‹ L'Art d'accorder soi-mème son pianoChapitre 10 sur 98 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

France qu'en Angleterre. Comme on est obligé de mettre les diapasons en vibration avec les mains, qui servent en même temps à toucher du piano, on ne peut frapper et accorder les notes du clavier qu'après que le diapason a perdu la force de sa vibration : alors le son du piano le couvre complètement et empêche que l'oreille ne puisse saisir la justesse de l'unisson. L'expérience prouve en effet qu'il est très - difficile d'accorder rigoureusement juste des unissons lorsque les deux sons à accorder ne sont point frappés ensemble, lorsqu'ils sont de natures différentes et surtout lorsque l'un est plus faible que l'autre. En outre, le diapasorama, étant soumis aux lois de la dilatation, se fausse par les changements de température ; il en résulte que cette différence dans l'exactitude des unissons, ajoutée à l'altération des intervalles, donne une partition mauvaise. D'ailleurs, cet instrument se maintenant à un ton à peu près fixe et les pianos suivant d'une manière très-sensible les changements de température, les amateurs seraient souvent dans la nécessité de monter ou de descendre leur piano, ce qui les obligerait à vaincre une des grandes difficultés que les accordeurs ont à surmonter. En supposant même que l'on pût accorder un piano au moyen du diapasorama, on ne pourrait pas accompagner le plus grand nombre des instruments, leur la se trouvant presque toujours différent, malgré le diapason normal, de celui du diapasorama, qui ne peut point varier à volonté et qui reste accordé sur un même ton.

MM. Roller et Blanchet ont construit, vers 1827, un autre instrument pour le même usage, et qu'ils ont nommé

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chromamètre , préférable au diapasorama, et qui cependant présentait encore de graves inconvénients dans l'application. Le chromamètre était un monocorde vertical, qui résonnait au moyen d'un marteau placé intérieurement et que Ton faisait mouvoir par une touche semblable à celle du piano ; son manche était garni d'une lame de cuivre divisée en douze degrés ou crans, qui portaient, comme le sommier des chevilles du piano, les initiales C, G #, D, D #, etc.

La corde était attachée à une cheville par son extrémité supérieure ; par l'autre elle tenait à un crochet monté sur un pas de vis, qu'une molette, facile à tourner, faisait monter ou descendre^, et à l'aide de laquelle on baissait ou on élevait le diapason ; un chevalet à ressort, qui se fixait à volonté sur chacun des degrés, modifiait l'intonation en demi-tons moyens, et selon qu'il était placé sur C, sur C #, ou sur D, il donnait ut, ut #, ouré^ et ainsi de suite. On accordait alors à l'unisson les douze demi-tons du clavier sur ceux du chromamètre, après l'avoir fixé à la barre qui orne le clavier, et en frappant de la même main sa touche et celle du piano. Cet instrument avait le son faible et peu vibrant, de sorte que le son du piano le couvrait et les unissons devenaient difficiles à saisir; mais un inconvénient plus grave résultait de ce que le marteau, frappant toujours la même corde pour accorder les douze unissons du clavier, la faisait baisser; de plus, le chevalet, qu'on était obligé de déplacer pour chaque demi-ton, occasionnait sur la corde des frottements qui la faisaient encore baisser, de sorte que les intonations de chaque unisson se trouvaient trop basses au fur et à me-

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sure qu'on arrivait vers l'aigu, et donnaient alors une mauvaise partition. D'ailleurs cet instrument ne dispensait pas du maniement de la clef et du coin pour accorder les trois cordes à l'unisson et à l'octave et de trouver précisément les chevilles correspondantes aux cordes à accorder : aussi n'a-t-il eu aucun succès, malgré l'habileté et la réputation de ses inventeurs. Dans ces derniers temps, un professeur de chant très-distingué, M. Delsarte, a eu l'idée de faire construire aussi un appareil, qu'il a appelé guide-accord ou gonotype^ qui a pour objet, comme le chromamètre, de dispenser de faire la partition et de réduire l'accord du piano à n'avoir à accorder que des unissons et des octaves.

Dans le principe l'appareil de M. Delsarte était composé d'une barre qui se plaçait sur le plan des cordes, et dont la courbure était telle que douze petits chevalets mobiles qui la traversaient venaient s'appuyer sur les cordes de douze notes du piano vers le milieu du clavier ut ut # ré ré tt, mi, etc., jusqu'à si\ lesquels chevalets étant abaissés coupaient ces cordes de manière à ce qu'elles rendissent chacune ut à l'unisson. Après avoir accordé juste ces douze notes on relevait les petits chevalets ; alors les cordes n'étant plus raccourcies vibraient dans toute leur longueur et donnaient pour l'oreille les douze demi-tons moyens de la gamme, c'est-à-dire ut, ut #, ré, ré# mi, fa, /a ^, soi, sol tt, la, la tt si, puis on accordait le reste du piano à l'octave. Cette barre pouvait se placer sur le plan des cordes d'un piano à queue ou sur celui d'un piano carré, mais dans les pianos droits, devenus d'un usage général, la disposition de la mécanique placée de-

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vant les cordes rendait difficile l'application de ce procédé ingénieux, qui exige une grande précision.

M. Delsarte a donc été obligé de modifier son appareil et de le ramener, comme on va le voir, aux principes du chromamètre. Cet appareil se compose d'une barre de bois appelée porte-corde^ sur laquelle est tendue une corde que l'on peut monter et descendre à l'aide d'une cheville placée à chaque extrémité pour la mettre au ton du diapason. Cette corde sonne ut^ et un sillet mobile, en forme de pince, coupe la corde à chacune des sections désignées par C C # D, etc., inscrites sur une plaque de cuivre appliquée sur \q porte- corde et donne par ses diverses positions les douze demi-tons moyens de la gamme ut ut # ré^ etc. Cette corde est pincée et mise en vibration par un sautereau armé d'un bec de cuivre; lequel sautereau est mû par un cordon qui correspond à une pédale ou bien par une barre d'appui mise en mouvement par le bras dans quelques-uns de ces appareils. Le porte-corde est situé devant le piano et soutenu par deux bras de levier, introduits dans des coulisseaux comme ceux d'un guide-main ; ces bras de levier vont toucher les panneaux qui ferment le bas de l'instrument, lesquels deviennent ainsi une sorte de caisse sonore et par leur contact avec les bras servant de conducteurs augmentent le son de la corde, qui est naturellement maigre, celle-ci étant pincée par un bec de métal. Pour accorder le piano à l'aide du guide-accord, il faut, après l'avoir mis en place, monter la corde au ton du diapason ut^ puis accorder \ut du piano correspondant à celui du guide-accord rendu par la corde à vide ; après quoi on fait glisser le sillet mobile

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