IV AVANT-PROPOS
se sentait aucune vocation, se mit dès cette époque à composer quelques poésies, inspirées sans doute par une jambe fine ou par deux yeux fripons entrevus pendant une course pour le patron. Il pouvait s'appliquer ces vers de Voltaire, faits pour la Clairon :
Je suis à peine à mon printemps, Et y ai déjà des sentiments.
Sou^s l'influence de ses velléités amoureuses, Bernard confiera furtivement au premier papier timbré venu les émotions de son cœur, ou bien, emporté par l'inspiration, il mêlera, sans y penser, unpassage de /'Epître à Claudine au mémoire qu'il doit transcrire*. Que de poètes comme lui sortis de l'étude des tabellions et de l'obscur réduit des huissiers! Que de vocations littéraires contrariées à l'origine par des parents craintifs qui ne pensent, dans leur prévoyante sollicitude, qu'à épargner à un fils aimé les misères et les désillusions de l'existence! Mais l'irrésistible naturel reprend vite le dessus ; l'ingrat laisse là grimoires et procédures ; il s'élance malgré fous, seul, sans appui, à travers les luttes, les ja-
1 . L'abbé de Bernis disait qu'il est difficile d'être jeune et de vivre à Paris sans avoir envie de faire des vers.