ET L'IDÉALISME
L'idéalisme en poésie opposé à la plasticité. — Lamartine et Victor Hugo. — Origine et filiation du talent de M. SuUy-Prud homme. — Ses deux manières : le ciseleur et le philosophe. — De la poésie philosophique ou poésie sans images. — M. SuUy-Prudhomme a exprimé l'intraduisible, l'insaisissable, le tréfond inexprimable de l'âme humaine. — Ses procédés et sa langue. — La science et la poésie.
Depuis la mort de Leconte de Lisle, nos sollicitudes littéraires se sont tournées vers Fauteur des Solitudes, des Vaines tendresses et de la Justice. Victor Hugo et Leconte de Lisle ont disparu. — M. Sully-Prudhomme nous reste. Il est un des grands noms de notre littérature, le maître aimé et admiré de tous ceux qui ont le culte du Beau poétique et de la pensée pure. On peut
aujourd'hui considérer son œuvre comme achevée. Ce qu'il y ajoutera désormais peut l'embellir, mais non la changer. Quelle est la valeur de cette œuvre ? Quelle est son importance et en quoi consiste le talent de M. Sully-Prudhomme? Ce serait peut-être le moment de le préciser d'une façon définitive. Je crois qu'il y a quelque chose à dire sur sa production totale et une conclusion à tirer de son admirable poésie.
M. Sully-Prudhomme a eu le rare bonheur de plaire à deux catégories de lecteurs les plus opposés : les penseurs et les femmes. Les femmes ont aimé son sens intime de l'amour, sa sentimentalité convaincue, sa douceur essentiellement triste, sa pénétration d'àme, ses délicatesses mélancoliques, toutes les qualités d'émotion qui font de lui un si curieux artiste de nuances, un si parfait miniaturiste de sentiments. Les penseurs ont aimé sa tournure d'esprit positive, sa science, ses préoccupations des problèmes sociaux, les recherches sérieuses de cette poésie philosophique dont il s'est fait un genre si personnel. Il y a donc deux poètes chez M. Sully-Prudhomme : le poète de sentiment et le poète philosophique. Tous deux viennent en droite ligne
de la poésie personnelle de Lamartine, avec des ressemblances et des différences qull serait intéressant d'indiquer, parce que la raison et la substance d'un talent sont presque toujours contenues dans sa filiation et son origine.
Ce qui a fait l'importance du romantisme comme révolution littéraire, c'est avant tout l'avènement de la poésie personnelle. Cette innovation, qui devait si profondément modifier la nature et l'exécution des ouvrages de l'esprit, c'est à Lamartine que nous la devons, bien plus qu'à Victor Hugo, qui n'en a été que le grand vulgarisateur. L'intervention de l'âme humaine s'interrogeant directement sur sa destinée ; le lecteur pris pour confident des rêves de l'auteur, de ses angoisses et de ses amours ; la nature sentie pour elle-même ; Dieu adoré dans son œuvre à la place des anciennes fables classiques; le moi intérieur pris enfin pour thème de l'inspiration : voilà ce que Lamartine a créé en publiant ses glorieuses Méditations ^ On ne peut
* « Avant moi, a écrit l'auteur des Harmonies^ quand on lisait des vers, il fallait avoir sous la main le dictionnaire de la fable. » La poésie de Lamartine, c'est de l'essence de poésie ; son Lac est beau, d'une beauté de synthèse, comme une incarnation- type d'un sujet éternel. Sa personnalité
pas dire qu'il n'y ait pas trace de la poésie personnelle avant Lamartine, mais elle est si différente, si extérieure, si factice, quand on la suit à travers Ronsard, Charles d'Orléans, Marot et Malherbe I Leur échange de pensées avec le lecteur se réduit à des confidences d'amour, un amour sans émotion parce qu'il s'use en plaintes banales, qu'on ne prend pas au sérieux parce qu'il n'est que spirituel, un amour de -dilettantisme, enguirlandé de mythologie ou ranci de fadeurs mignardes. On ne saura jamais le retard que le marivaudage écrit a apporté dans la marche de la poésie française. Après Malherbe, qui n'est poète que par intermittences, l'arrêt de la poésie personnelle a été complet et nous ne trouvons plus que des sujets tout faits. On prenait pour thème la Religion, comme Louis Racine, des Odes, comme J.-B. Rousseau, des Hymnes sacrés, comme Pompignan. Dans Chénier, qui a exercé une influence énorme et
même s'eiTace dans les morceaux les plus individuels, et c'est l'accent d'une humanité générale qui domine. N'oublions pas qu'à l'époque où les Méditations parurent, on en était encore à la littérature de Xavier de Maistre, Fontanes, Arnault, Lebrun et Luce de Lancival, tous « nourrissons du Pinde ».
progressive sur le romantisme *, la poésie personnelle se limite encore à des épîtres et à des élégies passionnelles où palpite un amour toujours païen, exprimé cette fois avec de Témotion et de la sincérité, mais encore selon la formule phrasée et classique. La poésie personnelle de Lamartine a pour la première fois renouvelé l'amour ; il Ta transformé, il Ta ennobli, il Ta idéalisé, en le montrant à l'intérieur de l'âme humaine, en nous peignant ses soifs diyines et ses langueurs douloureuses, bien plus que son sourire et ses joies. En même temps, Lamartine faisait entrer dans le domaine des vers les sentiments éternels du cœur de l'homme. Une sorte d'humanité générale, l'infini clavier de l'âme, la large contemplation delà nature, telles ont été les nouvelles sources d'inspiration poétique. On voit de quelle exploitation était susceptible ce champ immense et les germes féconds que renfermait cette évolution littéraire.
* Presque tout l'œuvre de Chénier avait paru en 1819. Millevoye s'en est inspiré parfois jusqu'au plagiat, notamment dans son joueur de lyre Ganictor. Alfred de Vigny l'avait également lu. On le sent bien dans sa Di'yade^ Symetha , la fille de Jephté , etc. (1822). Le romantisme d'Hugo remonte directement aux Elégies de Chénier, dont Lamartine avait certainement lu les principaux morceaux.
Victor Hugo, après lui (1832), a développé les mêmes thèmes en exagérant le côté personnel et confidentiel, avec une différence de procédés qui devait amener un renouvellement complet de la langue artiste. Lamartine fondait Técole de la poésie d'idées ; Hugo fondait Técole de la poésie d'images. L'un triomphait par le sentiment dégagé des accessoires de la forme. L'autre créait en vers l'écriture artiste, la couleur et la magie des mots.
Le premier descendant illustré de la poésie d'Hugo est Leconte de Lisle. Le premier descendant illustre de la poésie lamartinienne est M. Sully-Prudhomme. Seulement Lamartine n'a exploité que les grandes lignes de la poésie personnelle et philosophique, les magnifiques lieux communs où se débat l'humanité suppliante, tandis que M. Sully-Prudhomme a creusé ce fonds général, il a resserré les formules, il a fouillé, le dedans, tout un monde ignoré d'émotions neuves. C'est ainsi qu'après Michel- Ange, qui a dit ce mot admirable : scrutare, non scultarSy sont venus les ciseleurs parfaits qui ont mis en valeur et passé au métier les blocs génialement dégrossis. Les premiers sculptent ;
les autres scrutent. Poète de sentiment dans sa première manière, M. Sully-Prudhomme est là incomparable et vaut son maître immortel.
Ses Stances, ses Solitudes, ses Vaines tendresses, ses Épreuves, contiennent des chefs-d^œuvre écrits avec une perfection absolue. Bien qu'il ait vu la poésie à travers la pensée et non par rimage, toutes ces pièces ont, à force de nuances, une sorte de contour plastique. Sully- Prudhomme a précisé l'inexprimable et fixé l'insaisissable. Il raffine, et cela reste vrai. Sa recherche est naturelle, sa science toujours juste. Il a des bonheurs de construction, un sens du vers, une densité de facture, un don d'incarner les idées, une vie émue de la phrase, des trouvailles de sensibilité, une solidité d'orfèvrerie qui font de lui un ciseleur surprenant des choses de l'âme. Cette poésie au microscope est une très grande poésie. Personne n'a possédé à ce point l'intuition du cœur humain et n'a mieux rendu, comment dirai-je? ses ondulations les plus secrètes, ses vibrations les plus intimes. M. Sully-Prudhomme a exploré le monde de l'âme dans des profondeurs qui n'avaient pas encore été mises au jour. Il exprime des subti-
lités, des quintessences, dos demi-teintes, et tout cela est saisissant d'exactitude sentie, comme dans Mal ensccelie\ Dernier adieu ^ et Première solitude ^ L'àme humaine a des secrets infinis. Que de perceptions, que d'analyses s'éveillent en nous à chaque instant de notre activité pensante, pour une douleur, pour un mot, pour un rien! Ce sont 'ces perles que M. SuUy-Prudhomme a serties et remplies de lumière : comme celles que rapporte le plongeur, elles viennent du fond d'un abîme. Les émotions les plus difficiles à saisir sont sous sa plume aussi vraies et aussi nettes que des vérités psychologiques générales. Celui qui rendrait sur la toile les nuances éternellement changeantes d'une mer calme, peindrait quelque chose d'aussi beau qu'une tempête. L'originalité de M. Sully-Prudhomme est donc complète et il règne là dans un domaine absolument neuf.
Une partie du cœur humain y palpite, la plus cachée, celle qu'on ne voit pas. D'autres peignent les couleurs et les paysages. M. Sully-
* stances.
' Solitudes, 3 Ibid.
Prudhomme est un mineur descendu dans l'âme et qui en décrit les innombrables richesses dans une langue experte à fixer les sensations les plus informulées. La lecture attentive de ses œuvres nous montre que sa poésie de sentiment se subdivise encore en deux genres. Il y a chez lui un psychologue pur, un poète de sensibilité personnelle, qui écrit en quelque sorte pour son propre compte, comme dans Je ne dois plus S Si je pouvais ^ V Agonie^ et tant d'autres pages où il nous parle de la nature, de la religion et de l'amour. Il y a aussi en M. Sully-Prudhomme un autre poète qui procède par adaptation, par transpositions, qui tire des effets et des leçons de certains sujets. C'est une poésie de comparaisons empruntées à la nature ou à une donnée extérieure et d'une justesse absolue : les Yeux'', le Vase brisé '% la Voie lactée^, les Vieilles maisons'^, Corps et âmes ^ Stalactites^, la Mer^^, Sur
' Stcmces,
2 Ibid.
•' Solitudes.
* Stances.
« Ibid.
" Soliliides.
■ 8 » 10 Jbid.
136 I/ÂIIT D ÉCRIRE
reau*, peuvent être considérés comme le type de cette poésie qui emprunte son éloquence à un parallélisme d'objets.
On devine dès lors le sens particulier qu'un artiste si raffiné peut avoir de la nature et du paysage. Son panthéisme lamartinien voit la réalité très exactement et de très près. Il multiplie les détails vifs et notés sur place ; mais c'est par sou àme bien plus que par ses yeux qu'il sent la nature. Il ne la décrit pas, il souffre d'elle, et c'est presque toujours de la tristesse qu'elle lui apporte. Il a des strophes d'une facture idyllique très observée où les sensations semblent présentées avec la précaution savante d'un manieur de perles fines, notamment dans le Point du jour^ qui finit si grandiosement, Midi au village '\ Sieste '% Pluie "% Sur leau^... M. SuUy-Prudhomme creuse les détails de nature comme il fouille un sentiment. Ce n'est pas de l'ingéniosité et c'est plus que de la grâce. Son
* Les Epreuves.
- Poésies diverses.
' Les Solitudes.
' Les Efueuves.
* Sfdfices.
« Ibid.
imagination a des élans qui effrayent, monte à des hauteurs qui enivrent^ s'élargit dans des audaces troublantes, et nous lisons alors des descriptions presque aussi plastiques que les meilleures pages de Leconte de Lisle, comme sa magniûqne Incantation*. M. Sully-Prudhomme ne décrit pas pour le plaisir de décrire. Il nous rend le son de son âme, ce qu'éveille en lui la nature, bien plus que ce qu'il y voit. C'est Vhomo additus naturœ de Bacon, non plus cette fois fondus ensemble, mais se répercutant, se renvoyant leurs échos. Ce n'est pas par la vision, ce n'est même pas par l'imagination qu'il comprend la nature, c'est par le cœur. Certaines pièces, entre autres Douceur d'avriPy le Vent^y le Cygne \ Silence et nuit des bois^, sont très caractéristiques. M. Sully-Prudhomme est un recueilli et un triste. La contemplation de la nature le laisse douloureux. Elle remue toujours en lui des regrets résignés ou des souvenirs inu-
' stances,
2 Les Vaines tendresses.
' Les Epreuves,
* Les Solitudes.
« Ibid.
tiles. Elle lui donne une sourde mélancolie des choses mortes, le deuil d'une àme éternellement pensive et repliée sur elle-même. Il n'a pas l'allégresse naïve d'un ébloui, l'enchantement d'un cœur jeune gonflé d'espoir comme la sève des arbres. Une tournure d'esprit scientifique se mêle à ses contemplations et le porte à voir sans cesse à travers ses rêveries le conflit mystérieux des forces, l'affligeante brutalité des lois fixes, les nécessités physiologiques où se débattent nos souffrances et nos angoisses. Il sait, et il ne comprend pas , et voilà pourquoi ses interrogations ne sont souvent que des cris de révolte adoucis par son esprit d'analyse, des amertumes atténuées pas ses réflexions de penseur.
M. Sully-Prudhomme a interprété l'amour, thème le plus fréquent des poètes, comme il a interprété la nature : avec des raffinements exquis, avec un idéalisme qui domine toujours la passion et le désir. La pureté de Lamartine était instinctive ; sa nature poétique avait une candeur souveraine. La pureté de M. Sully- Prudhomme est anxieuse, troublée, elle s'interroge, elle est surtout psychologique et réfléchie. Le mystère même de l'amour double l'angoisse
de ses méditations amoureuses, comme dans Corps et âmes * et les Caresses ^ qui contiennent le cri déchirant de Tâme humaine captive dans la prison des sens. L'amour, chez M. Sully-Prudhomme, est fait de tristesse et de douceur. C'est bien un cœur croyant qui parle, mais un cœur désolé, heureux de sa souffrance, souriait de mélancolie, pardonnant aux déceptions, indulgent et amer, plein d'expérience intérieure et de persistante illusion. Scrupule^, Mal ensevelie^, le Meilleur moment des amours^, Un rendez-vous^ nous donnent la mesure de cette foi amoureuse, ce qu'on pourrait appeler les desiderata de son esthétique passionnelle. La soif des intimités complètes, l'étreinte des âmes, les confidences étroites, contemplatives, substantielles, si j'ose dire, tel est le fond de cet idéalisme amoureux, transcendant à force d'exaltation lucide, et qu'il a traduit dans des vers admirables de nuance et de science. Personne n'a mieux exprimé les inex-
* Les solitudes,
* Ibid.
' Ibid.
* Jeunes filles.
5 Ibid.
^ Les vaines Tendresses .
no L'ART D'ÉCRIRE
primables émotions de Tamour, ses douleurs qui semblent des rêves, ses bonheurs qui ne sont qu'un songe, Tàme s'enivrant d'un rien, le cœur usant sa force à souffrir de ses joies et à chérir ses tortures, sans jamais pouvoir guérir et sans presque pouvoir se connaître.
Tel est, -sous ses divers aspects, le poète de sentiment chez M. Sully-Prudhomme, celui qui a travaillé en artiste une forme saillante et précieuse, l'auteur admiré de tous, connu et aimé avant le poète philosophique, digne pourtant des mêmes admirations. C'est surtout dans ses œuvres de tendresse qu'on peut constater sa supériorité de style et de forme. Aucun parnassien, aucun orfèvre poétique de la vie en relief n'a plus profondément cherché la condensation, l'exactitude, le resserrement. Dans presque tous les vers de cette première manière, on sent qu'il n'y a plus de place et qu'au seul point de vue du métier, leur force vient de leur cohésion. Et non seulement M. Sully-Prudhomme a réalisé ces qualités de résistance et d'achèvement, mais il a formulé son esthétique, il a publié ses théories personnelles, et c'est un cas bien curieux chez un poète. Oui, l'auteur des
Vaines tendresses ne s'est pas contenté de produire ; il a dit ce qu'il voulait faire et pourquoi il Ta fait. Il ne lui a pas suffi d'être artiste : il a donné des préceptes, il a expliqué son œuvre dans deux ouvrages inégaux de longueur, mais importants comme démonstration et absolument indispensables à la compréhension de son propre talent*. M. Sully-Prudhomme est un poète penseur. Voilà son originalité. Ce n'est plus une àme sonore, placée au centre de tout, comme se définissait Victor Hugo. C'est un esprit qui raisonne, un critique expert, un analyste savant des choses de littérature et d'art. L'examen sérieux de son livre : VExpression du beau, si admiré de Taine, dépasserait peut-être le but et la limite de cette étude. Nous ne parlerons que de ses théories poétiques, parce qu'elles nous serviront à apprécier les procédés qui nous frappent dans ses poésies de sentiment.
Dans cette précieuse brochure sur le métier des vers, M. Sully-Prudhomme élucide la philosophie de son art; il nous apprend ses intentions, ses vues personnelles sur la prosodie f ran-
* Ce sont ses deux livres intitulés : Réflexions sur Vart des vers et De l'expression du beau dans les arts.
142 L'AIIT D'ECRIRE
çaise. Ce manifeste, trop peu lu, est une réponse aux tentatives de Técole symboliste et décadente avide de briser les anciens moules classiques, qu'elle trouve arbitraires et monotones. Un certain nombre de jeunes poètes, qui ne sont pas sans talent, déclarent qu'on peut supprimer la rime, allonger le mètre du vers, faire du français une langue accentuée et rythmée comme l'italien et l'espagnol, sous prétexte que les règles admises par Boileau ont été inventées par Malherbe, qui n'avait pas plus qu'un autre le droit de légiférer et de nous imposer son caprice. M. SuUy-Prudhomme répond très justement que les lois qui régissent les mesures et les formes métriques de notre poésie dérivent de l'acoustique pure, de notre oreille humaine, et constituent des lois mathématiques auxquelles on ne changera plus rien. La discussion est curieuse. L'analyse géométrique, technique, de la révolution accomplie par Victor Hugo dans la poésie est un des morceaux les plus remarquables de cet ouvrage. L'auteur conclut que « l'art des vers, après la contribution capitale qu'il doit au génie de Victor Hugo, a reçu tout son complément, a épuisé tout le progrès que sa nature compor-
tait ». Eq somme, M. Sully-Prudhomme veut rester classique, tout en adoptant les souplesses nouvelles et les récentes libertés que nous devons à l'auteur de la Légende des siècles.
Telles sont les théories auxquelles son inspiration est restée fidèle, dans la partie de son œuvre où le poète d'âme et de sentiment semble avoir plus amoureusement recherché la perfection de la forme.
Sa poésie philosophique, que nous appelions sa seconde manière, relève plus directement du fond et, bien qu'on y constate le même souci de l'expression, c'est surtout 'par les idées qu'elle a de la valeur. En écrivant de la poésie philosophique, M. Sully-Prudhomme a encore très bien compris ce qu'il faisait et il ne se dissimule pas sa responsabilité. Sa bonne foi et ses convictions esthétiques le justifieraient seules, si le succès ne l'avait déjà pleinement absous. Pour comprendre un écrivain, il faut bien connaître ce qu'il pense. La critique n'a pas le droit de récuser une œuvre, sous prétexte que l'auteur aurait dû faire autre chose. Elle doit, au contraire, entrer le plus possible dans les raisons et dans la substance du talent. M. Sully-Prudhomme sait
que les partisans de la poésie d'images lui reprochent d'avoir écrit de la poésie d'idées et qu'on ne lui pardonne pas d'avoir été en même temps philosophe et poète, comme si ces deux mots s'excluaient. La philosophie a le don d'irriter les esprits amoureux d'expression extérieure, de formes sonores et de peinture palpable. Flaubert ne voyait dans les ouvrages d'Auguste Comte qu'une « Californie de rire ». M. SuUy- Prudhomme n'admet pas un pareil antagonisme entre l'art et la pensée, et c'est dans ce sens qu'il a orienté une partie de son œuvre, sachant bien qu'il continuait la tradition de notre pays, le génie français classique, l'histoire même de notre poésie. Depuis le romantisme, on a confondu en France la poésie avec la versification et l'image avec la pensée. Il semble aujourd'hui que .l'on n'est poêle qu'à la condition d'être lyrique et que tout le génie des vers consiste dans la couleur. On oublie qu'il a existé avant nous une école de versification uniquement narrative, qui nous a donné de belles œuvres. La poésie étant une langue plus exacte, plus harmonieuse que la prose, pourquoi ne choisirait-on pas cette langue de préférence à la prose, lors-
qu'on veut traiter un sujet élevé, un discours profond ou des dissertations générales? Pourquoi n'y aurait-il pas une poésie philosophique comme il y a eu une poésie didactique ? Si Ton met le vers au service de Timagination, pourquoi ne pas le mettre au service de la raison, et ne pas envisager la poésie comme une forme de penser plus noble, qui précise Tidée en la fixant dans des rythmes, et resserre l'expression en la maintenant dans des mesures exactes? Un vers de définition est aussi bon qu'un vers plastique. Les vers de Boileau valent ceux de Ronsard. La perfection est une en soi et partout*. Pourquoi y a-t-il des vers comme ceux-ci :
La raison du plus fort est toujours la meilleure... Rien ne sert de courir, il faut partir à point... Aide- toi, le ciel t'aidera, etc.,
qui sont des formules algébriques, des axiomeSj des pensées aussi courtes que le vers, des vers qui ne dépassent pas la pensée ?
Il existe donc une langue d'idées en poésie, une langue parlée, abstraite, démonstrative, philosophique. L'image n'est après tout que l'idée
* « Un bon vers n'a pas d'école. » (Flaubert.)
ii6 LAKT D'ÉCRIRE
à i*état d*enfaDce. A mesure que rhumanité a j^randi, la définition a succédé à l'image, et le raisonnement à la comparaison. Voilà ce que s*est dit M. Sully-Prudhomme, et c'est au fond riiistoire de sa vocation poétique. Il a commencé par écrire des morceaux de comparaison où les images fleurissaient comme des fleurs très douces; puis peu à peu ce jçune homme, qui préparait à vingt et un ans son examen de Polytechnique, frappé par l'importance de Tidée, a fini par aimer le style de définition, la langue positive et précise, capable de formuler les nuances, d'énoncer les problèmes, de discuter la science. De nombreux exemples l'encourageaient à continuer pour son compte l'école de la poésie didactique. Lucrèce, en chantant l'univers et la matière, créait la physique de son temps, et ses divinations étonnent aujourd'hui nos savants. Virgile, quoi qu'on nous ait dit au collège, est l)ien plus artiste dans ses Gcorgiques que dans V Enéide, Hésiode a fait de la poésie généalogique dans sa Théogonie et de la poésie de calendrier dans ses Travaux et les jours. Louis Bouilhet n'aurait publié que les Fossiles, si admirés de Flaubert, qu'il resterait encore un grand poète.
Ce genre de littérature a toujours existé en France et ne s'est démodé que par Tabus qu'on en a fait. L'Art poétique de Boileau ouvre une série d'œuvres remarquables, entre lesquelles on peut citer le poème de la Religion de Louis Racine et V Essai siir la critique de Pope, les Saisons de Saint-Lambert, les Trois Règnes et les Jardins de Delille, les Mois de Roucher, la Navigation d'Esmenard^ Au xvm® siècle, presque tout s'écrivait en vers, même les lettres. Il faut bien comprendre cette histoire de la versification française pour juger sans parti pris la poésie philosophique de M. Sully-Prudhomme, très différente de la poésie philosophique de Lamartine dans le Chêne, VHumanité, Vimmortalité et tant d'autres inoubliables chefs-d'œuvre des Harmonies, Lamartine est partout lyrique. Il a plus que des images, il a des pensées de génie. Il ne peut parler d'infini sans grandir son souffle, sans déborder d'élan, sans retentir comme un tonnerre.
La poésie philosophique de M. Sully-Pru-
* Ce genre de poésie a péri par son propre excès, après qu'on a eu publié une Géométrie en vers et un poème sur VAgricullurey en imitation du poème de Priscien sur les Poids et Mesures.
148 L'ART D'ÉCRIUE
dhomme est plus voulue, plus calme; elle est expositive, narrative, démonstrative. C'est chez lui, je le répète, une forme habituelle de penser, une langue exquise et savante, qui tire sa valeur de sa persistance, grandiose parce qu'elle insiste, frappante parce qu'elle dure. L'effet qu'elle donne est un effet général, toujours admirable de nuance et de précision, où éclatent les vers parfaits et que traversent de temps à autre d'éblouissantes clartés, des illuminations magnifiques. L'influence de Lamartine est visible dans l'exécution totale; mais si M. Sully-Prudhomme procède de Lamartine, on peut dire qu'il remonte j usqu'aux poèmes d'André Chénier, en particulier à Y Hermès et à VIncention. C'est là sa filiation et son origine.
L'auteur de la Justice a, pour varier son inspiration raisonnée et positive, les mêmes raffinements, la même souplesse que pour exprimer les tendresses d'àme dont se composent ses poésies de réduction sentimentale, par opposition à ses larges poèmes philosophiques. Ses ressources de langue et de style sont inépuisables. On sent qu'il peut écrire en vers ce qu'il veut. C'est son langage naturel. Il le parle sans effort, sans préciosité et par vocation.
M. SuUy-Prudhomme ne s'est pas contenté de faire de la poésie philosophique : il a été séduit par la Science, dont nous constatons depuis vingt ans les démentis et les faillites, mais qui triomphe quand même, qui fascine les intelligences, qui s*acharne éternellement à comprendre et à découvrir. La gloire de notre siècle scientifique sera d'avoir avoué ses défaites sans interrompre sa marche, et de demeurer tenace dans sa recherche, quoique lucide sur son impuissance. La science ne dogmatise plus, mais elle n'abdique pas. En se faisant Técho de ses aspirations, M. Sully-Prudhomme est vraiment Thomme de son temps. Plus qu'aucun poète, plus que Victor Hugo peut-être, il résume l'état d'esprit de son époque; et il représente d'autant plus fidèlement le mouvement des idées, que son éducation première est sortie en grande partie de la science. Les préoccupations de la pensée moderne ont tellement pénétré la littérature, que le roman môme est devenu scientifique. La poésie, à son tour, devait se laisser influencer par les méditations compliquées, par les interrogations éperdues qu'éveille la science considérée dans son ensemble et dans ses résultats. On
150 l/AUT D'ÉCRIRE
écrirait un volume, si Ton voulait éuumérer les services que la science a rendus à la poésie. Elles se touchent et se mêlent, et leurs points de contact aboutissent au même infini. Newton et Kepler étaient, au fond, des poètes; ils ont eu la religion de leurs découvertes et ils sont demeurés des mystiques, tout en restant des savants. A ce degré de vision, la science n'a presque plus rien à faire avec les mathématiques. Comment dès lors refuser au poète le droit de réfléchir sur les découvertes de son temps ? Le ton apocalyptique avec lequel Hugo traitait ces questions, comme dans Plein ciel et Saturne \ n'est pas la seule manière dont on puisse chanter ces mystérieux mondes du ciel où Lamartine a jeté les beaux cris de son immortel espoir. On peut être moins lyrique, plus positif, plus adouci; on peut adopter une versification très simple et exprimer des sensations grandioses, sortir enfin de la pure imagination poétique pour se maintenir dans un style de définition exacte. C'est ce qu'a fait M. Sully-Prudhomme. Ses poèmes contiennent des frissons nouveaux, des tressaillements pro-
* Voir les Contemplations et la Légende des siècles.
fonds, comme dans le Zénith, VAmérique, Voie lactée et les nombreuses pages des Destins. Les Méditations et les Harmonies de Lamartine nous prouvent que l'art doit compter avec la science et que la poésie a souvent tiré d'elle ses plus beaux effets. Bien des pièces de premier ordre n'existeraient pas, si l'on prenait encore le ciel pour une voûte d'azur piquée de clous d'or. La science a ébranlé la foi religieuse, mais elle a élargi l'âme. Elle a détruit les légendes, mais elle a découvert l'infini. Cet infini, que nous rêvons, que nous portons en nous, amant poète ou penseur, elle nous le montre, tangible, réel, peuplé d'astres, impossible à admettre et impossible à nier. Elle a ainsi créé pour l'homme un état de disproportion qui a offert à l'inspiration des ressources nouvelles.
Après avoir appris la concision technique et s'être façonné la main en traduisant avec une fidélité superbe le premier chant de Lucrèce \ l'auteur de la Justice a trouvé des accents impérissables, soit qu'il s'insurge contre la science
* M. Caro considérait la préface de cette traduction comme un des plus beaux morceaux de philosophie qu'on eût écrits.
152 I/AUT DÉCIUKE
comme dans Prélude^, une des plus belles choses qui existent en poésie, soit qu'il compare à la matière notre dignité pensante *. Qu'on ne s'y trompe pas, l'auteur de VExpression du beau dans les arts n'est pas un illuminé. C'est un artiste sceptique, aussi loin de l'algébrisme de Pascal que de la vulgarisation de Fontenelle, s'inspirant de la science sans s'y astreindre, qui la reflète sans s'exalter et qui fixe le soleil sans vertige. On lui reproche d'avoir traduit en périphrases heureuses certains détails trop techniques, comme dans son vers célèbre sur le baromètre,
l'échelle où se mesure La hauteur du voyage au déclin du mercure.
Le reproche est rigoureux. Si les vers de définition échappent parfois à sa plume, ils ne sont ni le but ni l'élément constitutifs de sa poésie philosophique ; et précisément, dans la pièce.qui contient ce vers, dans ce tragique récit de la catastrophe du Zénith, c'est l'élan de la pensée qui domine, c'est dans l'infini que s'envolent les
* La Justice.
2 Ibid., 9« veille.
vers du poète, lorsqu'il dit que Tâme même de ces fiers savants veut monter plus haut, toujours plus haut, jusqu'à
jeter leur corps, dernier lest, à la terre,
Pour continuer l'ascension tout seuls
Voilà les sublimités qu'on lit à chaque page.
Le reproche de vouloir mettre les logarithmes en vers est donc immérité. On dirait que, de de nos jours, la poésie a peur de la précision. La réaction contre Tidée nette et la formule exacte est vraiment trop forte. Au lieu de chercher des rythmes nouveaux, au lieu de raffiner leur impressionnisme larmoyant, leur délayage pictural et sensationniste , nos jeunes poètes trouveraient du profit à étudier de près les poèmes sévères et positifs de M. Sully-Prudhomme. Ce qui le touche, ce qui le frappe, en résumé, ce sont les idées générales engendrées par la marche en avant de la science, les interrogations nouvelles créées par les découvertes récentes, les crises de pensée qui résultent de notre civilisation actuelle. L'auteur des Destins garde envers la science la même attitude d'esprit qu'il a en philosophie dans la préface de sa
i5t I/ART D^ÉCRIRE
traduction de Lucrèce, Il la reflète sans trop y croire ; il nous la montre sans nous l'imposer, et il en est affecté plus que convaincu. Son imagination en est impressionnée, parce que la science fait partie de la curiosité humaine, parce qu'elle représente la grande soif de recherche, parce qu'elle est, comme la rêverie des poètes, éternellement penchée sur Téternelle nature.
M. Sully-Prudhomme est tourmenté de science, mais il ne la prêche pas. Il y puise seulement ses motifs d'inspiration, comme il les prend dans tout ce qui est profond ou noble ; et voilà pourquoi sa poésie reste haute et ne tombe pas dans la facture stérile d'un Delille, qui, au lieu de penser, n'a jamais fait que polir. M. Sully- Prudhomme a toujours eu le tact de dédaigner ce qu'il y a de périssable et de caduc dans la science. Ses préoccupations sont éminemment générales et aboutissent presque toujours à des préoccupations vivantes de la destinée humaine, individuelle ou collective. L'infériorité de la science comme sujet de poésie, c'est qu'elle se rature, c'est qu'elle passe. Celui qui aurait chanté les vaisseaux de Louis XIV ou le télégraphe Chappe serait aujourd'hui démodé. Il
faut, comme Lucrèce, voir avant tout la nature, ou envisager la science avec la largeur d'esprit de Spencer, qui la compare à la religion et leur assigne à toutes deux un même but qu'elles n'atteindront jamais : connaître l'inconnaissable. Les plus belles pièces scientifiques de Sully- Prudhomme tirent leur effet de la hauteur de vue où se maintient sa pensée. L'ensemble de ses opinions philosophiques est d'ailleurs difficile à indiquer, parce qu'il est une suite d'impressions plutôt qu'une suite de principes et que sa poésie tient du cœur plus que du cerveau, s'attendrit au lieu de conclure et rêve au lieu de dogmatiser. Il le dit lui-même dans un sonnet où il se plaint du tourment que lui donnent les mille liens qui l'attachent aux choses. La sensibilité de son âme survit aux ravages de ses convictions. Sa foi religieuse est morte, mais il souffre de ne pouvoir plus prier * et il ne voudrait pas mourir sans prêtre ^ Il a les mêmes contradictions à l'égard de la science. Il célèbre ses promesses tout en sou-
i La prière {les Epreuves),
2 Bonne mort {les Epreuves). Voir aussi: Défaillance et Scrupule (les Vaines Tendresses).
riant de ce qu'elle promet. C'est le don de s'interroger et de s'émouvoir que la science éveille en lui et qui transforme ses impressions individuelles en accents généraux et en sentiments humains. De là ces angoisses de pitié, cette commisération infinie , ces incertitudes de réflexion qui font de son œuvre philosophique, notamment des Veilles de sa Justice, une poésie si spéciale, si imposante, la poésie de l'idée pure. La foi qu'il garde est celle des poètes : la foi d'imagination. Il croit à' la vie future, non en philosophe, mais en visionnaire, et il nous a même décrit le tableau de ses espérances d'outretombe dans son poème intitulé le Bonheur. Le rêve d'éternité qu'il nous peint, c'est le recommencement de nos tendresses terrestres, c'est la résurrection de l'amour, la passion revivant ses délices dans un monde inconnu, affranchi de nos écœurements et de nos lassitudes, la passion idéale, transfigurée, éternelle. Les théologiens nous promettaient des corps glorieux.
M. Sully-Prudhomme nous promet la passion glorieuse... C'est un vrai cantique d'amour où deux amants , immortellement ressuscites à la vie, s'enivrent de parfums, de clartés, de
couleurs et d'harmonies. Et comme, chez M. Sully-Prudhomme, le poète philosophique ne ne se sépare jamais du poète de sentiment, l'auteur mêle aux ivresses d'âme, aux ivresses de la pensée, la félicité de savoir enfin le grand secret de la nature et des mondes, le moi de l'énigme matériel et moral, les clameurs venues de la terre, le cri des désespérés qui ont soif de vérité et de justice. Cette œuvre résume la poésie de M. Sully-Prudhomme, écrite avec son âme désirante et sa raison tourmentée. Il a beau, dans cette fiction sublime, supposer les problèmes résolus, il conserve l'inquiétude d'en instruire les autres. L'angoisse intime troublant toujours et quand même la sérénité intellectuelle : voilà ce livre et voilà Fauteur.
Certes, ce pessimisme raffiné ne ressemble pas aux cris de négation triomphante de M™® Ackermann, qui semble avoir voulu paraphraser le désespoir de Lamartine avec Tironie de Musset. La révolte de M. Sully-Prudhomme s'est adoucie parce qu'il a aimé la science et qu'elle lui a donné un peu de sa paix et de son repos sérieux. C'est dans son Bonheur qu'on voit l'influence définitive, bouleversante et ras-
surante, de la science sur sa poésie. Le poème contient notamment deux longues pièces où sont résumées, dans l'une, l'histoire de la philosophie concluant au néant comme dans Y Espoir en Dieu; dans l'autre, l'histoire de la science renouvelant sans cesse l'éternité d*un effort sans résultat. Et dans ce livre reviennent les mêmes doutes que nous lisions ailleurs * ; l'auteur est en proie aux mêmes obsessions ^ ; il a les mêmes élans, les mêmes supplications vers le vrai qui se dérobe ^ ; il déclare que la science n est qu'une foi d'illuminé*...
En résumé, M. Sully-Prudhomme incarne fidèlement son époque et l'état d'esprit de son temps. Personne n'a plus éloquemment traduit les divins tressaillements de l'âme aimante et souffrante. Il a trouvé des peintures de concentration et d'émotion qui resteront des chefsd'œuvre de notre littérature. Il est de ceux que la postérité n'oubliera pas. Eu continuant la tradition lamartienne, il a prouvé qu'on pouvait
1 Tourment divin, le Prisme,
2 Le Bonheur, p. 269 (format in-18).
»/6id.,p. 276.
*Ibid-, p. 29*.
être un grand poète en dehors de Técole plastique, par la seule énergie méditative et la seule ^ sensation psychologique. Son œuvre démontre que le cœur vaut l'imagination et que si les mots sont superbes quand ils sont des images, la langue des pensées vaut presque Timage, quand elle exprime à ce point les nuances et les profondeurs. Philosophe, M. Sully-Prudhomme nous oblige à reconnaître qu'on peut, sans cesser d'être artiste, chanter les plus abstraites aspirations de l'intelligence humaine et qu'on a le droit, en poésie, non seulement de peindre, mais de penser. Je crois que sa place sera glorieuse lorsqu'on écrira l'histoire littéraire de notre siècle. Son nom, comme celui de Leconte de l'Isle, ne sera pas éclipsé par la gloire de Lamartine et de Victor Hugo. L'auteur des Vaines Tendresses est de ceux qu'on lira toujours, parce que sa langue est parfaite et qu'il a la force et la vie qui font les œuvres durables.