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ARTICLE DIX-SEPTIÈME

Qualités d'au bou piano.

Dans cet article , en décrivant les qualités essentielles d'un bon piano, je crois faire plaisir aux amateurs qui ne sont point à même de toucher et d'entendre un grand nombre de pianos différents.

Un bon piano doit avoir le son fort, rond, plein et large \ Son timbre ne doit être ni éclatant ni sourd; mais il faut qu'il soit un peu métallique, moelleux et nerveux -.

La force du son est ordinairement en raison de la longueur de la corde et de la grandeur de la table d'harmonie, c'est-àdire que, fabriqué par la même main, le piano a le son d'autant plus fort qu'il est d'une plus grande dimension : c'est pourquoi les pianos à queue ont en général plus de son que les pianos carrés, et ceux-ci plus que les petits pianos droits ; car le son des grands formats des pianos droits est plus fort que celui des pianos carrés.

L'égalité de son doit être parfaite dans les trois parties du clavier. Je veux dire qu'il faut que le médium s'entende bien, que les basses ne couvrent pas les dessus, et que ceux-ci ne pré-

I Large , c'est-à-dire que la vibration doit se prolonger longtemps sans perdre sensiblement de sa force.

' Nerveux, c'est-à-dire que l'intensité du son doit augmenter selon la force avec laquelle on frappera le clavier^ ce qui malheureusement ne se rencontre pas toujours.

dominent pas sur les basses ; en un mot les trois parties du clayier doivent être en harmonie les unes avec les autres.

Un piano doit être égalisé de manière à ce qu'en faisant lentement une gamme chromatique, depuis le son le plus grave jusqu'au son le plus aigu, et vice versa, on ne trouve entre une note et sa voisine aucune différence sensible pour le timbre, la force et la pureté.

J'ajouterai cependant que le caractère particulier des dessus , c'est d'avoir le son plus net et plus mordant que le reste du clavier, ce qu'on ne rencontre pas dans tous les pianos. On trouvera aussi que dans beaucoup de ces instruments il y a deux octaves environ, à partir de Vut^ entre la troisième et la quatrième ligne, à la clef de sol, qui sont molles et quelquefois criardes, car c'est dans cette partie de l'instrument que les facteurs éprouvent le plus de difficulté à bien réussir.

Passons au clavier, l'une des parties importantes de l'instrument, puisque c'est par son moyen que l'exécutant transmet ses inspirations.

Un bon clavier ne doit être ni trop dur ni trop mou, mais sans gêner l'exécutant il doit lui résister sous les doigts de manière à lui faire sentir ce qu'il fait. Un clavier trop dur embarrasse l'exécution, un clavier trop mou fait barbouiller. Les touches doivent être plus légères et moins enfoncer dans les dessus que dans la basse ; l'enfoncement des dessus doit être d'environ 7 à 8 millimètres et celui des basses de 9 millimètres à peu près. Une des conditions essentielles d'un clavier c'est qu'il soit vifei qu'il rejjète bien, c'est-à-dire que la touche relève avec promptitude, afin qu'on puisse facilement cadencer et articuler une succession rapide de doubles et de triples croches surlamême touche, comme ily en a souvent dans les variations modernes. Le meilleur mécanisme, comme nous l'avons vu, est le mécanisme à échappement; il lance le marteau avec plus de force, plus de vigueur

que les autres, et fait rendre plus de son à l'instrument ; de plus, il permet de faire les agréments ayec délicatesse, de lier, de détacher avec précision et de faire fort ou piano à volonté ; en un mot, il procure une perfection d'exécution qui était inconnue avant son usage. Aussi depuis longtemps ne fabrique-t-on plus que des pianos à échappements : seulement il faut dire que ce mécanisme a besoin d'être construit avec soin pour qu'il puisse bien répéter, et sous ce rapport on est arrivé en France à une perfection et à une variété qui nous sont enviées par les étrangers et qui donnent aux instruments français une grande supériorité. Bon nombre d'échappements simples et doubles ont été imaginés dans tous les pays , et particulièrement en France; comme je ne puis les citer tous, je renverrai aux fig. 14, 15, 16 et 17, qui représentent les principaux mécanismes à échappement pour les pianos à queue et pour les pianos carrés; quant aux pianos droits, je renverrai aux suivantes, 18, 19, jusqu'à 23 inclusivement. Depuis environ vingt-cinq ans, on s'est efforcé aussi à chercher des mécanismes à double échappement pour les pianos à queue et les pianos droits ; dans ces mécanismes, dont l'idée première appartient à S. Erard, qui l'a appliquée à ses pianos à queue, mais que moi d'abord et plusieurs facteurs ensuite avons perfectionnée et appliquée à toutes les espèces de pianos ; dans ces mécanismes, dis-je, appelés également échappements à répétition, nom que je leur ai donné et qui leur est resté, la touche rend un son fort ou faible suivant qu'on la laisse plus ou moins relever après l'avoir frappée une première fois. Plusieurs de ces mécanismes remplissent le but qu'on se proposait pour l'exécution de certains passages ; mais l'augmentation du prix de revient, leurs complications, leur peu de durée, les claquements qu'ils produisent au bout de très-peu de temps, et surtout la difficulté de trouver dans les provinces des ouvriers qui puissent les régler, les ont

généralement fait abandonner et ont fait revenir à l'échappement simple. Quelques maisons seulement, qui doivent leur réputation à ce mécanisme, continuent à l'employer, chacune suivant son modèle, pour ne pas la voir décroître si elles l'abandonnaient.

Chaque touche du clavier doit rendre un son franc et net, ne pas vaciller et ne doit produire sensiblement dans tout son mécanisme aucun bruit étranger qui puisse choquer l'oreille. De plus, chaque son doit être bien étouffé, c'est-à-dire que quand la touche est relevée on ne doit entendre se prolonger aucun son.

Les pédales doivent se mouvoir librement, sans bruit, avec précision, et doivent avoir une égale influence sur toutes les notes qu'elles modifient. Il faut encore que la pédale céleste ait un son bien velouté et qu'elle n'emprunte pas, c'est-à-dire qu'elle ne fasse point entendre deux sons à la fois, ce qui arrive fréquemment.

C'est ici le lieu de rappeler ce que nous avons dit ailleurs, que la pédale d'expression remplace avec un grand avantage, tant pour la solidité que pour la bonne exécution, les anciennes pédales céleste et à une corde; qu'elle donne la facilité non-seulement de jouer pianissimo et plus doux, mais encore d'augmenter le son graduellement depuis le plus faible jusqu'au plus fort, et réciproquement, en décroissant du plus fort au plus faible, et qu'elle modifie l'enfoncement du clavier dans la proportion de la force du son ; de plus, elle agit sur la pédale à^ forte ,de la même manière que sur le son naturel de l'instrument; elle augmente les ressources de l'exécution, abrège en même temps l'étude de l'indépendance des doigts, et remplace avec un immense avantage le mécanisme à double échappement.

En résumé , les qualités d'un bon piano sont : solidité de l'instrument, durée de l'accord, force, rondeur, égahté et

netteté du son, délicatesse et légèreté du clavier, répétition rapide de la même note, facilité de la cadence, et faculté d'enfler ou de diminuer le son d'une même note, d'une cadence, d'un passage, d'un trait quelconque.

Terminons en disant un mot sur les factures allemande, anglaise et française, en possession de fournir des pianos au monde entier. Si j'en juge par les expositions universelles, d'après l'opinion des grands maîtres et d'après l'expérience que j'ai acquise en accordant moi-même les pianos des meilleurs facteurs de ces trois contrées, les pianos allemands sont mous, d'une légère exécution ; ils ont un son faible et éclatant, mais qui est cependant agréable. Les pianos anglais, bien préférables aux pianos allemands, sont au contraire fermes, d'une exécution forte et ont une grande puissance de son. Maintenant, les pianos de France sont supérieurs sous tous les rapports aux pianos anglais pour la perfection du mécanisme , la qualité , la puissance du son , et particulièrement dans les pianos droits, qui n'ont pas d'analogues chez les autres puissances \

Les qualités extérieures du piano étant subordonnées à la mode, et au goût de chacun, je n'ai pas cru devoir les détailler. Comme on le sait, les uns aiment mieux le bois d'acajou que celui de palissandre^ les autres Y érable que le cour baril ; ceux-ci le frêne ^ ceux-là le citron^ dans quelques pays le noyer; et certaines personnes préfèrent les colonnes aux consoles^ certaines autres les caisses unies à celles qui ont des guillochures, des filets ou de la marqueterie. Ici chacun est juge d'après son goût, et il choisira ce qui lui conviendra le mieux.

• On comprend que dans ce parallèle il ne s'agit que des produits des meilleurs facteurs, principalement des pianos à queue ; car dans chaque pays on fabrique des pianos plus ou moins bons, et l'on ne peut établir de comparaison qu'entre ceux des premières maisons.

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