‹ L'art d'ecrire: ouvriers et procédésChapitre 8 sur 14 · ET LA CRITIQUE D'AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

ET LA CRITIQUE D'AUJOURD'HUI

La critique de métier et d'érudition. — La doctrine et les idées de M. Brunetière. — La critique scientifique. — Progrès que M. Brunetière a fait faire à la critique. — La critique de métier réalisée par les idées. — Influence de M. Brunetière. — Ses convictions.

C'est une tâche délicate que de vouloir résumer en quelques pages la physionomie littéraire d'un homme qui a écrit des volumes, et déjuger en raccourci une carrière déjà longue par le labeur et importante par l'influence. On peut apprécier comme on voudra le nouvel académicien, mais il faut reconnaître que par son seul talent il a réussi à être quelqu'un, à une époque où le talent n'est presque plus nécessaire pour

devenir quelque chose. Directeur de la Remie des Deux'Motides , membre de TAcadémie française, conférencier à l'École normale supérieure et à la Sorbonne, M. Brunetière a transformé les traditions de la critique doctrinaire et idéaliste, et, au nom du classicisme universitaire érudit, il s*est jeté dans la mêlée contemporaine, intransigeant, dur à l'attaque et à la riposte, avec une crânerie et un courage qui ne s'est pas démenti. Il a nettement tourné le dos au mouvement contemporain, et il s'est mis ainsi à marcher et à frapper, bardé d'esthétique, hérissé d'érudition, tacticien littéraire, rigoriste de l'art, guerroyant et intraitable, sourd à la voix de son temps et provoquant des batailles dans notre monde littéraire habitué depuis si longtemps au calme plat. On se rappelle l'incident Baudelaire et ce qui s'est écrit à cette époque à force de verser de l'encre, on faillit verser du sang.

M. Brunetière représente le parti conservateur en critique. Il a contre lui l'école réaliste, les jeunes générations avides de renouvellements et de nouveautés, un nombreux public accoutumé à admirer Flaubert et ses descendants, le courant

même des idées d'art qui nous porte vers Tassimilation et la compréhension immédiate des œuvres, les tendances de la nouvelle critique lasse d'investigations et qui demande à s'approprier enfin la moelle et la substance des talents. Pourquoi cet antagonisme? Comment expliquer la conviction et les théories de M. Brunetière ? Quel est son rôle au milieu de notre temps ? A quelle impulsion intellectuelle obéit-il? Quels sont les principes constitutifs de sa tournure d'esprit? En quoi consiste son talent et comment peut-on le décomposer? Les journaux nous ont donné son discours de réception, sa biographie, la nomenclature de ses œuvres, son travail, l'homme et le conférencier. Restons, quant à nous, dans le domaine de la psychologie. Faisons de Tanatomie critique; analysons ce penseur que j'estime, mais qui me fâche ; pénétrons les procédés et la foi littéraire de cet écrivain qui, par son autorité, s'est fait une situation exceptionnelle dans notre littérature contemporaine. Un article de revue n'est pas un article de journal. Nous jugerons M. Brunetière avec la plus grande impartialité, puisqu'il s'agit ici, non de le combattre, mais de l'expliquer ; et que,

si l'œuvre est ouverte aux discussions, rhomme garde son mérite et sa valeur. Nous le lui disions un jour à lui-même, en lui demandant s'il ne pensait pas qu'il y eût en art un point commun, un aboutissement définitif où les esprits critiques doivent tùt ou tard se rencontrer et s'entendre :

— « Non, nous dit-il, je crois que les tournures d'esprit sont irréductibles. » Tout M. Brunetière est dans ce mot.

Sa force a été d'avoir été irréductible. Grâce à une somme de lecture inouïe et à une incroyable puissance de travail, il s'est formé des convictions et il n'a plus varié. Il a dit ses raisons

— car il en a — et il a entrepris de démontrer qu'il avait raison. C'est une personnalité critique bien curieuse et bien originale, par ce temps de compromissions et de concessions.

Nous l'appelions tantôt un conservateur en critique. A le bien examiner, ce conservateur est pourtant un révolutionnaire scientifique qui eût. scandalisé l'aimable Nisard, le synthétique Villemain et le méthodiste Saint-Marc Girardin, tant il est vrai qu'on est toujours de son temps et que les fleuves emportent toutes les résistances. Laissons de côté ses volumes de Questions

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de critique^ ses productions hebdomadaires et arrivons à sa théorie primordiale, à ce que j'appellerai le noyau môme de son talent. Ce noyau, ce premier principe, ce qui constitue enfin le mérite et le titre de M. Brunetière, c'est d'avoir appliqué la théorie de l'évolution à la critique et aux productions littéraires. Voilà le pivot autour duquel se groupent toutes ses idées ; voilà ce qui donne la vie à son œuvre, sa découverte propre, dont on peut suivre la progression dans ses couférences sur le théâtre avant Corneille, dans son cours de littérature à l'École normale, dans ses Études sur la littérature^ et que Ton retrouvera dans ses leçons à la Sorbonne sur Bossuet et son temps*.

On peut contester l'opportunité d'une pareille méthode, au moment où son application aux sciences naturelles est battue en brèche par un mouvement de réaction qui compte Virchow à sa tète; mais enfin cette méthode, qui surenchérit sur la zoologie et la climatérologie littéraires de Taine, peut donner de féconds réisul-

* « Ce que je veux, a dit M. Brunetière, c'est une critique qui se fonderait sur l'iiistoire naturelle de Darwin et d'Hseckel. »

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tats, car elle constitue quelque chose de très séduisant, une clef nouvelle, une sorte de descendance et d'engendrement des genres, qui naissent, croissent, se développent, meurent ou se différencient. On comprend le parti que peut tirer un homme de travail et de lecture d'une pareille théorie, si souvent d'accord avec les écoles et les faits. C'est le plus grand pas qu*on ait fait vers le grand desideratum^ la critique idéale, la critique technique^ de métier.

Il restera à M. Brunetière la gloire de s'être le plus rapproché de cette critique intime et définitive. Entre les mains d'un homme exclusif, d'un artiste, d'un producteur de la partie^ la théorie de l'évolution eût été illuminatrice et efficace. Elle eût < brisé l'os » du talent et elle fût allée jusqu'à < la moelle », au lieu de ronger autour, comme elle le fait depuis cinquante ans. S'il l'a élargie et approfondie. M. Brunetière est néanmoins demeuré et devait demeurer dans la critique d'érudition, dans la critique d'idées, de classifications, de méthodes, d'appréciations générales, parce qu'il n'a pas écrit de vers ni de romans ni de théâtre. Il donne l'illusion du

métier, parce qu'il est très renseigné et très minutieux, et qu'au lieu de ranger tout en gros, il examine tout à la loupe. La part de mérite qui lui revient est énorme ; mais enfin ce n'est pas encore de la critique adéquate, décomposant les substances et les procédés. C'est toujours de lacritiqueuniversitaireetd'érudition, supérieure cette fois. Or, cette critique a donné, je crois, tout ce qu'elle pouvait donner : la portée sociale des productions écrites, la littérature vue à travers l'histoire, la multiplicité des rapprochements et des éclaircissements, les renseignements biographiques ou bibliographiques. Ce qu'on ne nous a pas encore montré, c'est en quoi consiste techniquement la différence de style de tel ou tel auteur ; tout compte fait, après avoir lu nos histoires littéraires, on peut croire, très naïvement, que Voltaire écrit comme Diderot, Rabelais comme Montaigne, Buffon comme Bernardin. La critique a jusqu'à présent rôdé autouî^ de la maison; elle l'a décrite sous toutes ses faces; mais elle n'a pas encore songé à prendre une clef pour y entrer. Connaissez-vous quelque chose de plus incolore et de plus à côté que les Études sur les tragiques grecs de M. Patin ?

Voyez à quelle insuffisance critique aboutit la science des frères Croiset, qui sont en train pourtant de nous donner une très belle histoire de la littérature grecque. On croit rêver quand on entend le monde savant nier, au nom de rérudition, Tunité et la personnalité d'Homère, en accumulant des raisons qui, appliquées au Don Quichotte, démontreraient aussi bien que Cervantes n'a pas existé. Il ne manque plus qu'un effort à la critique pour abandonner le terrain de l'art, devenir allemande et publier des histoires de la littérature latine comme Teuffel, ou comme cet Américain, prendre vingt secrétaires et leur faire dépouiller en un mois des volumes innombrables. Il y aura ainsi toujours antagonisme entre l'art et la critique, les auteurs et les juges, parce que l'évidence artiste n'a rien de commun avec la démonstration critique, de même qu'on n'arrive pas à la foi par l'exégèse. Pour juger le dedans d'un talent, il faut communier avec lui, et cette communion exige un sens spécial qu'aucune science ne donne. L'art, comme le cœur, a « ses raisons que la raison ne connaît pas ».

La théorie de l'évolutionnisme inaugurée par

M. Brunetière est une transformation qui fait de la critique quelque chose de plus rigoureux, où il entre une part très scientifique de métier dans les vues d'ensemble ; mais cette innovation est toujours une critique d'idée. C'est une classification plus exacte, qui serre de plus près les éléments du problème, mais c'est une classification ; méthode pouvant élucider certains faits, mais à laquelle on aurait le tort de vouloir soumettre tous les autres faits. Prenons deux exemples chers à M. Brunetière. Exposer l'évolution de la tragédie, sa naissance, Jodelle, Garnier, Hardy, Rotrou ; son apogée, Racine, Corneille ; sa décadence, Voltaire, Crébillon, Du Belloy, etc., c'est constater une série de faits littéraires. Qu'ils s'éclaircissent par les goûts, les influences et les milieux, c'est très vrai ; mais après Racine un génie eût pu éclore qui eût renversé toute la théorie*. Prenons un autre exemple. M. Brunetière croit voir dans notre poésie lyrique actuelle le résultat d'une évolution de

* C'est ainsi qu'après la décadence des troubadours et l'extinction définitive de la littérature provençale à la suite des siècles, nous avons eu Mireille de Mistral, dans une langue que la critique ne jugeait plus capable de produire un poème.

Téloquence de la chaire, qui s'est perdue avec MassilloD, qui se retrouve dans Rousseau et à laquelle celui-ci a ajouté le goût de la confidence personnelle, le lyrisme de la. passion et le sens de la nature. N'est-ce pas là sacrifier l'essence et Torigine mêmes du talent de Rousseau et tomber dans Terreur de M. Villemain, qui s'obstine à appeler Rousseau un grand orateur, alors que Rousseau est exclusivement un grand écrivain ? L'origine de Rousseau est pourtant bien claire : il est une résultante. Nourri de la lecture de Plutarque pour les idées, de la lecture de Richardson pour l'amour, et des conseils de Diderot et de Duclos qui l'ont poussé, ce dernier surtout, à écrire < du singulier, du paradoxe, du nouveau à tout prix > ; nourri comme écrivain (c'est lui-même qui nous le dit) de la lecture de Saint-Évremond et de Montaigne, Rousseau est un Saint-Évremond agrandi et un Montaigne rhétorisé. Saint-Évremond n'avait mis que de l'esprit dans son style à antithèses, Rousseau y mit de la passion et de l'éloquence. Mais cette éloquence est aussi toute dans Montaigne, dont il a la forme et la coupe de phrases, polie, condensée et mise à point. Au surplus,

le philosophe de Genève ne fut jamais qu'un artiste. Voilà le grand mot *.

Tant que la critique n'aura pas analysé, comparé, démontré la substance des talents, les procédés d'écrire, les origines et les filiations, ce que les auteurs apportent, ce qu'ils ont pris et à qui, les descendances des écrivains les uns par les autres, la critique n'aura rien fait et ne sera qu'un exercice d'esprit, un piétinement d'amateur, un farfouillage de savants, un caprice de variations imaginatives, une épigraphie d'idées. Il est bon, par exemple, de rechercher, comme l'a fait M. Nisard, les sources de Molière. Mais pourquoi ne pas montrer le métier, la forme, la phrase et le procédé de dialogue qu'il a pris entre autres à Larivey et à Plante surtout ? Pourquoi ne pas exposer la même filiation technique entre Larivey et les auteurs qu'il a traduits, entre Molière et Regnard, qui a fait si souvent en prose du plat pastiche de Molière ?

* Il y a, dans Montaigne, des centaines de morceaux qui, désorthographiés, sont du pur Rousseau. On pourrait suivre ce décalque d'Amyot à Montaigne, de Montaigne à Saint- Evremond, Pascal, Rousseau jusqu'à Lamennais, dont VEssai sur l'indifférence est un pastiche cynique du style d© Rousseau.

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Je m'étonne que la théorie de révolution n*ait pas amené M. Brunetière à étudier la théorie de Tengendrement des talents les uns par les autres, révolution et la filiation des procédés à travers les genres, bien plus que révolution des genres eux-mêmes. Je crois que Tavenir de la critique est là, dans l'étude technique du métier. iLes malentendus, les différences d'appréciation, les classifications, tout cela tombera, et la science littéraire sera entièrement renouvelée, le jour où Ton reconnaîtra qu'il y a en art une unité et une permanence d'écoles, d'exécution, d'esthétique ; le jour où l'on aura montré que Flaubert est plus classique que Fénelon * et que Boileau ^. Toutes les histoires de la littérature sont à refaire. C'est par le dedans^ et non plus par le dehors, qu'il faut se décider à examiner l'art, si l'on veut enfin savoir, non plus ce qui regarde l'art, mais ce que c'est que l'art. On peut dire

* L'influence de Fcnelon a été néfaste dans notre littérature. Il a démarqué, atténué et décoloré l'antique. On n'a, pour s'en convaincre, qu'à comparer dans la traduction de Leconte de Lisle les chants de ÏOdyssée que Fénelon a si froidement transposés dans son Télémaque.

2 N'oublions pas cependant que Boileau fut en critique un révolutionnaire et un novateur réaliste et qu'il a tenu tête à toute la littérature officielle de son époque.

qu'il est aujourd'hui impossible de trouver quelque chose de nouveau en matière de critique, si on n'examine pas le dedans des talents. Il y aurait un volume à écrire sur cette idée d'un nouveau cours complet de littérature, où seraient enfin expliqués la genèse et l'art du dialogue, la facture intrinsèque du style, la décomposition du sens de la nature et de l'imitation; en quoi réside la personnalité de métier de chaque auteur, pourquoi il y a des auteurs assijnilables et d'autres qui ne le sont pas; pourquoi il y a un ton de style par siècle; s'il n'y a pas un recommencement des procédés plutôt qu'une évolution des genres à travers le trompe-l'œil des écoles et des époques. On saurait alors que les talents se produisent moins par les milieux et les temps que par filiation et descendance entre eux ; on pourrait arriver à démontrer l'art mathématiquement, presque physiquement, et on en finirait peut-être avec les écoles, si on savait qu'il n'y a plus qu'une école. Le public serait enfin admis à juger le problème, non plus à l'aide de l'histoire, de la philosophie et de l'érudition, mais par ses seules lumières, quitte à renoncer à comprendre, s'il n'a pas de lumière. Et qu'on

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ne dise pas que la technicité serait parti pris chez UD critique. Qui a mieux loué Boileau et les classiques que Flaubert ? Qui a mieux parlé peinture que Fromentin et Delacroix ? Le roman- , tisme de Berlioz Tempèchait-U d'admirer Méhul ? Que de beaux points de vue dans les lettres de Voltaire sur la tragédie ! Maupassant louait Paui et Virginie. Quelle multiple compréhension chez Balzac!...

Ce que je voudrais que Ton fît, ce serait de l'art pour l'art en critique, dire la vérité au public et initier les débutants, en leur apprenant d'un coup ce qu'ils mettent des années à savoir et quelquefois à ne savoir qu'à demi. La preuve qu'il y a une vérité en littérature, un noyau indestructible, et par suite un critérium et une seule école, c'est la suite des ouvrages immortalisés par la postérité. Les systèmes de critique passent ; les œuvres restent, et elles restent par quelque chose de permanent et d'immanent qui est en elles. C'est ce que La Bruyère indiquait lorsqu'il disait qu'il y avait un bon et un mauvais goût et qu'on pouvait disputer là-dessus.

Si Taine eût bien compris cela, sa critique, qui est pourtant de premier ordre, n'eût pas si

vite vieillL Pourquoi en littérature retournonsnous aux anciens, et en peinture aux primitifs, sinon par cette unité et cet éternel recommencement technique dont je parlais ? Pourquoi s'avise-t-on si peu de développer ce point de vue et de lutter corps à corps avec son sujet? La technicité n'a jamais dépassé le grammairisme avec la Harpe, la gronderie avec Geoffroy, le morceau d'amateur avec Nisard, le dilettantisme avec Sainte-Beuve, le bons sens bourgeois avec Planche, la magie descriptive avec Saint-Victor, l'imagination avec Gautier, la morale avec Pontmartin. Nous avons certes aujourd'hui des critiques de talent qui ont approfondi à leur manière les anciens problèmes littéraires, et parmi eux M. Brunetière est un de ceux qu'amis et ennemis apprécient sincèrement. Mais en dehors des questions de personnes, le compte rendu n'est-il pas en train d'envahir la critique^ et la causerie du journal n'étouffe-t-elle pas l'art ? La critique doit désormais entrer dans l'explication franchement technique de la littérature,, si elle veut définitivement écarter le reproche d'impuissance que lui ont fait avec tant de dédain des artistes supérieurs comme Lamartine...

C'est la faute de M. Brunetière si, en voulant peindre son portrait, notre pinceau s'égare un peu sur les contours du cadre. M. Brunetière a remué toutes les idées et il fait énormément penser. Il a jugé tant d'écoles et tant d'auteurs, que c'est presque encore parler de lui que de parler des autres. On peut lui pardonner sa sévérité pour les contemporains en faveur de sa prédilection pour les classiques. Son influence a profondément élargi la critique. On peut dire qu'il a inauguré, par Vérndition et par les idées, la critique de métier. Il a sur Bossuet et notamment sur Massillon des études d'une perspicacité et d'une science de démonstration qui sont admirables. Il a fait de la dissection littéraire d'une profondeur étonnante; ce sont ses meilleures pages et c'est son plus beau titre. Quelles que soient ses opinions et ses divergences, il a un tempérament de critique admirable.

11 a mis d'ailleurs trop de franchise dans ses répulsions comme dans ses admirations pour que les adversaires de son école puissent lui en vouloir, et il a assez de talent et de gloire pour n'avoir pas depuis longtemps oublié les attaques. Si c'est un mérite d'être admiré, on n'est jamais

attaqué sans mérite, et il me semble que c'est donuer à M. Brunetière une preuve d'estime que d'oser quelquefois ne pas être de son avis. Le soc du laboureur rencontre parfois des rochers : on ne remue pas l'esprit de son temps sans heurter des résistances et des malentendus. En appliquant étroitement, comme il le fait à la littérature contemporaine, les théories de l'évolution, nous sommes persuadé que l'auteur des Questions de critique sera de moins en moins choqué par nos procédés et nos écoles. En tout cas, personne, croyons-nous, ne mettra en doute sa sincérité esthétique, sa probité littéraire et son érudition persévérante.

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