eu le bon goût d'écarter aussi les accessoires trop voyants, pour ne pas amoindrir l'intérêt du drame. La scène est grande parce qu'elle est simple', émouvante parce qu'elle ne vise point à l'effet (1). L'exécution est remarquable. Le visage de la morte, parfaitement éclairé, rayonne dans sa blancheur exsangue , et se détache bien sur l'oreiller garni de dentelles. Le corps affaissé sous les draperies qui le recouvrent , et le bras qui retombe inerte le long de la couche, indiquent d'ailleurs que Barbe Radziwil dort du sommeil éternel. Le roi est vêtu d'un manteau noir, bordé de fourrures et qui laisse passer les manches d'un pourpoint de satin rose. La couleur est claire, puissante et tranquille.
Une autre toile de M. Simmler, dont le catalogue officiel, fort incomplet dans ses indications , ne donne pas le titre (2) , — rappelle sans doute, commele précédent, une page de l'histoire de l'ancienne Pologne. D'ailleurs, ce qui frappe le plus dans ce tableau, c'est moins le sujet en lui-même que la magnificence des costumes : les étoffes de couleurs variées, les fourrures, les dentelles, les diamants et les pierreries forment une gamme des plus riches et des plus harmonieuses. Seulement la touche, fine et précise dans les accessoires, nous a paru un peu molle dans les chairs. — M. Simmler a exposé, en outre, un beau portrait de femme vêtue d'une robe de velours noir.
La Mort légendaire de la princesse Tarakanoff, par feu Constantin Flavitsky, a beaucoup de succès près des badauds. Enfermée dans une prison où l'eau pénètre à flots par une petite fenêtre grillée, l'infortunée princesse est debout sur son grabat , dans une attitude désespérée. L'eau monte, monte , et... chassse les rats qui
(1) Il est juste de reconnaître que la composition de M. Simmler offre la plus grande analogie avec le Tintoret et sa fille , de Léon Gogniet ; tout porte même à croire que l'artisti; russe s'est inspiré de l'artiste l'rançais.
(2) Le catalogue spécial publié par la commission russe nous apprend que ce tableau a pour sujet le Serment de la reine Edwige.
grimpent sur le grabat et qui ne manqueront pas de se réfugier, tout à l'heure, sur les épaules de la prisonnière... C'est d'une puérilité grotesque , comme on voit. Le dessin manque de force , mais le coloris a de la distinction : les demi-teinles surtout sont d'une grande délicatesse.
Nous retrouvons un sentiment aussi fin de la couleur, avec une exécution plus ferme , dans le Fauconnier moscovite , figure à micorps , en riche costume', peinte par M. Alexandre Litovtchenko , qui a exposé aussi deux portraits au fusain d'un modelé savant et moelleux.
On pense bien que la Russie n'est pas sans avoir ses peintres officiels et officieux de sujets militaires. La guerre est une si belle chose que tout peuple est avide de voir ses moindres faits d'armes immortalisés par le pinceau des artistes , — pour la plus grande édification des races futures. Malheureusement, il est plus facile de consommer ces égorgements héroïques, que d'en fixer sur la toile les sanglantes péripéties. Nous ne sommes donc pas étonné que la Russie n'ait pas encore enfanté un Horace Vernet pour peindre ses exploits. MM. Théodore de Moller, Nicolas Swertchkoff et Kotzebue ont beau s'évertuer à faire manœuvrer, sur de vastes toiles, les terribles escadrons moscovites: leurs tableaux nous font l'effet de ces papiers peints qui s'étalent triomphalement sur les murs des cafés de village.
M. Swertchkoff, toutefois, n'est pas sans talent I II rend bien l'aspect désolé , la sombre poésie des steppes russes voilées par un linceul de neige et éclairées par un jour blafard. Les figures qu'il place au milieu de cette nature en deuil sont traitées avec soin : il étudie minutieusement tous ses types et se montre particulièrement habile dans la peinture des chevaux. Il a exposé pour la première fois, au Salon de 1863 : une Station de poste, le Retour de la chasse à l'ours, et une Foire aux chevaux dans l'intérieur de la Russie. Ces ouvrages, très-intéressants au point de vue ethnographique, ont valu à M. Swertchkoff la croix de la légion-d'honneur.
M. Alexis Bogoliouboff qui a entrepris dHllustrer les fastes de la marine russe , possède un véritable talent. 11 s'est formé, je crois, sous la direction de son compatriote Maxime Worobieff , dont on voit, au musée de l'Ermitage , plusieurs Vues de Judée ; mais il a travaillé à Paris, chez M. Isabey , et à Dusseldorf, chez M. Achenbach. Sa peinture montre qu'il a tiré grand profit des leçons de ces deux derniers maîtres : il dessine bien, il sait varier ses effets, il cherche amoureusement la lumière , il rend avec habileté le mouve-
ment des vagues , sinon leur transparence ; s'il y avait moins de sécheresse dans sa touche et si les petites figures qu'il place quelquefois dans ses tableaux , étaient plus spirituellement tournées, nous n'aurions guère que des éloges à lui donner. Parmi les cinq tableaux qu'il a exposés, nous avons remarqué la Flotille de transport de Pierre 1", jetée par la tempête dans les roseaux du golfe d'Astrakan, et le Bombardement de Petropavlovsk par la flotte anglo- française. S'il est vrai qu'en peinture comme en littérature ,
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement,
les Russes doivent être de première force pour représenter l'hiver et ses frimas. Et, de fait, nous connaissons peu de tableaux aussi vrais, aussi saisissants que la Soirée d'hiver en Finlande de M. Mestchersky. Les sapins au feuillage sombre ploient sous la neige ; les rochers ressemblent à d'énormes stalactites de glace ; les eaux d'un lac se sont immobilisées sous l'action du froid intense. Un rideau de nuages noirs couvre le ciel ; mais les lueurs du soleil couchant percent un coin de ce voile et viennent dorer la cime des arbres et la crête des rochers. M. Mestchersky a admirablement rendu l'austère poésie de cette nature âpre , sauvage. Sa peinture est d'ailleurs excellente , très solide dans les empâtements et pleine de finesse dans les demi-teintes.
C'est par des sujets du même genre que M. Aivasovsky s'est fait connaître en France où il a été médaillé en 1843 et décoré en 1857 : les tableaux exposés par lui, à cette dernière date, attirèrent l'attention du public par l'étrangeté de l'aspect et par l'éclat de l'exécution; on remarqua principalement V Hiver dans la Grande- Russie et les Steppes de la Nouvelle-Russie au coucher du soleil. La Vue prise sur la côte méridionale de la Crimée et le Clair de lune qui figurent à l'exposition de 1867, ne sont pas moins curieux : il nous semble toutefois que l'effet est poussé jusqu'aux dernières limites du vraisemblable ; le Clair de lune est particulièrement fantastique ; l'œil a peine à démêler, au sein de l'immense nuit , la vague silhouette d'une falaise abrupte que la mer mine sourdement.
Les deux Vues prises dans le gouvernement d'OreldeU. le baron Clodt I", se distinguent par la profondeur de l'horizon, la transparence de l'air et l'harmonie de la couleur. — La Vue des environs de Dusseldorf, de M. Jean Schischkine, est une simple étude , bien dessinée et d'une couleur très juste. Nous avons encore , du même artiste, plusieurs dessins à la plume, le Troupeau au bois, la Forêt,
le Bois de bouleaux, etc.. exécutés avec un soin extrême et qu'où preudrait pour des eaux-ibrtes tant i! y a de fermeté dans le trait et de vigueur dans l'effet lumineux.
M. le baron Glodt II peint des tableaux de genre dans le goût de MM. Van Muyden et Ciaudius Jacquand. Son Atelier de tailleurs dans un couvent de moines franciscains nous offre des physionomies expressives et des détails finement observés. Trois moines sont assis près d'une fenêtre , autour d'un établi . Le plus âgé est tout entier à sa besogne; on devine que chez lui les passions se sont apaisées depuis longtemps et qu'elles ont fait place à des habitudes de recueillement et de travail. Le jeune moine, qui est à gauche, parait, au contraire, distrait, préoccupé: il jette un regard mélancolique par la fenêtre qui s'ouvre sur la campagne , il laisse aller son esprit vers le monde qu'il a quitté ; comme Mignon, il regrette sa famille , ses amis , sa patrie ; le troisième personnage plus jeune encore que le précédent, s'acquitte avec zèle de son travail de couture ; c'est le novice, dans toute l'ardeur de sa vocation . Deux révérends pères que leur dignité dispense de tout labeur, — car il y a des inégahtés sociales jusque dans les couvents ! — sont debout près de l'établi ; ils causent entre eux et attestent par leur face rubiconde et leur abdomen replet , qu'il est avec le ciel des accommodements ; un autre moine, accroupi au premier plan, donne à boire à des serins : innocente distraction du cloître ! Un septième enfin, chargé de divers objets, arrive par une porte cintrée, ouverte dans le fond de l'atelier. Une couleur vigoureuse et une belle lumière ajoutent aux charmes de cette composition.
Sous ce titre : une Boutique à Rome , M. Rizzoni nous montre un capucin en conversation joyeuse avec une marchande en plein vent ; ces deux figures, de dimensions excessivement réduites, ont beaucoup d'expression. Dans la Synagogue à Rome et la Synagogue en Livonie, la finesse de l'exécution est plus étonnante encore ; les personnages, très-nombreux, sont touchés avec une précision vraiment extraordinaire ; les types et les costumes , scrupuleusement étudiés, intéresseront les ethnographes. Par malheur, il n'y a pas d'air dans les intérieurs de M. Rizzoni , et on y chercherait inutilement un rayon de soleil : en Livonie, je le conçois, mais à Rome ?
Il paraît que les peintres qui vont à Gervara , dans les États Pontificaux, n'y trouvent rien de mieux à peindre que des femmes occupées à puiser ou à porter de l'eau. M. Hébert nous a donné sur ce sujet une grande toile que le Souvenir, de M. Jean Reimers.
rappelle seulement par le peu de consistance des rochers dans lesquels est taillé l'escalier de la fontaine. Serait-ce donc à tort que les critiques ont blâmé cette partie du tableau de l'artiste français ? Et devons-nous croire qu'à Cervara les rochers, faits d'une pâte molle, sont toujours prêts à s'écrouler sur la tète des jolies Contadines ? Gela vaudrait vraiment la peine d'être peint.— M. Reimers n'est pas sans talent, du reste : son Enterrement en Italie est une scène simplement conçue, d'un sentiment délicat et d'une couleur vigoureuse.
Le seul tableau religieux de l'Exposition russe est une Cène, peinte par M. Nicolas Gué, dont le nom est tout français et dont l'exécution voudrait rappeler la manière fantastique de Rembrandt. Rien de plus étrange, d'ailleurs, que cette composition. Dans le fond d'une vaste salle , près de la table qui a servi au repas du Maître et de ses disciples , Jésus , étendu sur un divan , se tient la tête comme ferait un homme profondément ennuyé. Judas, debout aupremier plan et ramenant son manteau sur ses épaules, s'avance vers le spectateur ; sa figure , toute entière dans l'ombre , se silhouette sur un fond de lumière ; on dirait qu'il a une lanterne accrochée derrière le dos. Les auti-es disciples, placés autour du Ghiiot, ont des mines irritées. Seul, saint .lean, assis aux pieds du Maître, nous montre un visage bienveillant. — Ce singulier tableau appartient au musée de l'Académie des Beaux-Arts de Pétersbourg : heureusement pour les élèves de cette académie, l'Ermitage n'est pas loin et leur offre des modèles d'un goût plus distingué.
Je ne sais pas quel modèle s'est proposé M. Théodore Bronnikoff : cet artiste peint des sujets antiques dans le sentiment des Vanloo et des Goypel ; mais il n'a rien de la facihté élégante des peintres pornographesdu xvnf siècle. Phidias choisissant ses modèles parmi les plus jolies filles d^ Athènes a eu du succès près des amateurs de scènes aphrodisiaques. Horace lisant ses satires ressemble de trèsloin au Décaméron, de M. Winterhaller. M. Bronnikoff a des idées ; il ne lui manque , pour les traduire sur la toile , que de savoir peindre.
M. Valère Jacoby va chercher ses sujets dans l'histoire de France : sa Mort de Robespierre est émouvante cà la façon des drames de Bouchardy.
La vue delà Galerie d'Apollon, au Louvre, de M. Lucien Przepiorsky, est peinte avec une extrême délicatesse ; mais j'avoue qu'une vue d'une des Salles du palais de Tsarskoe Sélo m'eût davantage intéressé.
J'ai hàle de nommer trois artistes qui oiU eu le bon esprit de rester franchement russes,— russes dans le choix de leurs sujets, russes dans leur manière de peindre. Ces trois artistes sont MM. An dré PopofF, Constantin Troutowsky et Basile Péroff.
N'est-ce pas une composition fort intéressante que la Scène de la foire de Nijny-Novgorod , de M. Popoff ? Vous blâmez la mollesse de l'exécution , l'absence de relief et d'effet ; — je louerai la vérité des types, la naïveté charmante des détails. Ah ! que l'Académie de Saint-Pétersbourg a été bien avisée de placer cette petite toile dans son musée ! — Les Chanteurs de Noël et le Retour d\ine fêle de ^ village, de M. Troutowsky, sont aussi de charmantes études de mœurs, fort mal peintes, si l'on veut, mais sincèrement observées. Que dirai-je des tableaux de M. Péroff, le plus étrange et le plus charmant « barbouiUeur » que possède la Russie , — plein de malice dans le Premier uniforme, comique, à la façon de M. Biard, dans le Peintre amateur^ navrant dans V Enterrement de village et dans la Troïka, sentimental dans le Joueur de guitare'? Un mot sur ce dernier tableau , le plus petit et le meilleur des cinq : il ne renferme qu'une figure , celle d'un pauvre musicien moscovite , enveloppé d'un caban déguenillé , assis près d'une table sur laquelle sa casquette est placée à côté d'une bouteille et d'un verre ; à l'expression pensive et recueilhe du visage, on voit qu'on a affaire à un dilettante en haillons. Ce bohème aux longs cheveux roux m'intéresse cent fois plus, je l'avoue, que les grandes batailles de MM. de Moller et Kotzebue, de même que je préfère aux Paysages italiens , si fort estimés à Pétersbourg , de M. Léon Lagorio , élève de Worobieff et professeur à l'Académie, les simples aquarelles de M. Pierre Sokoloff(le Vozok, scène de voyage, le Tarantasse, 1 Enterrement de village, VEcuriedhme station,etc), deM. Jean SokoloS', [Noce de village en Petite-Russie) et de M. Jules Kossak [Marché aux chevaux à Praga et Cosaques en marche] , représentant des scènes russes étudiées avec soin d'après nature.