‹ L'Art d'accorder soi-mème son pianoChapitre 77 sur 98 · ARTICLE VINGT-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE VINGT-ET-UNIÈME

itccordeurs aTPUgles; enseîgnem«^nt do le:ir profession.

Avant de faire connaître les procédés dont on doit se servir pour enseigner aux aveugles l'art d'accorder les pianos, qu'il me soit permis d'exposer des considérations générales sur la cécité et sur les préjugés qui l'environnent d'ordinaire.

Je diviserai cet article en deux parties : 1" Considératjoag générales ; 2° pratique de l'enseignement,

i° Considérations générales^

Parmi les nombreuses infortunes qui affligent l'humanité, il n'en est pas qui soit plus digne d'intérêt que la cécité. Être privé de la vue du spectacle de la nature, ne pas jouir de toutes ces merveilles queDieu a jetées autour de l'homme avec une si magnifîqn o profusion, ne pas même voir le visage des personnes qui vous sont le plus chères, est-il un sort plus triste, une affliction plus pénible ! Mais la cécité qui frappe si cruellement l'homme dans la condition privée l'atteint bien plus vivement encore lorsqu'il se trouve en contact avec ses semblables, et que, se confiant à la Providence, il vient demander à la société la part

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de travail et d'estime qu'elle doit à tous ceux qui la composent. Mais, hélas! au lieu de cette bienveillance, de ces encouragements, de cette justice qu'il espère, l'infortuné ne rencontre le plus souvent que froideur et indifférence ; un préjugé funeste l'accueille à son entrée dans le monde, s'attache à ses pas, et tend à lui fermer toutes les voies que son courage aurait pu lui ouvrir.

Tel fut longtemps le sort de l'aveugle en général.

Vers la fin du siècle dernier, un homme se trouva enfin, qui, joignant à une ardente charité toutes les ressources d'une intelligence patiente et laborieuse, entreprit de relever les aveugles de l'état d'abaissement et d'inutilité où l'ignorance les retenait plongés, d'inventer pour eux des moyens d'instruction appropriés à leur infirmité même et de forcer enfin la société à reconnaître en eux des membres utiles. Cet homme, dont le nom ne doit se prononcer qu'avec respect et admiration, c'est Valentin Haily % que j'ai eu le bonheur de connaître et auquel j'ai pu serrer la main, dans les dernières années de sa vie, le bienfaiteur des aveugles, celui qui les a rendus à la vie intellectuelle et morale, celui qui a créé pour eux une lumière nouvelle, la lumière de la science et de la raison .

Depuis Valentin Haûj;, les aveugles n'ont pas cessé d'avoir un enseignement et des écoles. L'Etat s'est bientôt fait un devoir de se substituer à la charité privée, et, grâce à sa sollicitude, l'instruction des aveugles a fait de rapides progrès.

Aujourd'hui l'Institution impériale des aveugles de Paris sert de modèle à tous les établissements de ce genre dans le monde entier. Depuis sa création jusqu'à ce jour, elle a

' Décédé à Pnris, le 19 mars 1823.

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donné au pays des hommes utiles, des savants, des artistes, des industriels tout aussi bien que d'habiles artisans.

La question capitale, quand il s'agit des aveugles, n'est pas ■ seulement de leur donner du savoir, du talent et de l'adresse des mains, c'est de les mettre à même de réaliser les résultats utiles de leur éducation , c'est enfin d'obtenir que leur travail les fasse vivre. Or de toutes les professions utiles qu'on a enseignées aux aveugles jusqu'à présent, l'étude de l'accord du piano est sans contredit la plus lucrative, et elle doit être placée au premier rang, la cécité n'étant pas un obstacle à l'exercice de cette profession, qui participe à la fois de l'adresse des mains et de la perfection de Vouïe, organe qui est plus exercé et plus sensible chez l'aveugle que chez le clairvoyant.

On conçoit que dans ces conditions l'avenir appartient aux accordeurs aveugles, car ils ne sont distraits par rien, peuvent réfléchir beaucoup, et ont une aptitude pour le moins aussi grande que les voyants dans l'exercice de leur art. Ils sont généralement musiciens, tandis que les accordeurs voyants ne sont souvent que des ouvriers étrangers à toute notion musicale, et qui n'arrivent à devenir de véritables et bons accordeurs qu'en pratiquant très-longtemps et avec beaucoup de persistance dans les ateliers. Les aveugles, au contraire, reçoivent l'instruction théorique qui manque presque toujours aux voyants, car nulle part, l'Institution de Paris exceptée, il n'existe de classe régulière d'accord. Cette classe y est faite avec autant d'intelligence que de sagacité et de zèle, par mon ami et ancien élève M. Siou , qui chaque année en voit sortir un certain nombre d'élèves-accordeurs qui se répandent dans les ateliers de Paris, dans toute la France, à l'étranger et jusqu'en Amérique.

Les aveugles accordeurs ont donc eu à combattre de terribles préventions , qui étaient telles , qu'on n'osait pas même leur

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confier un piano; il semblait qu'ils ne pussent y toucher sans le déranger, sans en briser le mécanisme, et il m'est arrivé souvent à moi-même au début de ma carrière d'accordeur d'être refusé dans de certaines maisons, et de réclamer comme un service de me laisser accorder pour rien, afin de pouvoir prouver ce que j'étais capable de faire. Aujourd'hui le préjugé est dissipé en grande partie, et les accordeurs aveugles sont reçus chez les artistes les plus éminents et dans les ateliers concurremment avec les clairvoyants, car, indépendamment des miens, où tout le service de l'accordage se fait par des aveugles, qu'il me soit permis de citer le nom des facteurs qui les premiers ont accueilli les aveugles comme accordeurs. Qu'ils en reçoivent ici des remerciements, au nom des aveugles.

Ce sont Messieurs de l'association des ouvriers Detir ; de l'association des ouvriers Yot Schreck ; Aucher ; Avisseau ; Bardies ; Bataille (Alexandre); Bernhardt; Bertringer; Blondel Bord; Bûcher; David; Debain; Dietrich; Érard; Fleig Frank ; Gervex ; Gilson ; Hatemer, Henry et Martin ; Hensel Herce et Maine ; Hérold ; Hesselbein ; Jelmini ; Labadie ; Lacape ; Mehl ; Mertens ; Moulle , MuUer ; Mussard ; Navarre ; Pape neveu; Pasdeloup; Périchon; Petitclerc; Piquerez; Pleyel-Volff; Quantin; Saury; Schousen; Thibout; Tranchant; Yan Overberghe; Wetzels; Voigt; Ziegler.

Non-seulement aujourd'hui les aveugles sont acceptés comme accordeurs, mais quelques-uns d'entre-eux font fabriquer des pianos et d'autres en font un commerce assez étendu.

On m'a très-souvent demandé comment j'avais fait pour devenir accordeur sans avoir pris de leçons avec personne. La réponse était quelquefois longue et m'embarrassait, comme toutes les fois qu'on parle de soi : qu'on me permette donc, pour satisfaire à la curiosité de ceux qui s'intéressent à la

ACCORDEURS A\EUGLES. SIS

profession d'accordeur exercée par les aveugles , de laisser parler M. Guadet, chef de l'enseignement à l'Institution des aveugles de Paris, et de citer un extrait d'un opuscule qu'il a publié, il y a quelques années, Su?^ t accord des pianos par les aveugles \

c( L'accord des pianos fut longtemps, en France, une pra- « tique routinière laissée à des ouvriers plus ou moins exer- « ces, mais étrangers à toute théorie raisonnce. Le premier « qui appliqua les procédés de la science et de l'art à l'accord « des pianos fut un aveugle : ce fut Claude Montai. Il prit « possession pour ainsi dire de cette industrie, et en décrivit « les procédés. Il fut accordeur liabile, et il consigna son ex- « périence dans un livre qui est devenu règle en cette matière. (( Il est donc juste que ses compagnons d'infortune soient les « premiers dans la voie qu'il a, sinon ouverte, du moins con- « sidérablement élargie. Dès 1821 ou 1822, un autre aveuce gle, sorti de l'Institution de Paris, M. Dupuis, avait com- « pris que l'accord des pianos n'était pas inaccessible pour lui ; « il s'était livré à la pratique de cet art, et aujourd'hui il est, « depuis plus de trente ans, l'accordeur le plus recherché « dans la ville d'Orléans ; mais c'est là un fait isolé, et c'est « bien réellement dans l'Institution de Paris, c'est par Montai « que l'art de l'accordeur est devenu en France une industrie « sérieuse pour les aveugles. »

« Montai fut élevé à l'Institution de Paris. Il y fit de « bonnes études, il y devint musicien théoricien profond.

' Paris, 1859.

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« Dans l'école même il étudia sérieusement l'accord des place nos, car il pensait déjà qu'il pourrait un jour se faire de « cette industrie un moyen d'existence s'il venait à quitter « l'établissement. Voici comment il y fut amené :

« Les pianos de la maison étaient entretenus par un accor- « deur voyant; mais cet entretien laissait à désirer, et les ins- « truments restaient souvent dérangés plusieurs jours de suite. « Montai et un de ses camarades ^ essayèrent d'accorder « eux-mêmes ceux dont ils se servaient. L'accordeur se plaic( gnit, et il fut interdit aux deux élèves, par le directeur de « cette époque, de toucher aux pianos. Alors le camarade de « Montai se fit donner par ses parents un vieux instrument en (( très-mauvais état, et il obtint du directeur que cet instru- « ment serait placé dans l'antichambre de son appartement. « Les deux amis démontèrent le piano, y firent les répara- « tions nécessaires, et le remontèrent ensuite. Tout cela afin « que le directeur eût occasion de les voir à l'œuvre et de « comprendre que les aveugles peuvent accorder un piano : « l'expérience fut décisive.

« Montai devint professeur à l'Institution de Paris. Il avait « été à même de se convaincre plus d'une fois que les accor- « deurs voyants ne procédaient guère que par routine, que « peu d'entre eux étaient capables de raisonner la théorie de « leur art. Il comprit qu'il y avait une meilleure route à sui- « vre, et il résolut de faire servir les connaissances qu'il avait « en acoustique et en musique à l'étude méthodique du tem- « pérament, ou système de tolérance dans l'accord des ins- « truments à sons fixes ; il se mit donc à consulter les ouvrac( ges qu'il put se procurer sur la matière. Il appliqua toutes « les théories et chercha à les concilier dans la pratique, en

' Tourasse, décédé à l'Institution, en 1829.

ACCORDEURS AVEUGLES. 235

t( imaginant une manière nouvelle de faire la partition, ma- « nière qui le mit à même d'accorder un piano plus facilece ment qu'avec les théories connues. Il avait dès lors, au « moyen de quelques leçons particulières qu'il donnait à des « personnes, soit du dedans, soit du dehors, gagné quelque « argent, et, homme d'ordre et d'économie, il avait su le con- « server. Une occasion s'offrit à lui d'acheter un bon piano, « et le directeur^, dont les préventions étaient alors compléte- « ment dissipées, se fit un plaisir de lui faciliter cette acqui- « sition en lui avançant une petite somme dont il avait be- « soin. Toutefois, comme les exercices multipliés auxquels il « se livrait sur son instrument l'auraient bien vite détérioré, « il acheta un second piano, sur lequel il put sans inconvé- « nient tenter toute espèce d'essai, et bientôt il joignit la pra- « tique à la théorie. Les prévisions de Montai ne tardèrent c( pas à se réaliser. La position de professeur à l'Institution (( n'avait rien de bien attrayant à cette époque. Se sentant cac( pable de fournir une carrière plus indépendante et plus luc( crative, il quitta la maison en mars i 830. Il avait un peu plus « de trente ans.

« C'était le moment pour Montai de penser sérieusement à « se faire une position comme'accordeur. Mais la vie de l'Ins- « titution avait été peu propre à former son hôte aux habi- « tudes du monde : une opinion malheureusement répandue « dans la maison, c'était que hors de son enceinte il n'y avait c( plus de salut pour un aveugle. Cette opinion influait sur le c( moral des plus hardis, et leur ôtait cette juste confiance en «soi-même si nécessaire pour réussir. Aussi notre accordeur c( osait à peine se présenter dans les maisons, même les plus « modestes. Il faut le dire, du reste : presque partout sa cé- « cité lui créait des obstacles, et plus d'une fois il fut réduit à « regarder comme une bonne fortune la permission d'accor-

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« der un piano gratuitement. Souvent il se vit obligé, pour « gagner sa vie, de donner des leçons de grammaire, d'arith- « métique, de violon, de piano, à des prix très-minimes et « incroyables.

« Cependant il parvint à se mettre en rapport avec quelques « professeurs du Conservatoire, et entre autres avec M. Lauc( rent. Celui-ci avait chez lui deux pianos, l'un à queue et (c l'autre droit, sortis de deux ateliers différents. Personne en- « core n'avait pu maintenir au même ton ces deux pianos. « M. Laurent demanda à Montai s'il croyait pouvoir le faire. « Celui-ci offrit d'essayer. Il examina les instruments, re- « connut les particularités de leur construction , qui agis- « saient dans chacun d'une manière différente, comprit ce « qu'il y avait à faire pour réussir, et réussit; ce qui étonna « tellement M. Laurent, que le lendemain il présenta Montai « aux professeurs du Conservatoire comme le meilleur accor- « deur de Paris. Il le recommanda particulièrement à Zim- « merman et à Louis Adam, qui l'accueillirent parfaitement, c< lui procurèrent l'accord des pianos d'une partie de leurs « élèves, et l'autorisèrent à s'appuyer de leurs suffrages. Cela « lui fut du plus grand avantage dans le monde, et l'aida « puissamment à vaincre le préjugé qu'il rencontrait toutes les « fois qu'il se présentait dans une maison nouvelle. Je dis c( une maison nouvelle, car ce préjugé tombait bien vite dès « qu'on avait vu l'accordeur à l'œuvre.

c( En 1832, Montai eut la pensée de faire un cours public « d'accord du piano à l'usage des gens du monde. Ce cours « fut très-suivi, et montra aux connaisseurs combien la mé- « thode de l'accordeur aveugle était rationnelle et plus simple « que toutes celles que l'on avait appliquées jusque-là. La « clientèle de Montai s'en accrut considérablement.

« L'exposition des produits de l'industrie de J834 acheva

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« de mettre Montai hors de pair parmi les accordeurs. Beauce coup de facteurs voulurent que leurs pianos fussent accor- « dés par lui. Il profita de cette circonstance pour faire im- « primer une petite brochure intitulée : Abrégé de l'art d'ac- « corder soi-même son piano. Cette brochure, qui se ven- « dait à l'exposition même, sur les pianos des facteurs^, fit « sensation : on en parla dans le monde artistique , et « une moitié de l'édition fut enlevée en moins de huit « jours.

« Montai faisait déjà un petit commerce de pianos. Il ache- « tait des instruments, et les réparait, soit par lui-même, soit « par un ouvrier. Il eut un second ouvrier l'année suivante, « et alors commença réellement la fabrique de pianos à la c( tête de laquelle il est aujourd'hui.

« Toutefois, son établissement était encore bien modeste ; « il avait pour siège une mansarde de la rue Poupée, au qua- « trième étage. Montai faisait là des petits pianos droits, dans « le genre de ceux que Pleyel avait importés d'Angleterre, et « qui avaient alors beaucoup de vogue. Ces pianos, con- « fectionnés avec soin et intelligence , se plaçaient aiséce ment, à l'aide des accords, que le facteur était loin de nécc gliger.

ce En 1836, Montai publia un traité complet de l'accord du ce piano : ouvrage suivi aujourd'hui non- seulement en France, ce mais partout où s'exerce l'art de l'accordeur. »

Cet ouvrage était la première édition de celui qui nous occupe en ce moment et qui fut précédé , comme on vient de le voir, d'un abrégé, sous le même titre, dont la publication a été environnée de circonstances qui intéresseront, peut-être, et qui prouvent que le préjugé contre les aveugles se reproduit sous toutes les formes. Je vais laisser parler M. Dufau, ancien directeur de l'Institution des aveugles, et actuellement

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directeur honoraire, qui s'exprime ainsi dans une biographie qui a été pubhée sur moi et mes travaux ^ :

« M. Montai fît chez le facteur Wetzels un cours d'accord «très-suivi, qui montra aux connaisseurs l'excellence de la « méthode de l'accordeur aveugle. Il en retira l'avantage « d'augmenter sa clientèle ; mais la méthode était ainsi divul- « guée, et il arriva que lorsque deux ans après, en vue de c( l'exposition industrielle qui allait s'ouvrir, M. Montai se « présenta chez un éditeur bien connu, un manuel de l'accor- « deur en main (il était aveugle), il fut accueilli par un refus, « dont la cause lui fut peu de jours après découverte. Un de « ses élèves (clairvoyant^) lui avait été préféré, et, contrairement « à toute délicatesse, il s'était emparé de sa méthode, et faisait « imprimer lui-même, dans ce moment, un traité qu'allait puce blier ce même libraire, chez qui notre auteur malencontreux « s'était présenté. Que fera M. Montai dans cette fâcheuse « occurrence? le temps lui manque pour intenter un procès et « revendiquer sa propriété. Avec cette énergie intelligente que c( nous avons déjà signalée en lui, il court chez l'imprimeur « Terzuolo, qu'il comptait au nombre de ses amis, et là, séance « tenante, dicte à l'enfant qui lui sert de guide un court exce trait de sa méthode sous ce titre : Abrégé de l'art d'accor- « der soi-même son inano. Les compositeurs sont au travail ce et se partagent les feuillets à mesure qu'ils sortent des ce mains du copiste; en vingt-quatre heures le tout est imce primé, des planches de musique, préparées en même temps ce chez un graveur, y sont jointes ; les deux exemplaires de ricc gueur sont déposés à la direction de la librairie, et M. Moncc tal, muni du précieux récipissé, court chez l'éditeur, dont on

' Claude Montai, facteur de pianos, aveugle; sa vie et ses travaux ; Paris, 1867. » M. Giorgio 4

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« conçoit le désappointement et la colère en reconnaissant qu'il « sera poursuivi en contrefaçon s'il ne dénature pas compléte- « ment un ouvrage sous presse et presque terminé. M. Montai c( se trouvait ainsi assuré de la priorité qu'il désirait. »

Passons maintenant aux procédés à employer pour enseigner aux aveugles la profession d'accordeur, qu'il est désirable de voir introduire comme enseignement dans les autres institutions d'aveugles de France, des autres contrées de l'Europe et de l'Amérique.

2° Pratique de renseignement.

L'enseignement de l'accordeur aveugle ne diffère en général de celui du clairvoyant qu'en ce qu'il faut rendre sensible au toucher du premier, c'est-à-dire par le relief, les formes que le clairvoyant perçoit avec les yeux.

Or, après avoir enseigné avec détails à l'accordeur aveugle les principes de musique et d'harmonie contenus dans les articles I et II, on lui fera d'abord toucher toutes les parties des formes extérieures des différents genres de pianos en lui en faisant connaître le nom et la fonction, comme, par exemple, la caisse d'un piano carré, celle d'un piano à queue et celles des pianos droits (figures 1, 2, 3, 4, S et 6), en lui en faisant remarquer en détailles différentes parties, telles que le couvercle, le châssis, les panneaux, les portes, le fronton, le cylindre, les colonnes, les patins, les pieds, la lyre, les moulures, le clavier, les consoles, les pédales , le pupitre, les flambeaux, les poignées, la soierie ,etc., etc.; puis on lui apprendra à ouvrir et à fermer ces différents genres de pianos, à en démonter et à en remettre en place toutes les pièces qui peuvent s'enlever, afin

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de mettre à nu l'intérieur du piano. Ensuite on lui fera connaître et toucher toutes les parties intérieures de l'instrument, traitées dans l'article III, comme la fausse table d'harmonie dans les pianos carrés (fig. 7), le sommier de cheyilles, le sommier de pointes d'accroché ; on lui fera distinguer les parties en fer et celles en bois de ces sommiers ainsi que les barres de fer servant d'arcs-boutants aux sommiers. On lui fera aussi toucher le sillet, le faux-sillet, le chevalet, la table d'harmonie, les chevilles, les pointes, les cordes (figures 8, 9 et 10); on lui expliquera le diapason des cordes et la partie non vibrante des cordes. On lui fera remarquer que les pianos sont à deux, à trois, ou à quatre cordes; que les pianos à deux cordes n'en ont quelquefois qu'une dans la basse ; que ceux à trois cordes n'en ont que deux dans cette partie de l'instrument, et enfin que quatre cordes ne s'emploient que dans la partie supérieure du piano, pour un tiers ou pour un quart de l'étendue, qui est d'ordinaire de sept octaves. Ensuite, sur des modèles montés en relief et fonctionnant comme ceux dont les facteurs se servent pour expérimenter chaque sorte de mécanisme semblable, et suivant les modèles gravés figures de 11 à 23 inclusivement, on lui apprendra ce que c'est que le mécanisme proprement dit, en lui indiquantle classement des différents mécanismes, c'est-à-dire le mécanisme à pilotes, celui à doubles pilotes, celui à échappements et celui à doubles échappements ; le nom et la fonction de chaque pièce, ainsi que la forme de la touche, de ses mortaises, de ses pointes ou guides, de ses garnitures, et le genre de piano auquel chacun de ces mécanismes doit s'appliquer. On continuera à lui montrer ce que c'est que les étouffoirs et les pilotes dans les pianos carrés et à queue (figures de 9 à 18 inclusivement), et la baïonnette dans la mécanique anglaise, qui tient lieu de pilote (fig. 19), et qui est ahîsi nommée à cause de sa foriiie, qui rappelle celle de l'ai-me

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qu'on nomme baïonnette. Puis on lui enseignera les différentes pédales, l'effet que produit chacune d'elles, et on lui fera toucher les mouvements et les tringles de transmission à l'aide desquels elles fonctionnent dans l'instrument. Après avoir acquis la connaissance de l'intérieur et de l'extérieur des pianos, on passera à l'article IV, c'est-à-dire à la disposition et à l'indication des chevilles par des lettres, et à leur rapport avec les touches du clavier. C'est ici une des plus grandes difficultés que l'aveugle puisse avoir à vaincre, celle de reconnaître sans se tromper la cheville qui correspond à la corde qu'il faut accorder, la disposition des chevilles dans chaque piano variant suivant la forme de l'instrument, la disposition du plan intérieur, et le caprice du facteur: cependant, il y a quelques principes généraux que je vais indiquer.

On fera étudier avec beaucoup de soin et minutieusement à l'élève aveugle l'article IV, qui traite du rapport des chevilles avec les touches du clavier. Comme on l'a vu dans cet article , les pianos sont à deux, à trois , ou à quatre cordes pour chaque note ; chacune des cordes étant attachée à une cheville, il en résulte des groupes de deux, de trois, de quatre chevilles placées chromatiquement à côté les uns des autres et désignés par a, «#, ^, c, c #, etc., et qui correspondent aux notes /«, /«#, s^, ut^ ut #, etc. (Voyez les sommiers des figures 8, 10, 2S, et 26, dans lesquels les groupes sont placés chromatiquement à côté les uns des autres et marqués des lettres indicatives.) On lui fera toucher dans les pianos les chevilles, en lui faisant observer que dans les pianos à cordes verticales et dans les pianos à queue elles sont situées au-dessous les unes des autres verticalement pour former chaque groupe, et que dans les pianos carrés, dans les pianos obliques ou dans les pianos demi-obliques elles sont placées obliquement pour chaque groupe, suivant la pente plus ou moins inclinée

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des cordes. Pour reconnaître toutes les chevilles, l'aveugle marquera avec une mouche de feutre, de drap, ou de fort papier, comme les plus grandes qu'on emploie pour les claviers (fîg. 74), une cheville de trois /«, celui du diapason, celui d'une octave plus haut et celui d'une octave plus bas, indiqués chacun par la lettre «, que le clairvoyant trouvera facilement ; mais l'aveugle sera obligé de compter les groupes, en partant du plus élevé, c'est-à-dire de celui qui correspond à la note la plus aiguë du piano. Si le clavier commence dans les dessus par m\fa, comme dans la fig. 10 , le la an diapason correspondra au trente-troisième groupe en descendant, et s'il commence par un la, comme dans la fig. 8, il correspondra au trente-septième. Le la du diapason étant trouvé sur les chevilles , on le marquera avec une mouche , puis on comptera en montant, à partir du /<55 # 1 , 2^ 3, etc., jusqu'à 12, pour trouver le la naturel au-dessus du diapason , que l'on marquera également avec une mouche ; de même pour trouver celui au-dessous du diapason on comptera en descendant, à partir du sol #, voisin du diapason jusqu'à 12, et l'on mettra aussi une mouche pour marquer ce la comme les autres.

Ces trois la étant marqués serviront de jalons ou points de départ pour trouver toutes les autres chevilles, en comptant les groupes soit entre les la marqués , soit au-dessus ou audessous des deux la extrêmes. Ainsi, pour trouver la cheville de y ut au-dessus du diapason, on dira, à partir de la marque et suivant du doigt les chevilles la, la Jf, si et do; et si l'on veut trouver le sol au-dessous du diapason on dira , en partant de la même marque, la, sol #, et sol naturel, et l'on procédera ainsi par analogie pour trouver, en se servant des trois marques, toutes les autres chevilles, ce qui se fait très-rapidement avec de la pratique.

Quelquefois on compte les groupes deui par deux pour aller

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plus vite ; dans ce cas on dira, en montant, /«, si, do #, ré #, /«, sol, la, etc.; et en descendant la, sol, fa, re#, do#, si, la; et ainsi de suite. Dans les pianos carrés, comme figures 9 et 24, et quelquefois dans certains pianos droits, les groupes de chevilles sont placés obliquement deux par deux, à côté les uns des autres, comme cela est bien expliqué à l'article IV. Dans ce cas il faut marquer, indépendamment des trois la comme il a été dit plus haut, les trois sol # voisins des la, lesquels sont sur la même ligne oblique que ceux-ci. Dans le sommier de la figure 9, la note la plus aiguë étant un fa, le la du diapason se trouvera être dans la ligne de droite du sommier le dixseptième groupe, que l'on marquera avec une mouche, le la au-dessus le onzième et le la au-dessous le vingt-troisième ; et on les comptera ton par ton, c'est-à-dire fa, réti, do #, si, la, sol, fa, ré]^, do^, si, la, etc. Ces trois la étant marqués, on marquera également, comme on l'a dit plus haut, les trois sol j$ qui se trouvent sur la même ligne oblique, et on les comptera sur la gauche du sommier, ton par ton, mi, ré, do, la ^, sol j^, fa ]^, mi, ré, do, la j^, sol^, etc. Ces six marques faciliteront beaucoup l'élève aveugle pour trouver toutes les autres chevilles ^ . Du reste, comme on peut le voir, ces dispositions de chevilles et quelques autres modifications sont bien expliquées dans l'article IV. Maintenant, l'aveugle , pour suivre les lignes obliques formées par un ou par plusieurs groupes de chevilles, réunira l'un contre l'autre les trois doigts qui suivent le pouce, c'est-à-dire l'index, le majeur et l'annulaire, et les entrera à la fois entre deux groupes, ou bien entre deux lignes obliques, pour bien en suivre la pente, pour les distinguer les uns des autres et ne point confondre une cheville apparte-

' On comprend que si le piano montait au la, il faudrait compter le dixneuvième groupe, à droite, pour trouver le la du diapason, au lieu du dix-septième indiqué quand le piano ne monte qu'au fa.

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riant à un groupe avec une cheville appartenant à un autre, ce qui arrive souvent aux élèves aveugles quand ils commencent. Après avoir acquis l'habitude de reconnaître et de trouver les chevilles dans les différents sommiers, on fera étudier à l'élève l'article V, qui traite de la clef, du coin, du diapason et de la manière de s'en servir; le contenu de cet article est commun à l'élève aveugle et au clairvoyant, si ce n'est que le placement de la clef sur chaque cheville exige pour l'aveugle une petite explication. L'accordeur aveugle prendra le canon de la clef vers son extrémité inférieure avec le pouce, l'index et le troisième doigt, qui dépasse un peu le bord du canon, et avec le quatrième, qu'il tiendra tout près du canon; aidé du troisième, il cherchera la cheville, qu'il introduira dans l'orifice de la clef. Après avoir accordé cette cheville , il appuiera le quatrième doigt sur la cheville d'un groupe voisin, et avec l'extrémité du troisième doigt il suivra la pente des chevilles formant le groupe de la même note et placera la clef sur la nouvelle cheville qu'il voudra accorder , et tournera la clef comme il a été indiqué au commencement de l'article V.

Quant au coin, il le placera comme il a été dit pour le clairvoyant; seulement, le coin long (fig. 33) pour accorder les pianos droits sera tenu par le pouce, l'index et le troisième doigt, qui se feront contre-poids pour le gouverner. Dans les pianos droits l'élève le placera au-dessus de la barre des marteaux , en biais , entre les baïonnettes et les manches des marteaux, c'est-à-dire qu'il l'introduira quatre ou cinq notes plus haut que celle qu'il veut étouffer ; il aura alors l'attention de ne rien forcer en l'introduisant, car il pourrait déranger des marteaux. Il en promènera de gauche à droite Textrémité B sur les cordes, pour trouver celles qu'il doit accorder, et procédera d'ailleurs pour les autres usages du coin comme il a été dit dans l'article Y; on lui fera ensuite étudier l'article VI,

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qui traite du piano à employer pour l'étude de l'accord ; l'article VII, pour apprendre à diriger la clef et à perfectionner l'organe de l'ouïe ; l'article YIII, qui traite du tempérament et de l'accord parfait majeur convenablement tempéré. Ces trois articles n'ont rien de particulier pour l'élève aveugle : il doit les étudier comme le clairvoyant. Il en sera de même pour l'article IX, qid traite de la partition en la; de l'article X, qui explique l'accord des dessus et des basses et traite de la vérification générale de l'accord ; et de l'article XI, qui traite de la partition en lit en usage dans certains pays. Ces articles ne renferment que des notions intellectuelles, et n'ont rien de particulier pour l'accordeur aveugle, si ce n'est qu'il doit apprendre rigoureusement par cœur les tableaux des partitions et des contre-partitions en la et en ut.

L'article XII renferme plusieurs parties qu'il est essentiel pour l'aveugle d'étudier avec beaucoup de soin; il traite successivement des différentes cordes de piano, de leurs grosseurs, de leur numérotage, de la comparaison de leurs grosseurs entre elles, de la jauge (fig. 36) pour les mesurer, de la confection des bouclettes avec les doigts ou avec une mécanique ; de la manière de remettre ces cordes dans les pianos, et des outils nécessaires pour cette opération, etc., etc.

La remise des cordes dans un piano présente quelques difficultés, mais qui ne sont pas insurmontables pour l'élève aveugle. Il faut d'abord qu'il exerce ses mains, qu'il acquière une certaine dextérité pour le travail, qu'il fasse quelques marques ou points de repère aux crans ou encoches de la jauge servant à mesurer les cordes , afin de reconnaître par luimême et sans le secours d'un clairvoyant les numéros indicatifs , qui sont impalpables ; ensuite , qu'il prenne connaissance de tous les outils indiqués et de leur usage ; qu'il s'exerce à faire des bouclettes , à rouler les cordes sur les chevilles ,

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percées ou non percées, d'après les moyens décrits ; et enfin à mettre les cordes en place et à les monter au ton, d'après les prescriptions de l'article XII, L'article XIII, qui indique la manière de repasser un piano sans l'accorder à fond ; l'article XIV, qui traite de l'influence de la température sur les cordes du piano, et des précautions à prendre pour le monter ou le descendre d'un ou de plusieurs demi-tons ; l'articleXY, qui contientla manière d'accorder plusieurs pianos ensemble et celle d'accorder le piano avec les autres instruments, sont communs aux aveugles et aux clairvoyants, et ne renferment rien de spécial pour les premiers; néanmoins ils doivent les étudier avec soin. L'article XVI, au contraire, qui traite des pianos de formes différentes, de dispositions particulières, de la manière de les accorder, d'y remettre des cordes, et des diverses dispositions de chevilles, doit fixer d'une manière toute particulière l'attention de l'accordeur aveugle, car il y trouvera des renseignements sur toutes les espèces de pianos, sur les difficultés qu'il y a aies accorder, et il le prémunira contre l'embarras qu'il pourrait éprouver dans le monde pour démonter, accorder et remettre les cordes à l'impromptu dans certains instruments exceptionnels et particuliers , puisqu'il ne peut comme le clairvoyant , à l'inspection du plan d'un piano , embrasser d'un coup d'œil les changements et modifications, etc., introduits dans cet instrument, et s'en rendre compte avec la même rapidité. La timidité, l'hésitation qu'il laisserait paraître dans cette circonstance ne manqueraient pas d'augmenter contre les accordeurs aveugles le préjugé fâcheux du public, au lieu de le dissiper. L'article XVII , qui énumère les qualités d'un bon piano ; l'article XVIJI, qui traite de sa solidité et de la durée de son accord; l'article XIX, qui fait connaître les précautions à prendre pour conserver un piano et la manière de l'emballer, n'ont rien de particulier non plus pour l'élève

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aveugle qui ne lui soit commun avec le clairvoyant; seulement, pour l'emballage il devra se faire aider par un clairvoyant.

L'article XX , qui traite des moyens de réparer les principaux dérangements qui peuvent survenir dans le mécanisme du piano , est celui qui présente le plus de difficultés à l'accordeur aveugle. Néanmoins, l'aveugle adroit de ses mains peut faire beaucoup de petites réparations, seul ou avec l'aide du clairvoyant qui lui sert de conducteur.

On commencera par montrer à l'élève aveugle les outils qu'il ne connaît pas encore et l'usage auquel on les emploie dans différentes professions, puis on l'exercera à se servir de ces outils pour façonner du bois dans une certaine limite, afin de le rendre adroit de ses mains. Ainsi, indépendamment des outils spéciaux à la facture qui ont été déjà décrits, on lui apprendra à se servir du maillet, du valet, du crochet et de la presse de l'établi, de la scie, de la varlope, du rabot, du guillaume, du vilebrequin, de la vrille, de la gouge, du porte-foret, du trousquin, de la pointe à tracer, du ciseau de menuisier, du becd'âne, de la queue-de-rat, de la râpe, de la lime, du tierspoint, de la règle, de l'équerre, du compas, etc., toutes^choses très-faciles quand l'élève est intelligent et adroit de ses mains. On lui montrera également comment un collage doit être préparé pour bien tenir ; quelles sont les colles de meilleures qualités ; comment il faut les faire fondre ; les cales à employer ; le degré de chaleur nécessaire pour faire un bon collage ; quelles sont les presses ou vis à bois nécessaires pour serrer ces collages , et le temps pendant lequel il faut laisser en presse les objets collés. Pour ces dernières opérations, comme il ne peut pas toucher la colle avec ses doigts, il sera obligé de se faire aider par un clairvoyant qu'il aura habitué à cela.

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On criera peut-être à l'impossible ; mais non : tout ce que j'indique est faisable , et plusieurs aveugles l'ont prouvé en exécutant quelques travaux de menuiserie , de petite ébénisterie et de tour, avec une certaine habileté.

D'ailleurs, je le répète, l'aveugle ayant presque toujours besoin d'un jeune conducteur, se servira des yeux de celui-ci dans certains cas , sachant lui-même diriger l'ouvrage et indiquer comment il faut le faire. Quand il aura acquis ces notions générales , ainsi que celles de limer du métal, de couper du fil de cuivre, du fil de fer, ou de le dresser, de le tordre et de le tarauder, il les appliquera aux pianos pour les petites réparations qu'il rencontrera, comme par exemple lorsqu'il faut faire parler une note, mettre un ressort d'échappement, un ressort de pédale; changer un centre, remettre un manche de marteau ; recoller une garniture , un feutre de marteau ; serrer ou desserrer une vis, ou donner du jeu à un pivot, à une touche; retirer et remettre un clavier; régler une note ; piquer les marteaux; remettre des cordes, etc., etc.

Seulement, il faudra surtout qu^il fasse attention, en retirant les claviers des pianos à queue et des pianos carrés , que les marteaux soient bien baissés, comme je l'ai dit à l'article des réparations ; car sans cette précaution il casserait infailliblement ceux qui resteraient levés pendant la sortie et la rentrée du clavier. Pour bien faire retomber ces marteaux, il frappera fortement une gamme chromatique depuis un bout du clavier jusqu'à l'autre ; il passera sa main dessous la table d'harmonie du piano carré ou dessous le sommier de chevilles du piano à queue, et avec les doigts il s'assurera que toutes les noix sont bien sur la même ligne , ce qui sera l'indice certain que tous les marteaux seront baissés ; ou , enfin , lorsque la disposition du piano ne lui permettra pas de s'en assurer par ce moyen, il enlèvera les étouffoirs qui pour-

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raient masquer les cordes, et fera regarder par son clairvoyant si les marteaux sont bien baissés et en ligne droite. L'élève aveugle n'aura qu'à suivre avec beaucoup d'attention l'article XX, qui traite des réparations, qui y sont très -détaillées, et qu'à les exécuter d'après les procédés indiqués. Ces procédés lui sont la plupart du temps communs avec le clairvoyant, et il serait inutile de les reproduire ici. Il est bien entendu que pour apprendre tout cela l'aveugle aura besoin d'une grande persévérance, de maîtres intelligents, capables, patients et dévoués, et qui ne regarderont ni au temps ni à la peine qu'il faudra consacrer à cette œuvre pleine d'humanité et qui rendra à la société des membres utiles. Ici finit ce que j'ai cru devoir dire sur la profession des accordeurs aveugles. Je n'ai sans doute pas tout dit, mais l'intelligence du maître et celle de l'élève suppléeront à ce qui pourrait manquer. Comme on le voit par ce qui précède, en fait d'accord des pianos l'aveugle n'a aucune infériorité sur le clairvoyant ; il a même , au contraire , certains avantages que l'expérience fait reconnaître chaque jour. Il faut donc former des accordeurs aveugles autant que les circonstances le permettront. Que les accordeurs clairvoyants ne s'effrayent pas delà concurrence des accordeurs aveugles, car le nombre de ceux-ci sera toujours très-limité par rapport à celui des clairvoyants, et il n'y a pas à craindre que le travail manque aux uns et aux autres, puisqu'il y a en France un nombre considérable de facteurs, dont l'industrie se développe constamment par l'étude du piano , qui chaque jour s'étend en haut et en bas de l'échelle sociale , dans la maison aristocratique comme dans la mansarde de l'ouvrier. D'ailleurs, dans l'intérêt de la société , toutes les fois qu'un art et un métier sont tels qu'ils conviennent mieux à certains de ses membres qu'à d'autres , qu'ils sont de nature à les classer utilement , et c'est le cas de l'aveugle et du clair-

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voyant, il faut se hâter de donner cet art, ce métier, à ceux de ces membres auxquels ils conviennent le mieux. Nous voici arrivés à la fin de la partie pratique de cet ouvrage. Nous allons actuellement passer à un autre ordre de connaissances, étrangères malheureusement à presque tous les facteurs, aux accordeurs et aux amateurs; je veux parler de Y acoustique ^ ou de la théorie des sons et de leurs rapports , partie dont l'application raisonnée aurait la plus grande influence sur les progrès de la facture.

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