III
La plus grande partie des réparations des pianos à queue ne pouvant se faire que lorsque le clavier est retiré, nous allons commencer par apprendre à le sortir de l'instrument.
Mmiière de retirer le clavier des pianos à queue.
Le clavier des pianos à queue est rarement yissé, puisque d'ordinaire il se meut horizontalement de gauche à droite, afin que les marteaux ne touchent qu'une , deux ou trois cordes, à volonté. Pour le retirer, il faut d'abord dévisser le fronton placé devant les touches, qui quelques fois est tenu par des vis simples, et d'autres fois par des vis à oreilles, placées sous le parquet du clavier; puis on dévissera les blocs ou joues du clavier, qui sont aussi tenues par des vis à oreilles, placées également sous ce parquet; puis avec le cylindre on ôtera les blocs dans lesquels il pivote. Après quoi le clavier restera à découvert ; on pourra alors le retirer comme d'ordinaire, mais non sans une certaine résistance, en le prenant par la barre des marteaux, et en ayant toujours soin, comme on l'a dit pour les pianos carrés, que les marteaux soient bien baissés et de n'appuyer sur aucune touche. Lorsqu'on voudra le remettre en place, on aura la précaution d'ajuster dans une rainure pratiquée sous le châssis l'extrémité du mouvement de la pédale de reculement, qui fait mouvoir le clavier, et qui s'élève un peu au-dessus du fond de l'instrument; ce mouvement étant pressé par un ressort contre un côté de la rainure, on éprouvera pour le pousser la même résistance qu'on a éprouvée pour le retirer. Ce frottement est encore augmenté par le grand ressort placé sur le côté du châssis, et qui est destiné à ramener le clavier à sa place. Quand on fera fonctionner la pédale de reculement, on fera en sorte de ^ne pas trop serrer la vis des blocs, pour que cette pédale fonctionne bien et que ces blocs n'appuient pas trop fort sur les guides du clavier et qu'ils le laissent glisser librement. Lorsque cette pédale de
reculement est remplacée par la pédale d'expression, le clavier est fixe et simplement tenu par des vis à oreilles qui se trouvent sous son parquet : alors nulle difficulté pour l'entrer et le sortir.
Mécanismes des pianos à queue, et principales modifications qu'on y a apportées.
On emploie dans les pianos à queue généralement le mécanisme anglais (fig. 14), avec quelques modifications, suivant les facteurs, et le mécanisme à double échappement d'Érard (fig. 15) ; enfin quelques mécanismes particuliers, moins répandus. Dans cet article, nous nous occuperons plus spécialement du mécanisme anglais, parce qu'il est le plus particulièrement usité, et parce que d'ailleurs le mécanisme à double échappement d'Erard étant très-compliqué et très-sujet à se déranger et à produire des bruits ou claquements, il est presque impossible de décrire tout ce qu'un amateur aurait à faire pour réparer ce mécanisme, que beaucoup de facteurs euxmêmes n'osent pas entreprendre. Dans le mécanisme anglais , la barre des marteaux est souvent encore à l'ancien système, c'est-à-dire avec des plaques en cuivre destinées à assujettir les broches servant de pivots aux marteaux, enfilés douze par douze, et quelquefois six par six. Néanmoins, dans un certain nombre de pianos à queue, les facteurs qui suivent les progrès emploient pour chaque marteau des fourches isolées en cuivre et à vis de pression, qui tout à la fois facilitent les réparations et durent plus longtemps. Dans ce mécanisme , les autres modifications adoptées consistent dans le changement du bouton à faire échapper, qui, au lieu de tourner sur lui-même, est à coulisse, avec une vis de
rappel. L'échappement, à cheval sur une goupille dans la touche , guidé dans la partie, supérieure par un peigne, se trouve fixé à pivot sur un chevalet, ce qui permet de le monter ou de le descendre à volonté et de supprimer le peigne ; le ressort, au lieu de frotter sur le bois, est suspendu par son extrémité à l'échappement. Les étouffoirs, qui autrefois étaient adaptés à de petites réglettes en bois glissant perpendiculairement dans des mortaises servant de guides, se trouvent maintenant fixés à des broches en cuivre mues par des leviers maintenus par des ressorts ; ce qui fait que les frottements sont diminués et que les étouffoirs fonctionnent mieux et étouffent davantage.
Accidents qui emjjêchent une note de]parler dans les pianos à queue^ et manière de les réparer.
Dans les pianos à queue, les causes qui empêchent une note de parler sont à peu près les mêmes que celles des pianos carrés à échappements, à savoir :
1° La touche qui ne relève pas ;
2° L'échappement qui fonctionne mal ;
3° Le marteau qui est cassé ou qui ne retombe pas librement.
Réparations des accidents qui empêchent une touche de marcher.
Une touche ne relève point quand elle est gênée dans ses pointes ; quand elle frotte contre une de ses voisines ; quand des ordures se sont glissées entre elle et sa voisine ; quand la mouche du balancier est trop mince,, quand elle est usée ou mangée des vers ; quand l'attrape-marteau frotte contre un de
ses YoisinS;, et enfin quand le pilote de l'étoiiffoir, lorsqu'il y en a un, passe à côté de la garniture du bout de la touche.
i° Lorsqu'on yeut faire marcher une touche qui est gênée dans ses pointes , il faut rechercher quelle est celle qui la gêne ; le plus habituellement c'est celle du devant : si elle est ronde , il faut la pousser un peu de côté ; si cette pointe est OYale, il suffit souvent de la faire tourner sur elle-même avec la clef destinée à cet usage (fîg. 69)^ ou bien enfin il faut tasser la garniture de drap ou de peau des mortaises avec le petit outil appelé coin à tasser (fig, 71), qui ordinairement est fait en bois dur, en ivoire ou en fer. Si les mortaises ne sont pas garnies et si les pointes frottent contre le bois, au lieu de tasser les garnitures il faut, comme il a été dit à l'article des pianos carrés , limer dans les mortaises avec la petite lime à clavier (fig. 72).
2" Si une touche frottait contre sa voisine sur lé devant du clavier, on l'en éloignerait en forçant un peu de côté la pointe qui la guide à cette extrémité ; si au contraire c'est au-delà du balancier que le frottement existe, ce qui arrive souvent, à cause de la courbure des touches dans ces sortes de claviers, on ôtera un peu de bois sur le côté de la touche avec un petit rabot ou un racloir d'ébéniste, ou bien on la ployera légèrement après l'avoir fait chauffer.
3° Lorsque des ordures se sont introduites entre deux touches et qu'elles les gênent, il suffit, pour les faire marcher, de soulever l'une de ces touches pour enlever le corps étranger, et quelquefois aussi de souffler dans la mortaise du balancier pour en chasser la poussière.
4° Si la mouche de drap qui garnit la pointe du balancier d'une touche est trop mince, si elle est usée ou mangée des vers , cette touche ne se relève jamais au niveau des autres, et souvent elle ne parle qu'avec peine. Dans ce cas, pour la
faire aller, il faut simplement ôter la touche, remettre une mouche de drap plus forte, ou une mouche mince par-dessus celle qui y est déjà si cette dernière n'est pas altérée, et rentrer la touche à sa place ; et si l'ivoire se trouve plus haut ou plus bas que celui de ses voisines, on changera l'épaisseur de la mouche de drap jusqu'à ce que la touche soit bien à la même hauteur que les autres.
S" Si un attrape-marteau frotte contre un de ses voisins, on ployera un peu de côté la tige de cet attrape-marteau pour l'éloigner de celui contre lequel il frotte.
6° Quand les étouffoirs du piano sont avec de petites réglettes de bois, comme on en fait encore souvent en Angleterre, l'extrémité inférieure use la garniture ou passe quelquefois à côté et fait arrêter la touche : dans ce cas il suffit de décoller la garniture et de la recoller en la poussant un peu sur le côté, ou, ce qui vaut encore mieux, il faut la changer.
Réparations des accidents qui empêchent un échappement anglais de fonctionner.
Comme nous l'avons dit, dans les pianos à queue c'est l'échappement anglais (fîg. 14) qui est le plus généralement usité, mais souvent avec les modifications indiquées plus haut. Les causes qui empêchent cet échappement de fonctionner peuvent se rapporter à huit principales, savoir : le ressort qui est cassé , qui est trop faible, ou qui a trop de frottement ; l'échappement qui est gêné dans son pivot ou dans le peigne qui lui sert de guide, lorsqu'il y en a un ; l'échappement qui est réglé trop haut, et qui par conséquent ne rentre pas sous le nez de la noix ; le drap ou le feutre de la noix du marteau qui est décollé ou trop épais, et qui em-
pêche l'échappement de rentrer sous le nez, et la vis à fake échapper, qui est mal réglée. Pour remédier à la plupart de ces accidents, il est nécessaire de retirer une touche de sa place , et dans cette mécanique anglaise on ne peut le faire qu'en enlevant la barre des marteaux, qui en général est vissée à ses extrémités et tenue dans le milieu par des tuteurs en métal ou en bois, qu'il est également facile de dévisser. On sera aussi obligé d'enlever la barre de repos des marteaux et le peigne lorsqu'il y en aura un, qui l'un et l'autre sont tenus par des vis.
r Lorsque le ressort est cassé, il faut prendre du fil de cuivre de même grosseur, faire un pareil ressort et remplacer le mauvais.
2" Lorsque le ressort est trop faible, il faut, avec des pinces ou avec les doigts, augmenter sa courbure pour le renforcer.
3° Lorsque le ressort a trop de frottement dans l'échappement, il faut le sortir de sa place, puis frotter cette place avec un peu de mine de plomb délayée dans de l'esprit de vin, ou simplement frotter avec la pointe fine d'un crayon de mine de plomb.
4° Quand l'échappement sera gêné dans son pivot, on procédera de la manière suivante s'il est sur un chevalet : on lui donnera un peu de jeu à la main en le faisant jouer sur luimême et en l'appuyant avec une certaine force, tantôt à droite, tantôt à gauche ; si ce moyen ne suffisait pas, on retirerait la goupille qui lui sert de pivot comme on l'a indiqué pour l'échappement de Petzûld. On passera une broche un peu forte dans le trou des garnitures; on remettra la goupille en place, ou on la remplacera par une neuve, en ayant surtout la précaution de la rôder, comme cela a été dit ailleurs pour l'échappement de Petzold. On fera fonctionner l'échappement à la main pour s'assurer qu'il marche bien, puis on remettra le tout en place.
Si, au contraire, l'échappement pivote dans une mortaise pratiquée dans la touche, comme à la figure 14, on retirera l'échappement de sa place en l'enlevant perpendiculairement ; on limera tant soit peu pour donner un peu de jeu dans l'espèce de petite fourche qui entre à cheval sur la goupille et sa garniture, et l'échappement devra fonctionner.
5" Lorsque l'échappement est gêné dans son guide, il suffit de dévisser le peigne de sa place , de tasser, avec un outil à tasser ou avec un fer chaud, la garniture, qui est ordinairement en peau de daim , et dans laquelle frotte l'échappement ; ou bien il faut l'user avec un peu de papier de verre.
6" Lorsque l'échappement est trop haut, s'il est monté sur un chevalet, on le baissera à l'aide de la vis du chevalet destinée à le baisser ou à le hausser à volonté ; et s'il est dans la touche, pour le baisser on limera un peu dans le fond de la petite fourche qui est à l'entrée à cheval sur la goupille: et dans l'un et l'autre cas l'échappement devra rentrer sous le nez ; quelquefois on sera obligé de recommencer cette opérationpour arriver juste.
7" Lorsque l'échappement est bien de hauteur et qu'il ne rentre pas librement sous le nez, cela provient du petit coussin de drap ou de feutre placé au-dessous du nez de la noix, qui est décollé ou qui avance trop. Alors il suffit de le recoller ou de l'amincir en le pressant avec un fer chaud, et lorsqu'il est en feutre d'en enlever une petite épaisseur avec un couteau à rogner afin de permettre à l'échappement de rentrer plus avant sous le nez de la noix et par suite de lancer le marteau avec plus de force.
8° Quelques fois, lorsque le bouton à faire échapper est trop avancé, l'échappement fonctionne mal, échappe trop loin, et le coup manque de force ; il faut alors tourner à gauche la vis qui sert à le régler, afin de le ramener pour que l'échappement conduise le marteau à deux millimètres de la corde avant d'é-
chapper. D'autres fois le bouton est trop en arrière, il n'agit pas assez sur l'échappement ; alors celui-ci fait bloquer le marteau, c'est-à-dire qu'il le conduit jusqu'à la corde sans le quitter, qu'il l'applique contre les cordes et produit un son étouffé et sans vibration ; il faut dans ce cas tourner la vis à droite pour faire avancer le bouton de manière à ce que l'échappement quitte le marteau à deux millimètres environ de la corde.
Réparatio7is d'un marteau dans les pianos à queue.
Un marteau peut se casser dans son manche ou dans sa tête ; pour remettre un manche de marteau, il faut sortir le clavier, ôter la noix de sa place, en desserrant la vis qui l'y assujettit ; ou bien si les marteaux sont enfilés douze par douze, il faut dévisser la plaque de cuivre qui assujettit la broche commune, désenfiler les marteaux jusqu'à celui qui est à réparer, procéder ensuite comme il a été dit à l'article des pianos carrés , c'est-à-dire couper le manche à ras de la noix, marquer le centre du manche avec une pointe à tracer ou avec une petite vrille (fig. 63), puis avec la gouge (fig. 65) évider le trou (fig. 64), percer le trou de la même manière dans la tête du marteau, c'est-à-dire sans la traverser de part en part, prendre un manche de même grosseur et de même bois que celui qui est cassé, le coller d'abord dans la tête du marteau, puis remettre la noix en place, couper le manche du marteau de telle longueur qu'il puisse entrer jusqu'au fond du trou de la noix ; après l'avoir limé et ajusté dans le trou, il faut le coller en place de manière à mettre la tête du marteau bien en ligne avec celles des autres, et à égale distance de ses deux voisins, et quand on a remis le clavier en place , soulever le marteau avec le crochet (fig, 54) , pour
s'assurer qu'il touche bien sur ses cordes, puis le faire échapper à distance convenable. Lorsque c'est la tête du marteau qui est cassée, ce qui arrive quelquefois lorsqu'on tire le clavier, il faut coller les deux parties ensemble, les consolider avec deux petites éclisses en bois très-minces et attacher le tout momentanément avec du fil, que l'on retire quand la colle est bien sèche. Quand le marteau ne retombe pas librement, cela provient de la garniture de la fourche, qui est gonflée, ou de celle de la noix ; dans le premier cas, lorsque les marteaux sont enfilés, il faut desserrer la vis de pression de la fourche, s'il y en a une ; et dans le second cas, il faut ôter la noix et passer une broche dans la garniture des trous pour donner un peu de jeu, puis remettre le tout en place : mais en passant la broche dans les garnitures on ne doit pas trop forcer, car on risquerait d'agrandir le trou, ce qui ferait ballotter le marteau et pourrait le faire claquer.
La diversité de mécanismes dans les étouffoirs des pianos à queue rend difficile l'indication de tous les cas qui peuvent empêcher une note d'étouffer ; seulement, on peut dire qu'en général une note n'étouffe pas lorsque le feutre ne porte pas bien sur toutes les cordes de la même note, quand le pilote d'étouffoir est gêné dans son guide, quand le ressort, lorsqu'il y en a un, est trop faible et l'étouffoir trop léger; il faut donc pour remédier à ces principaux inconvénients bien ajuster le feutre sur les cordes, le peigner au besoin, donner du jeu au trou garni dans lequel le pilote passe, renforcer le ressort, ou bien charger d'un peu de plomb l'étouffoir; et après tout ce qui a été dit précédemment sur les différentes réparations , l'intelligence de celui qui s'en sera chargé suppléera facilement aux cas non prévus. Il faudrait parler ici des claquements que l'on rencontre dans les pianos à queue ; mais comme en général ils sont moins fréquents que dans les
pianos carrés et dans les pianos droits, et comme ils ont à peu près les mêmes causes que dans ces deux genres de pianos, je renverrai de la page 183 à la page 190, et de la page 214 à la page 220, où l'on distinguera parfaitement ceux des claquements qui peuvent se rapporter aux pianos à queue.
En général les pédales de pianos à queue, comme celles de tous les autres pianos , s'arrêtent, font du bruit ou produisent des sifflements. Les pédales s'arrêtent quand les ressorts sont trop faibles , quand les mouvements sont gênés dans leurs articulations et dans leurs pivots. Dans le premier cas, pour y remédier, il suffit de mettre des ressorts plus forts, et dans le second cas de donner un peu de jeu aux mouvements dans les endroits où ils sont gênés. Lorsque les pédales font des bruits ou des sifflements, il faut seulement graisser avec un peu de suif ou avec du savon sec entre le bout du ressort et le bois sur lequel il porte, ou bien en mettre entre les deux parties du mouvement brisé qui frottent l'une sur l'autre, qu'elles soient garnies ou non; ou, enfin, en mettre dans les trous des broches qui servent d'axe à ces mouvements, ou bien encore dans les trous par où passent les pilotes qui servent de transmission aux mouvements.
Ici se termine ce que nous avons cru devoir dire sur les petites réparations des pianos à queue; il est évident que nous n'avons pas tout prévu, mais nous laissons à l'intelligence de l'opérateur le soin de lever les autres difficultés qui pourraient se présenter dans ce magnifique instrument, qu'on peut appeler le roi des pianos.
Passons actuellement à la réparation des pianos droits, qui acquiert un grand intérêt en raison de l'importance que ce genre de piano a prise dans le monde, à cause de l'exiguïté des appartements, de la facilité de placer cet instrument et des notables perfectionnements que l'on y a introduits.
Les pianos droits, comme on le sait, se divisent en trois catégories :
i" Pianos à cordes verticales ;
2° Pianos à cordes obliques ;
3° Pianos à cordes demi-obliques.
Dans ces différents genres de pianos la mécanique la plus usitée est la mécanique anglaise (fîg. 19), ainsi que les mécaniques des fig. 21 et 22, et quelquefois, mais dans les pianos obliques seulement, les mécaniques des fig. 20 et 23. Comme je l'ai dit ailleurs, on trouve employées certaines mécaniques autres que celles-là, et qui en sont plus ou moins des modifications; mais nous ne nous occuperons ici que de celles que j'ai indiquées , parce qu'elles peuvent être considérées comme servant de base à la plupart des autres, dont on comprendra facilement le mécanisme lorsqu'on aura acquis la connaissance de celles dont je vais parler, puisque leurs principales pièces sont à peu près les mêmes, c'est-àdire qu'il y a toujours un marteau, une noix, un échappement, un attrape, un contre-attrape, un ou plusieurs ressorts, une lanière et un crochet pour ramener le marteau, un élouffoir, une bascule ou un pilote sur la touche ; seulement , quelquefois on trouve de petites pièces additionnelles, suivant l'idée du facteur, et qui ont la plupart du temps pour objet de produire plus ou moins bien le double échappement. Rarement on a besoin d'ôter le clavier des pianos droits ; la
disposition de la mécanique , qui est indépendante du clavier dans la plupart de ces instruments, peut être enlevée à volonté, et de plus on peut sortir les touches du clavier une à une pour faire les réparations.
Dans les pianos droits les causes qui empêchent une note de parler sont en général, comme dans les autres pianos, au nombre de trois, savoir : la touche qui ne se relève pas , l'échappement qui fonctionne mal, le marteau qui ne revient pas à sa place ou dont le manche est cassé.
Accidents qui dans les pianos d?'oits empêchent une touche de relever, et manière de les réparer.
Ici comme dans les autres genres de pianos une touche ne relève point quand elle est gênée dans ses pointes, quand des ordures se sont glissées entre elle et sa voisine, quand elle frotte contre l'une de ses voisines^, et quand la mouche de drap qui garnit la pointe du balancier est trop mince, usée ou mangée des vers. Pour la manière de réparer ces accidents , voyez à l'article des pianos à queue, page 19S.
Accidents qui empêchent de fonctionner un échappement dans la mécanique anglaise des pianos droits, et manière de les réparer.
Dans cette mécanique (fig. 19), un échappement fonctionne mal si le ressort est cassé, s'il est trop faible , ou s'il a trop de frottement ; s'il est gêné dans le pivot de la bascule sur laquelle il est monté, s'il ne rentre pas sous le nez de la noix, si le nez de la noix est trop rond, et si la vis à faire échapper est mal réglée.
1° Si le ressort est cassé, il faut avec du fil de cuivre écroui
en faire un de la même grosseur et le mettre en place ; pour cela on décrochera la lanière, on retirera la baïonnette de l'étouffoir, on dévissera la fourche de la bascule, on retirera l'échappement de sa place, on ôtera le morceau du ressort qui est resté dans le bois, on y mettra le nouveau ressort, dont on rivera l'extrémité qui rentre dans le bois, on fera jouer l'échappement à la main pour voir comment il fonctionne, on remettra le tout en place, puis on fera jouer la note avec la touche pour voir comment elle marche.
2" Si le ressort est trop faible, il suffira de le renforcer avec des pinces rondes.
3° S'il a trop de frottement, on passera dans la rainure où il frotte un peu de mine de plomb délayée dans de l'esprit de vin , ou bien on le frottera avec la pointe d'un crayon.
4° Si l'échappement est gêné dans son pivot ou dans celui de sa bascule, il faudra lui donner du jeu ; et pour cela on le démontera comme il vient d'être indiqué pour remplacer le ressort, on fera jouer à la main le pivot gêné, en l'appuyant alternativement à droite et à gauche ; si ce moyen ne suffisait pas pour donner convenablement du jeu, il faudrait sortir la goupille qui sert de pivot, passer une broche dans le trou de la garniture, et remettre le pivot en place, ou le remplacer par un neuf, en procédant comme il a été indiqué dans un cas analogue pour la réparation des échappements des pianos à queue, page 197. Dans le cas où l'on aurait à opérer sur le pivot de la bascule qui joue dans une fourche, il n'y aurait qu'à desserrer la petite plaque qui assujettit le pivot à la bascule, pour retirer celui-ci de la fourche avec grande facilité, et dans le cas où cette fourche serait munie d'une vis de pression, ce qui arrive quelquefois, on desserrerait seulement cette vis de pression pour donner immédiate-
ment un jeu suffisant au pivot, et alors ce ne serait pas la peine de démonter l'échappement.
5° Lorsque l'échappement ne rentre pas sous le nez de la noix, cela peut venir de plusieurs causes, d'abord delà bascule qui est sur la touche, qu'il faudrait baisser un peu pour que l'échappement rentrât sous le nez s'il était trop haut ; ensuite cela peut provenir aussi de la garniture de la noix au-dessous du nez, qui est décollée ou trop épaisse. Dans le premier cas, il suffira de la recoller ; ou si c'est l'épaisseur qui gêne, il faudra chauffer cette garniture avec le fer indiqué fîg. 67, ou en enlever une petite épaisseur avec le couteau à rogner (fig. 53) ; il est bien entendu que pour cette opération on enlèvera le marteau de sa place et qu'on le remettra pour essayer. Quelquefois l'échappement ne rentrera pas sous le nez parce que la lanière sera trop tendue : pour le faire rentrer on détendra cette lanière en faisant ployer le petit crochet qui sert à la régler. Enfin il peut arriver encore que l'échappement ne rentre pas sous le nez parce que la baïonnette qui sert à lever l'étouffoir est réglée trop haut et ne laisse pas descendre suffisamment la bascule de l'échappement : il faudrait alors dévisser de quelques tours les deux boutons situés à l'extrémité supérieure de la baïonnette au-dessus et au dessous de l'étouffoir.
6" Lorsque le nez de la noix est trop rond, l'échappement glisse dessous, sort trop facilement, et le coup du marteau manque de force ; on aplatira avec le fer chaud le dessus du nez pour le rendre plus carré, et le coup du marteau reprendra de la force ; cette opération n'exige pas qu'on démonte le marteau , on le penchera simplement en arrière après avoir décroché la lanière.
7° La vis à faire échapper fait fonctionner un bouton qui frotte sur le talus de l'échappement ou bien pousse une garniture de peau et de drap collée sur la barre et qui est destinée
au même usage, mais qui fonctionne avec moins de précision que le bouton. Pour faire échapper plus loin, on resserrera cette vis, et pour faire échapper plus près on la desserrera du reste, «omme on l'a déjà expliqué dans les pianos à queue. Pour empêcher le marteau de bloquer, on la serrera un peu, et pour faire échapper plus près on la desserrera. Cette vis traverse la barre des marteaux, et l'on peut la faire fonctionner ou par devant ou par derrière lorsqu'elle fait agir un bouton à coulisse ; mais elle est seulement par derrière quand elle pousse une garniture. On remarquera que pour faire agir le bouton, la vis étant à pas contraire, il faut la tourner à gauche par derrière et à droite par devant pour produire le même effet. Dans les mécaniques des figures 21 et 22, les accidents qui peuvent se reproduire sont à peu près les mêmes que dans celle de la fig. 19, et on y remédiera de la même manière, à l'exception de l'étouffoir , qui fonctionne à l'aide d'un ressort , d'un pivot vers le milieu, et qui se règle par une vis de pression à sa partie inférieure. Mais après tout ce qui précède on n'éprouvera aucune difficulté dans la réparation de ces mécaniques. Les mécaniques des fig. 20 et 23 sont beaucoup plus compliquées, et présentent plus de difficultés, soit pour retirer les pièces de leur place, soit pour les régler ; mais comme elles sont d'un usage restreint^ je n'entrerai pas ici dans les détails que j'ai donnés pour les autres; les connaissances qu'on a déjà acquises par tout ce qui précède et l'intelligence y suppléeront, pourvu qu'on examine attentivement les différentes pièces de l'instrument.
Réparation d'un marteau dans les pianos droits.
Lorsqu'un marteau ne revient pas bien à sa place, c'est en général parce que son pivot est trop serré ou que sa garniture a
été gonflée par l'humidité : si la fourche estmunie d'une vis de pression pour serrer ou desserrer le centre ou le pivot de ce marteau, il suffit de desserrer un peu cette vis pour donner à ce marteau le jeu nécessaire pour qu'il fonctionne librement: si au contraire cette fourche n'a pas de vis de pression, il faudra décrocher la lanière, s'il y en a une, dévisser la fourche de sa place, et pour donner du jeu au marteau le faire jouer à la main d'avant en arrière, en l'appuyant alternativement tantôt à droite tantôt à gauche de la fourche, comme cela a été dit ailleurs pour le pivot des échappements, et le marteau devra acquérir le jeu nécessaire en répétant plusieurs fois cette opération, mais néanmoins avec précaution pour ne pas forcer son centre. Si pourtant on ne réussissait pas par ce moyen il faudrait desserrer la petite plaque de cuivre qui pince le pivot du marteau et le fixe dans sa fourche, retirer ce marteau de sa place, repousser la goupille qui lui sert de pivot, passer une broche un peu plus forte que le pivot dans le trou des garnitures de la fourche, et puis remettre le tout en place. Si les marteaux étaient tenus douze par douze par des broches communes et des plaques de cuivre, comme dans la fig. 20, on procéderait ainsi qu'il a été dit pour les pianos à queue et les pianos carrés à mécanique anglaise, c'est-à-dire qu'on dévisserait les plaques, et qu'on enlèverait les douze marteaux de l'octave en les désenfilant de leur broche. On en passerait une plus forte dans le trou des garnitures des marteaux qui ne fonctionneraient pas bien, et l'on remettrait le tout en place. Je crois devoir rappeler ici qu'il faut agir avec beaucoup de précaution, pour ne pas forcer les broches et ne pas trop agi'andir les trous des garnitures, car il pourrait en résulter des claquements et des bruits très-désagréables, qui obligeraient à remplacer les broches par de plus fortes ou à regarnir les trous des noix.
Lorsqu'un manche de marteau est cassé, on doit procéder comme il a été dit pour les pianos carrés et les pianos à queue, c'est-à-dire qu'avec la gouge il faut évider les trous dans la noix et dans la tête du marteau, prendre un manche de grosseur convenable que l'on collera d'abord dans la tête, et qu'ensuite on coupera de longueur, en l'ajustant dans la noix, de manière à ce qu'il entre exactement au fond du trou ; enfin, on le collera bien dans la ligne des autres et à égale distance de ses deux voisins, et on le présentera sur les cordes, afin de s'assurer qu'il les touche bien toutes également. Cette opération exige surtout de l'attention pour les pianos à cordes demiobliques, mais en exige plus encore pour les pianos à cordes obliques, dans lesquels les cordes sont très-rapprochées, et où, par conséquent, le marteau est sujet à emprunter sur les cordes voisines. Si cet effet avait lieu, il faudrait aussitôt corriger cet emprunt avant que la colle fût sèche, soit en haussant ou baissant un peu le marteau, soit en coupant un peu du feutre, s'il était trop large.
Dans la mécanique anglaise des pianos droits, l'étouffoir est sujet à peu de dérangements.
Son pivot ainsi que le petit pilote de la baïonnette, qui est à cheval à l'extrémité de la bascule, peuvent bien quelquefois se gonfler par l'humidité ; mais pour y remédier il suffit de leur donner un peu de jeu, en employant les moyens que j'ai indiqués pour tous les autres pivots. On s'appliquera à bien faire porter d'aplomb la patte de l'étouffoir sur les cordes, à l'aide des deux petits boutons qui se trouvent à la partie supérieure delà baïonnette, et qui ont pour objet de régler l'étouffoir. Si les étouffoirs sont placés au-dessous des marteaux, comme dans les figures 21, 22 et 23, il faudra également faire porter bien d'aplomb la patte sur les cordes et l'y faire appuyer par le ressort, auquel on donnera une force suffisante pour
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faire étouffer complètement. Il me reste à parler des pédales qui peuvent ou ne point se relever ou faire des bruits et produire des sifflements et des coassements. Il faudra faire ici comme je l'ai indiqué pour les autres pianos, c'est-à-dire remplacer les ressorts trop faibles par de plus forts, changer ceux qui pourraient être cassés, donner du jeu aux pivots et aux mouvements ou bras de levier qui seraient gonflés, et, pour faire disparaître les bruits, les coassements et les sifflements, graisser avec un peu de suif ou de savon sec les places où ont lieu ces frottements, comme dans les pivots, les points de contact des mouvements et les verges de transmission. J'appellerai l'attention sur la pédale de reculement dans les pianos droits, laquelle, comme on le sait, résulte de la barre des marteaux qui se meut à droite ou à gauche, en glissant dans les côtés, pour que les marteaux ne touchent qu'une ou deux cordes au lieu de trois. Cette barre est repoussée à sa place par un ressort qui se trouve à l'une de ses extrémités. Il arrive souvent que la barre se gonfle et que le ressort devient insuffisant pour la ramener à sa place : alors les marteaux ne frappent plus leurs trois cordes. Il faut donc, pour lui donner du jeu, desserrer un peu les vis de deux taquets placés à ses extrémités pour l'assujettir ; et si cela ne suffit, il faut enlever ces taquets, frotter avec un peu de papier de verre les places où il se produit des frottements , et tout remonter. Quelquefois on est obligé de remplacer un ressort par un plus fort.
Ma pédale d'expression est moins sujette aux dérangements que les autres pédales, parce que ses pièces principales reviennent à leur place parleur propre poids, et non par l'action d'un ressort ; et cependant un certain nombre de facteurs, qui en parlent souvent sans la connaître, jettent sur elle une sorte de défaveur, en disant qu'elle n'est pas solide et qu'elle est plus sujette que les autres à se déranger, ce qui est une grande erreur.
Si quelques-unes des pièces de cette pédale venaient à être gonflées par l'humidité, il suffirait de frotter un peu la partie gonflée avec du papier de verre ou avec du suif pour qu'elle fonctionnât immédiatement. Je ne puis m'empêcher de dire ici que certains facteurs, comprenant toute l'utilité de cette pédale, et ne pouvant se l'approprier, l'exécutent en faisant seulement avancer les marteaux sans faire suivre le clavier, ce qui laisse un grand jour entre le clavier et la mécanique, et produit un effet détestable pour l'exécutant. Dans ce cas, la touche s'enfonçant à moitié, comme dans les vieux pianos, avant défaire fonctionner le marteau, met dans Timpossibilité de jouer avec précision et délicatesse, ce qui peut jeter de la défaveur sur cette invention dans l'esprit de ceux qui ne connaissent pas la véritable pédale ; mais, comme on l'a vu à l'article III, page 21, la touche dans ma pédale suit le mouvement du marteau et de l'échappement, et permet au clavier d'avoir un enfoncement par gradation, faible ou fort, dans la proportion même du rapprochement du marteau de la corde et du degré de force de son que veut obtenir l'exécutant, sans jamais perdre de sa précision, à quelque enfoncement que ce soit. Ce que je viens de dire pour la solidité de la pédale d'expression dans les pianos droits s'applique également à cette même pédale dans les pianos carrés et dans les pianos à queue?
Manière de régler le clavier et la mécanique des jnanos droits. ''
Dans les pianos droits, le plateau ou le parquet du clavier, étant mince et soutenu seulement par ses deux extrémités, est sujet à se tourmenter^ c'est-à-dire à travailler; et l'enfoncement du clavier, si précieux pour la bonne exécution, se dé-
range, et le piano fonctionne mal. Pour établir cet enfoncement tel qu'il doit être, on emploie deux moyens : le premier consiste à ôter avec une varlope du bois sous la traverse de devant du châssis, pour donner de l'enfoncement, et à ôter du bois sous le balancier pour diminuer cet enfoncement; le second moyen consiste à augmenter ou à retirer des mouches ' des pointes sur le balancier ou sur la traverse du devant. Ce second moyen est préférable, parce qu'il est plus facile à exécuter pour les personnes qui n'ont pas l'habitude de travailler. Pour régler l'enfoncement, on procédera de la manière suivante : on prendra d'abord une règle mince et très-droite, de la longueur du clavier, que Ton appliquera de champ sur l'ivoire. On vérifiera si le clavier est droit, rond ou creux, c'est-à-dire que si la règle porte également sur toutes les touches, il est droit, et que si elle porte sur les touches du milieu sans toucher à celles des extrémités, il est rond, ou bien enfin que si elle porte aux extrémités sans toucher au milieu, le clavier est creux. Pour le di'esser, on opérera sur les mouches du balancier, qui sont en papier ou en drap de différentes épaisseurs : en en ajoutant de nouvelles ou en remplaçant celles qui y sont déjà par de plus épaisses, on augmentera l'enfoncement , et en en mettant de plus minces ou en en retirant, on Iç diminuera. On commencera donc par régler l'enfoncement des deux touches extrêmes, c'est-à-dire de la première dans la basse et de la dernière dans les dessus ; cet enfoncement devra être de 8 à 9 millimètres pour la basse, et de 7 à 8 pour les dessus ; puis, à l'aide de la règle, on dressera tout le clavier, en ôtant ou en mettant des mouches là où il sera né-
• On appelle mouches de petites rondelles de drap ou de papier (fig. 74) qui se font avec un emporte-pièce (fig. 75). Ces mouches sont de deux dimensions, plus grandes pour les pointes de devant que pour celles du balancier. Elles sont représentées en -grandeur naturelle à la figure 74.
tBÉPARATION DES PIANOS DROITS. tn
eessaire, pour que l'ivoire soit bien de niveau h la règle d'un bout à l'autre du clavier. Ensuite on procédera de la même manière pour dresser les dièses. L'opération terminée, le bois blanc des touches dièses devr^ être sur le balancier au môme niveau que celui des autres touches. On aura la précaution de placer toujours les mouches de papier dessous les mouches de drap, et de tasser les touches sur le balancier au fur et à mesure que l'on fera le changement des mouches. Lorsque le clavier sera ainsi dressé, avec un petit outil appelé mesure de renfoncement (fig. 73), on vérifiera si l'enfoncement est bien tel qu'il doit être dans toutes ses parties. Un côté, D, donne la mesure des dessus; l'autre, B, la mesure de la basse; et le médium se mesurera par approximation avec les deux extrémités.
Quelquefois, quand le plateau sera creux dans le milieu du clavier, on sera obligé d'ajouter des mouches sur le devant pour établir le niveau sur le châssis, afin que les touches dans cette partie n'enfoncent juste qu'à leur mesure. Passons au réglage de la mécanique.
Dans la mécanique du piano, le dérangement le plus fréquent est le tassement, c'est-à-dire l'affaissement qui s'opère au point de contact du clavier et de la mécanique.
Rien de plus facile que de réparer ce tassement. A cet effet, on place sur le bout des touches une bascule mobile à vis de rappel, figures 19, 21 et 22; ou bien une vis à tête plate et large, recouverte d'un morceau de drap, ou encore quelquefois un pilote à vis, qui peut se monter et se descendre à volonté en le faisant tourner sur lui-même. Pour rétablir la précision du clavier avec la mécanique, il suffira donc de remonter ces bascules, vis ou pilotes, suivant le besoin de chaque note; alors le clavier reprendra son attaque primitive.
Ceci fait, on mettra les marteaux sur les cordes, c'est-à-dire bien en face de celles qu'ils doivent frapper, en chauffant le
manche ou en poussant un peu le marteau à droite ou à gauche, en faisant tourner un tant soit peu la fourche sur elle-même. On vérifiera ensuite si leâ marteaux reviennent bien librement à leur place, et s'il y en avait de paresseux on desserrerait la vis de pression si la fourche en est munie, ou lorsqu'elle n'en aura pas on donnera du jeu au pivot en procédant comme on l'a indiqué précédemment; on poursuivra le réglage en tendant les lanières régulièrement de manière à ce qu'elles ne retiennent pas les marteaux. Quelquefois dans la mécanique anglaise, fig. 19, quand les étouffoirs seront placés trop près des marteaux, chaque marteau et son étouffoir correspondant, particulièrement vers les dessus, se rencontrent en décrivant leurs révolutions, le marteau s'arrête ; pour y remédier, il faut relever un peu les étouffoirs dans les dessus en faisant ployer la broche qui sert d'appui à la barre des étouffoirs, ou bien faire ployer un peu l'équerre en cuivre à l'extrémité de laquelle -est vissée la patte d'étouffoir, ou, enfin, couper un peu de molleton à la patte de cet étouffoir; ensuite, l'on continuera de régler en faisant échapper à une distance des cordes bien égale les marteaux au moyen des vis dont il a été parlé précédemment à cet effet. Après quoi on vérifiera si les attrapes sont bien en ligne, et s'ils attrapent bien les marteaux à la moitié de leur course en revenant sur eux-mêmes ; puis on vérifiera si le piano étouffe convenablement, et s'il laisse à désirer sous ce rapport on mettra d'abord les étouffoirs bien en face des cordes, en les poussant un peu à droite ou à gauche ; on peignera les pattes s'il en est besoin, avec le peigne fig. 53, el on fera bien appliquer les étouffoirs sur celles-ci en vissant ou en dévissant les deux boutons qui sont à l'extrémité supérieure de la baïonnette, et en ayant le soin de tenir les lames bien de niveau à la règle d'un bout à l'autre. Si les étouffoirs sont à lames au-dessous des marteaux, comme aaix figures 21
et 22, etc., on les réglera à l'aide de la petite vis qui est à l'extrémité inférieure de la lame, et de façon à ce que l'étouffoir commence à lever quand le marteau sera à la moitié de sa course, Quelquefois, pour faire bien étouffer, on sera obligé de renforcer les ressorts et de peigner les pattes.
Claquements dans les pianos droits.
A l'article des pianos carrés, on a vu qu'on appelle claquements certains bruits qui se font entendre quelquefois lorsqu'on frappe une touche, et qui sont le résultat du choc de deux parties dures du mécanisme.
Tous les claquements dans les pianos droits peuvent se rapporter à trente -trois ^ que je diviserai en quatre classes : claquements de la touche, claquements du marteau, claquements de l'échappement et claquements de l'étouffoir.
1° Une touche claque contre sa pointe de devant ou contre ses voisines lorsque la garniture de la mortaise est usée et lorsque la touche ballotte : le moyen de remédier à ce défaut, c'est de changer la garniture, qui se compose de deux petits morceaux de Casimir blanc ou de couleur, collés de chaque côté de la mortaise , ou bien de tourner sur elle-même la pointe ovale, quand il y en a, pour remplir le vide que l'usure a produit.
2° Quelquefois, lorsque la touche a trop d'enfoncement, les pointes viennent toucher légèrement sous l'ivoire : dans ce second cas, il faut frapper un peu sur la pointe pour l'enfoncer davantage dans le châssis, ou retirer de l'enfoncement.
3" La touche peut claquer contre la seconde pointe dans la mortaise du balancier : dans ce cas, pour y porter remède , il faut changer les garnitures lorsqu'il y en a, et lorsque la mortaise n'est pas garnie il faut, pour la rétrécir, frapper forte-
ment de chaque côté do la touche avec un marteau, en appuyant la touche sur un établi ou sur un corps dur, ou bien remplacer la pointe par une plus grosse.
4° Les touches noires peuvent frapper contre les blanches lorsqu'elles ont un peu trop de jeu ou lorsque l'ébène est trop large : pour faire disparaître ce bruit, il faudra, comme pour les touches blanches, regarnir la mortaise ou tourner la pointe ovale dans le premier inconvénient, et dans le second il faudra limer un peu l'ébène du côté où elle aura trop de saillie.
S" La touche peut claquer et même coasser lorsque la garniture de la bascule, celle de la vis ou celle du pilote qui sert d'intermédiaire entre le clavier et la mécanique sera usée ou percée : pour y remédier il faudra nettoyer cette garniture, la frotter avec un peu de savon sec, ou bien la remplacer lorsqu'elle sera percée.
6° L'extrémité de la touche peut encore claquer sous la barre qui fixe l'écartement des côtés de la mécanique, et pour faire disparaître ce bruit il suffit de remonter la barre, qui est fixée par des vis dans des trous à boutonnière, ou bien d'ôter, avec un rabot un peu de bois sous cette barre.
1° Enfin la touche peut claquer contre la petite porte ou fronton qui règne tout le long du clavier devant les touches blanches, et souvent même les faire arrêter : il suffira de reculer simplement ce fronton ou cette petite porte pour donner un peu plus d'espace entre ces pièces et le devant des fourches.
Passons au marteau. Un marteau claque :
1° Lorsque sa fourche n'est pas assez solidement fixée sur sa barre, inconvénient qu'on fera disparaître en serrant la vis qui l'y assujettit.
2° Lorsque la fourche est munie d'une vis de pression et que cette vis n'est pas assez serrée, il suffira tout naturellement de serrer cette vis pour faire cesser ce bruit.
3° Lorsque la garniture de cette fourche est fatiguée : on remplacera la goupille par une plus grosse, ce qui obligera de retirer le marteau et la fourche de leur place à l'aide des vis qui servent à les y fixer, après quoi on remplacera le pivot et on le revissera.
4° Lorsque la garniture de la fourche est usée , le claquement est considérable; alors ce n'est qu'en regarnissant cette fourche qu'il est possible d'y remédier; on procédera de la manière'suivante : on enlèvera la fourche, on retirera ce qui restera de la garniture, on nettoyera bien les trous, et pour ne pas les altérer on le fera avec beaucoup plus de précautions lorsque les fourches seront en bois que lorsqu'elles seront en cuivre. On prendra ensuite une petite bande Ae, Casimir, que l'on déchirera dans le sens de la chaîne du drap, et de la largeur juste et suffisante pour envelopper le pivot; on fera à cette petite bande une pointe, qui servira à l'introduire dans les trous de la fourche ; on l'attirera dans ces trous en la repliant sur elle-même comme pour faire un tube ; on mettra de la colle sur le drap, et on tirera cette bande de nouveau suffisamment pour que la colle entre dans les trous ; dans l'espèce de tube qu'elle formera on passera une broche un peu moins grosse que le pivot. On laissera sécher la colle, puis on retirera la broche, et l'on affleurera le drap avec un couteau à rogner bien tranchant, on mettra un pivot, on vissera dessus son marteau, que l'on fera aller pour s'assurer qu'il fonctionne librement, et après lui avoir donné du jeu, s'il en est besoin, on remettra la fourche en place. Cette opération n'est pas difficile à faire, elle exige seulement de l'attention.
Dans les mécaniques où les marteaux sont enfilés douze par douze, on conçoit que pour empêcher les claquements produits par les pivots des marteaux il faudra changer les broches par de plus grosses; on regarnira les trous des noix, en procé-
dant comme on vient de l'indiquer pour garnir les fourches.
S" Lorsque le nez de la noix est trop dur, il claque contre l'échappement en revenant sur lui-même ; on fera passer ce bruit en piquant avec le peigne (fig. 53) la peau qui forme le nez à l'endroit où l'échappement vient toucher, ou en grattant cette peau avec un outil comme un petit ciseau étroit ou un tournevis aigu.
6° Le marteau claque quand le manche est décollé dans sa tête ou dans sa noix, ou lorsqu'il est fendu, ce qui arrive quelquefois. Dans les deux premiers cas, il suffira, pour détruire ces claquements, de recoller le marteau dans sa tête ou dans sa noix, et dans le dernier cas de remplacer le manche par un autre.
7° Le marteau peut claquer contre son attrape quand la peau ou le feutre de cet attrape est trop dur, cas auquel il faudra piquer et peigner fortement cet attrape ou en changer la peau ou le feutre.
8° Le marteau peut encore claquer dans son contre-attrape quand il est décollé de dedans la noix ou quand sa peau est trop dure ou usée. Pour faire passer ce claquement il faudra dans le premier cas recoller la tige du contre-attrape^, et dans les deux autres cas simplement piquer la peau qui le garnit ou la remplacer.
Passons à l'échappement.
Un échappement claque :
1° Contre la petite barre qui limite sa course, et alors, pour y remédier, il suffit de reculer cette barre ou de l'avancer, quelquefois de la hausser un peu, ou enfin de changer sa garniture lorsqu'elle est trop dure.
2° Si l'échappement claque contre la lanière qui ramène le marteau, on n'aura qu'à changer un peu la direction de la
lanière en poussant son crochet un peu à droite ou à gauche, ou en haussant un peu la petite barre qui limite la course de l'échappement.
3° Quelquefois le talus de l'échappement claque sous le bouton à faire échapper lorsque la garniture de ce bouton n'est pas assez saillante. Dans ce cas on n'aura qu'à ôter, avec un petit ciseau de menuisier, un peu de bois au bouton au-dessous de la garniture.
4° Si l'échappement claque dans son pivot, pour détruire ce claquement il faudra changer le pivot pour un plus gros ou bien changer la garniture de ce pivot. Quelquefois il suffira de piquer avec une aiguille emmanchée (fig. 76) la garniture tout autour du pivot des deux côtés, ou seulement celui où le pivot aura pris le plus de jeu.
5" Enfin, si la bascule de l'échappement claque dans sa fourche, on resserrera la vis de pression, si elle en a une, et ce claquement cessera de se faire entendre; ou bien l'on fera ce qu'on vient d'indiquer pour l'échappement , c'est-à-dire qu'on changera son pivot, regarnira sa fourche, ou simplement qu'on piquera la garniture avec l'aiguille emmanchée.
L'étouffoir au-dessus du marteau dans la mécanique anglaise (fig. 19) peut claquer :
1" Dans sa fourche : on changera le pivot, regarnira la fourche, ou on piquera la garniture.
2° Dans le trou de sa baïonnette : il n'y aura qu'à regarnir le trou.
3° Si le claquement a lieu dans la petite fourche qui se trouve au bas de la baïonnette, il n'y aura qu'à resserrer la vis de pression, lorsqu'il y en aura une, ou bien qu'à changer la garniture qui est à cheval sur le pivot placé sur le devant de la bascule de l'échappement.
Lorsque l'étouffoir est au-dessous du marteau, comme aux figures 21, 22 et 23, les claquements peuvent provenir:
1° De la garniture qui est au bas de rétouffoir, qu'il faudra changer ;
2° Du pivot, qui aura trop de jeu et qu'il faudra remplacer par un plus fort , ou de la garniture de la fourche , qu'il faudra renouveler.
3° Quelquefois le claquement proviendra de la garniture qui enveloppe le pivot dans l'œil du ressort, laquelle sera sortie de sa place : il faudra la rentrer à sa place , ou la renouveler si elle est usée.
4° Enfin la lame d'étouffoir peut se dévier un peu, et la patte d'étouffoir frapper contre une de ses voisines. Rien de plus facile que d'y porter remède. Tl faudra simplement faire tourner un peu la lame sur elle-même pour la mettre dans sa direction première^ c'est-à-dire de façon à ce que la patte soit bien sur ses cordes et à égale distance de ses deux voisineSi
Sifflements.
Dans les pianos carrés on a vu ce qu'on entend par sifflements, et la manière d'y remédier. Dans les pianos droits et dans les pianos à queue, ces sifflements sont à peu près toujours les mêmes, et produits par les mêmes causes ; il est donc inutile de nous répéter ici, et nous renvoyons le lecteur à la page 190.
De quelques l'éparations diverses. — Changement de cordes.
Quand un piano monté en cordes de Berlin ou en anciennes cordes anglaises casse des cordes, le plus sûr moyen d'y remé-
dier est de les remplacer toutes par des cordes anglaises supérieures , c'est-à-dire par celles qu'on emploie maintenant, ou par des cordes de Yienne des mêmes grosseurs que cellesci. Comme on l'a vu à l'article 12, à grosseur et longueur égales, ces cordes montent plus haut, tiennent mieux l'accord et cassent moins que les autres. On enlèvera donc toutes les cordes blanches, et on en mettra en acier des mêmes grosseurs. Quelquefois on ne sera obligé de changer que celles des octaves supérieures, si les cordes ne cassent que dans cette partie de l'instrument. On observera que, pour ne pas changer les conditions de tirage sur la caisse, il ne faudra pas enlever toutes les cordes à la fois , mais seulement les enlever octave par octave ou par numéro de cordes, et remplacer celles qui sont enlevées. Il faut les pincer au ton et continuer de procéder ainsi jusqu'à ce qu'on ait changé toutes celles qui doivent être changées. Puis on accordera le piano quatre ou cinq fois, en mettant entre chaque accord un jour d'intervalle surtout pour les derniers accords; car pendant quelque temps on devra s'attendre à ce que le piano baissera jusqu'à ce que la caisse aura repris son assise première et que les cordes se seront suffisamment allongées.
Lorsqu'on trouvera des chevilles trop douces, c'est-à-dire qui n'auront pas assez de résistance dans le sommier, on frappera dessus pour les enfoncer, et si après cela elles n'étaient pas suffisamment dures, on les remplacerait par d'autres, plus fortes d'un quart ou d'un demi-numéro. Quelquefois les chevilles se cassent par suite d'une paille qui se trouve dans le fer, ou parce qu'elles sont trop dures dans le sommier. Dans ce cas, il est assez difficile de retirer le morceau qui reste dans le trou. Si ce morceau dépasse le bois, on ôtera à la partie qui dépasse un peu de fer de chaque côté, de manière à ce qu'avec une clef à trous plats on puisse saisir la de-
ville et la faire sortir en la détournant. Si, au contraire, elle est cassée à ras du bois, il faudra, avec un burin ou avec un ciseau à froid bien dur, faire dans la cheville une fente analogue à celle de la tête d'une vis, et tâcher de la faire sortir en la détournant avec un tournevis.
Quelquefois ce moyen ne réussira pas ; alors il faudra enlever un peu de bois sur le sommier autour de la cheville, afin de pouvoir ôter du fer avec un ciseau à froid, comme il vient d'être dit tout à l'heure, et de pouvoir la détourner avec une clef; après quoi on rapportera proprement un morceau que l'on collera bien sur le sommier et dans lequel on repercera un trou semblable pour la cheville. Seulement, je dois ajouter qu'il est indispensable de retomber bien juste dans l'axe du trou; si l'on n'était pas sûr d'y arriver, il vaudrait mieux, avant de rapporter le morceau au sommier, boucher le trou primitif avec une cheville en bois de hêtre bien ajustée , que l'on collerait chaudement et enfoncerait à grande force en l'affleurant bien, afin que le bois de bout ne repoussât pas le morceau qu'on aura rapporté par dessus ; et quand le tout serait bien sec, on percerait le trou de la cheville comme s'il ne l'avait jamais été. J'ai vu quelquefois ces moyens de retirer une cheville ne réussir que difficilement, et lorsque c'était sur un piano droit qu'on opérait, en être réduit à percer avec un vilebrequin^ par derrière le sommier du piano, un trou juste en face du bout inférieur de la cheville, afin de la repousser à coups de marteau à l'aide d'une broche en fer qu'on introduisait par derrière le piano dans ce trou. Dans un pareil cas, il faut bien prendre l'aplomb de la cheville et percer très-droit, car la moindre déviation de la mèche ferait passer à côté de la cheville au lieu d'arriver en face d'elle.
RÉPARATlOiN DES PIANOS DROITS. 223
Regarnissage de marteaux.
Lorsqu'un piano a le son éclatant, aigre, criard et glapissant, un moyen certain de le rendre agréable, doux et velouté, c'est de regarnir les marteaux avec de la peau ou du feutre, suivant l'espèce de piano auquel on a affaire. Lorsque le piano sera ancien et que les marteaux serpnt garnis en peau, on procédera de la manière suivante : On coupera dans la longueur d'une peau de daim une bande depuis 2 centimètres 1/2 jusqu'à 7 centimètres de large, suivant la grosseur des marteaux , et qui aille toujours en diminuant d'épaisseur ; on la chanfreinera sur les deux bords, c'est-àdire qu'on l'amincira avec un couteau à rogner bien tranchant; ensuite on coupera cette bande dans sa largeur en autant de petits morceaux qu'il y a de marteaux dans le piano; puis on collera ces morceaux sur les marteaux dans l'ordre où ils ont été coupés, de manière à ce que le plus épais se trouve sur le premier marteau de la basse et le plus mince sur le dernier marteau des dessus, afin que les peaux aillent en décroissant d'épaisseur au fur et à mesure qu'on avancera vers l'aigu ; car plus la peau est épaisse, plus le son est mâle et nourri, ce qui convient aux basses ; et plus elle est mince, plus le son devient éclatant, ce qu'il faut pour les dessus. On collera ces peaux la chair, c'est-à-dire le côté le plus velouté, en dessus ; pour rendre le piano égal , on fera en sorte qu'elles soient toutes également tendues, car une peau lâche donne un son mou, tandis qu'une peau serrée produit un son éclatant. On fera bien attention de ne pas mettre de colle au-dessous de l'endroit où la peau touche les cordes, mais seulement sur les parties latérales du marteau. Les peaux collées, on mettra le clavier en place, on lèvera le marteau avec le crochet (fig. S4), et on tracera devant
et derrière les cordes de chaque marteau la peau qu'il faut rogner pour qu'il n'y ait pas d'emprunt. On retirera le clavier ; on rognera les marteaux avec le couteau à rogner (fig. 53); on remettra le clayier en place, afin de voir s'il n'y a pas d'emprunt et de se rendre compte de l'égalisation. Souvent on sera obligé de retoucher à plusieurs reprises à certains marteaux, soit à cause des emprunts, soit pour serrer ou desserrer certaines peaux qui rendent des sons trop mous ou trop secs ; ou bien, pour les égaliser avec plus de précision, on les peignera et les piquera avec le peigne (fig. 53) pour pelucher la surface de la peau et y faire une sorte de diwet qui donne un son doux et agréable à l'oreille. Actuellement, dans la fabrication, on n'emploie plus de peau pour la dernière garniture des marteaux; on se sert d'un feutre de laine trèsépais et qui donne un meilleur son que la peau : il est moins solide et se coupe plus vite][dans les dessus ; mais la supériorité de son qu'il donne et la facilité qu'on a de le remplacer quand il est coupé l'a fait adopter généralement, même par ceux qui sont restés le plus longtemps partisans de la peau. Pour garnir les marteaux avec du feutre, on procédera de la manière suivante : On commencera par enlever proprement le feutre à remplacer, sans altérer ni détendre les garnitures de dessous qui resteront; on choisira une bande de feutre de l'épaisseur de celui qu'on veut retirer ou un peu plus épaisse et suffisamment longue pour qu'étant coupée en travers en petits morceaux de largeur convenable pour chaque marteau, il s'en trouve un nombre égal à celui d 3S marteaux à garnir. Cette bande devra être de largeur nécessaire pour envelopper à un bout le plus gros marteau et à l'autre bout le plus petit. On chanfreinera cette bande sur chaque bord de la même face ; on la coupera en travers en petits morceaux, qu'on laissera à leur place respective, afin que
la garniture aille bien en décroissant du bas en haut ; puis on collera chaque petit morceau de feutre d'un côté de chaque marteau ; on laissera sécher la colle, et après avoir mis de la colle à l'autre côté on rabattra le feutre, en le tirant fortement , afin qu'il soit très-tendu ; on le serrera dans le moule ou presse à garnir les marteaux (fig. 77) ; on l'y laissera jusqu'à ce que la colle soit devenue sèche : alors on le retirera et on le rognera le plus proprement possible. Pour abréger l'opération et gagner du temps, on doit toujours avoir au moins douze presses et même davantage pour garnir un certain nombre de marteaux à la fois, afin de les laisser sécher en même temps. Quelquefois, pour maintenir la grande tension du feutre, on se sert d'une lanière en peau ou en cuir mince, qui enveloppe fortement le marteau avant de le mettre en presse. Quand tous les marteaux seront ainsi garnis et rasés, on les mettra en place, on les présentera sur leurs cordes, et on les fera échapper comme il a été dit ailleurs ; puis on les égalisera pour le son en les peignant, c'est-à-dire en faisant une sorte de duvet sur la partie qui doit toucher la corde : on peignera plus fortement les marteaux qui ont le son plus éclatant, afin de les égaliser avec les autres ; et si, malgré cela, on n'arrivait pas à une égalité convenable, on piquerait le feutre avec un peigne composé de deux ou trois aiguilles, en travers à moitié de son épaisseur de part en part, de manière à le détendre, afin d'amollir le marteau.
Quoique cette opération paraisse difficile , j'ai rencontré plusieurs amateurs et de jeunes musiciens-accordeurs qui, sans autre guide que leur intelligence, s'en sont assez bien tirés, et je ne doute pas que dans le fond de nos provinces où les facteurs ne pénètrent que très-rarement, beaucoup d'amateurs poussés par la nécessité ne s'en acquittent tout aussi bien.
Réparations de la table d'harmonie^ des pointes^ sillet et chevalet.
Lorsqu'une table d'harmonie est fendue et que les deux parties ne se désaffleurent pas, il est facile de la réparer. Si la fente est peu considérable, on y introduira une assez grande quantité de colle bien chaude, qu'on laissera sécher ; ensuite on grattera cette colle à la superficie et on reyernira la place avec du vernis gras, si la table a été vernie. Si la fente est large, on passera un couteau à rogner dedans pour régulariser sa largeur, qu'on remplira par un flipot, c'est-à-dire par une lame de sapin bien sec qu'on ajustera de manière à ce qu'elle remplisse exactement la fente ; ensuite on l'y collera en la faisant entrer de force, on la laissera sécher, on l'affleurera, et l'on revernira la place si la table a été vernie ; on remontera les cordes qu'on aura été obligé de démonter, on remettra le tout en place, puis on accordera.
Quand une corde arrache une pointe d'attache du sommier, cet accident est d'une réparation peu difficile : on prendra une pointe de la même grosseur que celle qui est arrachée ; on percera avec un foret un petit trou sur le sommier un peu plus loin que la place de l'ancienne pointe, dont on bouchera le trou avec une petite cheville, qu'on collera ; ensuite on enfoncera à coups de marteau la pointe choisie , on la courbera comme les autres pointes avec un outil destiné à cet effet (fig. 78), et on la coupera avec une pince coupante; on accrochera la corde, on la roulera sur sa cheville, on la mettra dans ses pointes du sillet et du chevalet et on la montera au ton. Dans les pianos carrés, on aura bien soin de placer la nouvelle pointe de manière à ce que la partie de la corde qui
se trouve derrière le sillet ne gêne aucunement les pilotes d'étouffoir.
Il arrive quelquefois que les pointes des pianos avec sommier en fer ou en fonte se cassent à ras du métal. Dans ce cas, il faudra procéder d'une manière analogue , c'est-à-dire qu'on percera dans le même trou, si c'est possible, ou un peu plus loin. On enfoncera la pointe en la courbant comme les autres^ avec l'outil à courber; on la coupera de longueur et on remontera la corde. Si une pointe du chevalet ou du sillet se courbait beaucoup, il faudrait la changer : rien de plus aisé si le bois n'est pas fendu ; on retirera la pointe, on en prendra une en fer étamé comme celles dont les facteurs se servent, on l'enfoncera à petits coups de marteau en la courbant comme ses voisines, avec l'outil à courber ; on la coupera de longueur, avec des pinces coupantes, et l'on remettra la corde. Si le bois était fendu, il faudrait bien se garder d'y enfoncer une pointe plus grosse, car on aggraverait ainsi le mal, et la réparation deviendrait difficile. Il faut ôter un grand nombre de cordes, arracher les pointes après en avoir pris l'empreinte avec un morceau de papier fort;, afin de pouvoir les replacer à leur même place ; ensuite faire une levée sur le chevalet, et y coller un morceau du même bois, l'affleurer, le passer à la mine de plomb, si le reste l'a été ; remettre les pointes après avoir percé leurs trous avec un foret, suivant l'empreinte prise sur le papier, et replacer les cordes. Si c'est sur le sillet que la fente existe, il faudra démonter les cordes , prendre également avec un papier l'empreinte des pointes de la partie fendue, et même aller un peu plus loin, couper le sillet entre deux notes, décoller le morceau de dessus le sommier et en rapporter un en sifflet^ c'est-à-dire en biseau^ l'arrondir comme le reste, le passer à la mine de plomb, si cela est nécessaire, marquer le trou des pointes comme dans le chevalet avec
l'empreinte du papier, percer avec le 2')orte-foret les trous des pointes, les enfoncer et les couper de longueur, remonter les cordes, et enfin accorder.
Ici se termine ce que j'ai cru devoir faire entrer dans l'article des réparations, déjà fort long. J'aurais pu indiquer comment on doit remettre une table d'harmonie, une semelle, un sommier, replaquer l'ivoire d'un clavier, revernir une caisse ; mais j'aurais dépassé le but que je me suis proposé dans cet ouvrage. Ces dernières réparations. sont de telle importance, qu'elles exigent absolument un facteur consommé dans sa profession, et qui soit très-bien outillé pour les exécuter. Déjà plusieurs de celles que j'ai traitées sont d'une exécution un peu difficile pour des amateurs et des musiciens-accordeurs, qui n'ont pas l'habitude du travail manuel ; mais je suis convaincu qu'en voyant comment il faut procéder, ils arriveront à faire exécuter ces réparations par un ouvrier ébéniste ou un menuisier intelligent, par un horloger ou par un mécanicien, suivant la nature de la réparation, en faisant eux-mêmes ce qui concerne l'accord et la partie musicale.
ACCORDEURS AVEUGLES. 229