‹ L'art d'élever les vers à soieChapitre 10 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du petit atelier où on doit transporter les vers à soie nouveau-nés. 0e leui* transport, et des rapports entre le poids des œufs et des Ters obtenus.

L'expérience démontre constamment, comme nous le verrons au chapitre XII , que, s'il est nuisible à la santé des Vers à soie nouveau-nés de les laisser exposés à une température chaude et sèche , il Test aussi de les transporter dans un local à une température froide , quand on ne devrait même les y laisser qu'un ou deux jours.

Les faits démontrent également qu'il est économique et même avantageux aux vers à soie que la grandeur des chambres où on les place soit proportionnée à la quantité qu'on en veut élever : il est donc nécessaire de déterminer l'espace qu'une quantité donnée de vers doit occuper dans chaque âge.

H ne doit pas être non plus indifférent de connaître avec quelle progression l'embryon devient ver sain et vigomeux.

Nous parlerons, en conséquence, dans ce chapitre :

4** Du petit atelier destiné à placer les vers à soie nouveau-nés ;

2* Du transport des vers aussitôt après leur naissance;

3° De la perte en poids qu'ont faite les œufs dans Yétuve.

Du petit atelier destiné à loger les vers à sùie nauveavrnés.

Ce petit logement est celufoù les vers doivent être élevés jusqu'à la troisième mue (1). H faut que le local soit dans de justes proportions avec la quantité de vers à élever, pour la facilité du service. D'ailleurs il y a de l'économie, parce qu'il faudrait bien plus de combustible pour échauffer une trop grande pièce, ou plusieurs petites , qu'une seule proportionnée au besoin.

Il est avantageux de connaître l'espace que les vers à soie doivent occupw au fur et à mesure qu'ils grandissent.

(1) En expliquant Tusage du petit atelier^ je n'ai eu en Tue que de faire voir combien il est plus économique que des emplacements trop Tastes ou trop petits. Au reste, chacun peut se servir du local qui raccommode le mieux ; et si on n^avait qu'une seule chambre pour élever les vers à soie depuis leur naissance jusqu'à ce que le cocon soit formé, peu importerait , pourvu qu'on mît la plus grande attention à y maintenir les degrés de chaleur que j'ai indiqués .

Une seule chambre suffit , surtout pour quelqu'un qui ne (kit éclore guère plus d'une once d'œufs, pourMi qu'elle contienne assex de claies pour faire un espace d'à peu près deux cents dix pieds carrés par once d'œufs.

Les vers produits par une once d'oeufs occupent , jusqu'à la première mue , un espace d'à peu près sept pieds huit pouces carrés ;

Jusqu'à la seconde mue, un espace de quinze pieds quatre pouces carrés ;

Jusqu'à la troisième mue , un espace d'à peu près trente-cinq pieds carrés.

On place les claies l'une sur l'autre , à la distance de vingt-deux pouces au moins, et on en met autant qu'il en faut pour former les pieds carrés d'espace qui correspondent au nombre d'onces d'œufs qu'on aura fait éclore.

On doit toujours tenir les vers sur du papier. Celui du fond des claies doit déborder, afin d'empêcher les vers de4omber.

On écrit sur le papier des claies les numéros qui correspondent à ceux marqués sur les petites boites , afin de ne jamais confondre entre eux les vers qui sont de différentes boîtes.

Selon que la chambre est grande , il doit y avoir im ou deux thermomètres , une ou deux petites cheminées placées dans les angles , un ou deux soupiraux au plancher ou plafond , et une ou plusieurs portes et fenêtres. Dans ce petit atelier, je tiens aussi un poêle égal à celui de Véluve, qui , en cas de temps froid , peut m'être utile pour épargner le bois.

En effet , il faut plus de bois pour chauffer une chambre pendant un jour, en ne se servant que de cheminées , quelque bien construites qu'elles soient ,

comme je crois que les miennes le sont, que pour chauffer la même chambre pendant dix jours au moyen du poêle. Le principal avantage des petites cheminées , comme nous le verrons quand il en sera temps (Chap. VI et VU), n'est pas tant d'échai^^r l'air que d'en mettre une grande colonne en mouvement.

La température du petit atelier doit être portée à i9 degrés ; elle doit être d'environ deux degrés plus basse que celle de Yétuve où les œufs sont éclos.

L'expérience prouve qu'à mesure que le ver à soie avance en âge et prend plus de force , il lui faut moins de chaleur.

Telle est la température qui convient à ces insectes peu de temps après leur naissance. Si la saison devenait froide et mauvaise , de manière à ralentir le développement de la feuille, il faudrait gagner quelques jours, en abaissant graduellement la température jusqu'à 17 et même 16 degrés, mais pas au-dessous (1).

(1) Le magtianier prudent a fait ton! ce qui dépendait de lui, en mettant les œufs dans Vétuve Jorsqu'il a vu que la saison était bonne et que les germes des mûriers étaient bien développés.

Si la saison venait tout à coup à changer, comme cela a eu lieu en 1814^ il devient alors précieux de pouvoir, sans danger, retarder la naissance des vers, comme je Tai dit à la note, page 61^ et de prolonger de quelques jours les deux premiers âges.

Pour obtenir un si grand avantage, il n'y a pas autre chose à faire, si c'est le premier jour qu'on a mis les vere à soie dans le petit atelier, qu'à abaisser, après quatre ou cinq heures, à i8 degrés la température qui était à 19, et quatre ou cinq heures après à 17, et le lisndemain à 16, si cela est nécessairç.

Du transport des vers à soie nouveau-nés dans le petit atelier ou ailleurs.

On doit transporter au plus tôt , dans Tatelier où ils doivent rester jusqu'à la troisième mue , les vers

Ce refroidissement de l'air fait diminuer l'appétit des vers giaduellement et sans danger; et par ce moyen on empêche les modifications qui^ à 19 degrés, les auraient conduits à la mue.

En effet, la première mue s'accomplit en cinq jours à 19 degrés, et il en faut sii ou sept à 16 ou 17 degi'és. La seconde s'accomplit en quatre jours à 19 degrés, et il en faut plus de six si la température est entre 16 et 47 degrés. Voilà donc comment le magnanier qui se conduira avec prudence , en prolongeant la naissance et les deux premières mues des vers à soie, pourra gagner sept ou huit jours de temps pour parer aux intempéries de la saison. On peut gagner aussi quelque autre jour dans ie cours des autres mues , comme nous le verrons dans la suite.

Ce gain de temps peut être, comme on le voit, d'un bien grand avantage.

Les tableaux que j'ai annexés à la lin de cet ouviage font voir qu'en 1813 les vers à soie étaient montés dans trente-un joUrs, et qu'il en fallut trente-huit en 1814 pour laisser mûrir la feuille, le ne comprends pas dans ces sept jours de gain les trois de retard que je mis pour faire naître les vers, m'étant aperçu que la saison était toujours très-mauvaise cette année-là.

Ceux qui n'auraient pas ce soin , et qui n'emploieraient pas les moyens qu'indique l'art pour prévenir les contrariétés des saisons, seraient obligés ou de jeter les vers nés trop tôt, ou de dépouiller aussi tâop tôt les mûriers, qui n'offriraient ensuite qu'une feuille de mauvaise qualité pour l'âge adulte.

à soie qui viennent de naître, à moins qu'on ne veuille consacrer cette même chambre à cet usage. Si je propose une chambre exprès pour élever ces insectes jusqu'à la troisième mue, ce n'est que parce qu'elle est plus commode et plus avantageuse.

Lorsqu'on est au moment de devoir transporter les vers hors de Vétuve, il faut distinguer trois circonstances relatives au mode de transport , qui diffèrent beaucoup entre elles :

En premier lieu, si les vers qui sont dans Vélnve doivent être tous élevés dans la maison même où ils sont nés ;

En second lieu , si on doit y en élever une partie et transporter le reste ;

Enfin, si tous doivent être élevés ailleurs.

C. Supposons le cas où la totalité des vers à soie doit être élevée dans le même lieu.

Lorsque les petits rameaux qui sont répandus sur le papier rempli de trous qui couvre les œufs dans^

Ces considérations doivent faire généralement sentir le besoin de retarder de quelques jours , plutôt que de se presser à mettre les œufs à éclore , surtout sachant qu'avec la bonne méthode de soigner les vers, on n'a pas à craindre quelques jours de saison chaude^ qur n'auraient d'autre effet que de faire accomplir les dernières mues plusieurs jours plus tôt. il est d'ailleui-s certain qtie les^ vers à soie qui sont en retard choisissent les feuilles propres à leur âge, et particulièrement celles qui sont bien mûres lorsqu'ils sont dans leur dernier âge, époque décisive pour les intérêts du propriétaire, à cause de la consommation qu'en fait le ver.

— 77— • les petites boites sont chargés de vers , on met toutes les petites boites qui sont dans cet état sur la petite table qui doit servir au transport de ces insectes , et on la porte au petit atelier.

Là on doit trouver la feuille de papier qui porte le même numéro que celui de la petite boite. Ayant mis la petite table de transport sur les bords de la claie sur laquelle sont déjà préparées les feuilles de gros papier, on prend de dessus le papier troué de chaque petite boite les rameaux chargés de vers à soie , qu'on place sur le papier de la claie : on doit employer à cette opération le petit crochet [Fig. 12) courbé à une extrémité, et non les doigts, qui peuvent endommager ces insectes.

En disposant les petits rameaux sur le papier, on doit avoir soin de les tenir à une certaine distance , afin qu'on puisse mettre ensuite la feuille non-seulement sur les petits rameaux , mais encore dans les intervalles , pour que les vers puissent s'étendre et se bien distribuer.

J'observe que les vers à soie qui naissent d'une once d'œufs, disposés de cette manière, doivent occuper un espace d'environ vingt pouces carrés- Chaque feuille de gros papier qui recouvre la claie' doit occuper un espace d'à peu près vingt-deux pouces carrés, ayant en général vingt-trois pouces de longueur et vingt et un pouces de largeur. Comme il ne faut former sur ces feuilles de papier que des petits carrés d'à peu près dix pouces sur le côté, on occupe avec les vers nés d'une once d'œufs quatre feuilles

de papier, ce qui est précisément Tespace nécessaire jusqu'à la première mue. Ces feuilles de papier seroiit par conséquent quatre fois aussi grandes que l'étendue de la petite boîte ; de cette manière, on n'a plus besoin de remuer les vers jusqu'après la première mue. Toutes les feuilles de papier d'une même boîte doivent avoir le même numéro.

k mesure que les vers à soie naissent , il faut les transporter comme ils se présentent (1).

(1) Il est facile de concevoir qu'il faut souvent même plus de trois jours pour obtenir le développement total des vers à soie d'une <(uantité donnée d'oeufs.

On veiTa, au chapitre X, que les papillons ne sortent d*une quan-* tité donnée de cocons que dans l'espace de dix à quinze jours, selon la température à laquelle ils ont été exposés. 11 est donc évident que les œufs né pourront être pondus que dans l'espace de dix à quinze jours.

Puisque les œufs qu'on met à éclore ne sont pas tous db même jour, il est clair que s'ils sont exposés tous en même temps au même degré dé chaleur dans Téfuve, les uns doivent éclore plus tôt que les autres; et d'après cela personne ne peut dire raisonnablement que es derniers nés soient meilleurs ou plus mauvais que les premiers, parce que l'embryon de certains œufs a eu besoin de plus de temps pour se convertir en ver à soie. Ce temps a toujours été proportionné à la constitution des œufs.

Ces réflexions doivent faire sentir au magnanier qui n'aurait qu'une seule petite boîte d'œufs, et dont les vers à soie devi*aient tous naître et être élevés dans une seule chambre, qu'il ne doit pas compter sur les derniei*s vers qui naissent ; ils sont aussi bons que les autres; mais c-'esl pour éviter; par exemple, que les uns n'aient qu'un jour et les autres trois ou quatre.

Celui, au contraii-e, qui met beaucoup de boîtes d'œufs à éolore^ peut donner à chacun de ses fermiers les vers qui sont nés en peu d'heures, et par ce moyen il ne mêle jamais les premiers-nés avec

Après qu'on les a déposés sur le papier, il faut leur donner uri peu de feuille tehdre, coupée trèsmenu, en remplissant, comme je l'ai dit, Jes inter-

les dernier^. Alors, si un fermier a ceux qui naquirerit le premier jour, et un autre ceux qui naquii*ent le quatrième, il n'en arrive rien de mal , et tout va avec la plus grande régularité quant aux soins , puisque chaque fermier se trouve les avoir très-égaux.

Dans le cas où le magnanier ne met à éclore qu'une petite quantité d'œufs dans une seule boite , il faut jeter les vers à soie nés le premier jour, ainsi que les œufs qui n'ont pas éclos le troisième^ par ce moyen , on n'a à soigner que lés vers nés en deux jours , et r^m*raâ est îliôindre.

Si , dans ce même ces, l'éducateur voulait agir avec cette exactitude qui est la premièœ base de tous les arts, et s'il vr^ulait savoir quelle est efiPectivement la quantité de vers qu'il soigne^ lorsqu'il est au troisième jour de leur naissance^ il devrait peser les œufs qui ne soixt pas édos, ajoutant à lëui* poids uii douzième qu'ils ont perdu dans Yéiuve, comme on le verra au § II! , Chap. V : par ce moyen il connaîtrait la quantité effective d'œufs à laquelle les vers oiTespondraient.

En généi'd, il naît bien peu de vers à soie le premier jour; cependant, en calculant d'après cette donnée (Jue 68 vers à soie équivalent au poids d'un œuf, l'éducateur, se basant sur ce calcul, pour* rait lès jeter, s'ils étaient effectivement en petite quantité.

n vaut mille fois mieux perdre quelques vers nés le premier jour et lés œufs qui ne sont pas éclos le troisième, que d'être embarrassé tout le teiiips qu'on les soigne. En ajoutant une petite quantité 4'œufs à celle qu'on a destinée à faire éclore , on compensera cette petite perte.

Je recommandé de mettre exactement à exécution les préceptes qnè je donne; ilk sei*vîront à guider, à sio^lifier et à améliorer l'éducation des vers à soie. Si on ne fait pas ce que je dis, on ne saura pas quelle est la juste quantité d'œufs qui a produit les vers, et on aura le désagrément de voir constamment sur les tables des vers de différente grandeur, et qui auront des besoins différents.

Talles qu'on a laissés entre les petits rameaux , afin que peu à peu toute la surface soit également couverte de vers à soie.

Dans le cas où les vers s'amoncelleraient sur un seul point , on y placerait quelques feuilles auxquelles ils pussent s'attacher. On lèverait ensuite ces feuilles, qu'on mettrait aux points où il en manquerait.

Toutes les fois qu'on met des vers à soie sur une feuille de papier où il y en a déjà , il faut leur donner un peu à manger, comme on a dû faire pour les premiers ; mais à ceux-ci on ne doit renouveler le repas que quand on a déjà rempli une certaine quantité de feuilles de papier. De cette manière, beaucoup de vers auront tous à la fois le second repas.

La totalité des vers met au moins deux ou trois jours à naître ; par conséquent ceux qui éclosent le premier jour sont nécessairement plus grands que ceux du second et du troisième. Nous avons dit plus haut , et le thermomètre le démontre , qu'une chambre chauffée ne l'est jamais au même degré dans tous les points de son étendue ; et cette différence est toujours d'un degré, et même davantage. Nous avons dit encore que les points les plus près de la porte et de la cheminée ou du poêle allumé constituent les deux extrêmes. En mettant les vers à soie premiers-nés dans Tendroit le moins chaud de la chambre , et les autres dans le lieu le plus chaud ,

on obtient bientôt , par le moyen d'un peu plus de feuille qu'on donne aux derniers , qu'ils soient aussi avancés que les premiers, comme nous le verrons plus bas.

11. On suppose qa'une partie des vers à soie soit élevée dans Ja maison où ils naissent, et que le reste le soit ailleurs.

J'ai dit tout ce qui suffisait quant aux vers qui doivent être élevés là où ils sont nés. Je me bornerai à rappeler, pour ceux qui doivent être transportés hors de l'atelier, qu'il faut, pour la conmioditédu transport , que chaque feuille de papier contienne à peu près l'once entière de vers à soie, et non le quart. Alors on dispose sur chaque feuille de papier un seul carré d'à peu près 18 pouces de grandeur, qui, rempli, contiendra à peu près toute Uonce.

Lorsque l'éducateur aura porté chez lui la quantité de vers qui lui revient sur les feuilles de papier en contenant chacune une once , il partagera facilement le carré des vers en quatre petits carrés de dix pouces , formant ainsi quatre parties sur une seule feuille, ce qui comptera comme quatre petites feuilles. Cette division est très-facile à faire. En passant la main sous la litière qui tient unis et attachés tous les vers , et faisant pénétrer un peu les doigts dans l'endroit qui correspond à peu près au milieu du carré , la moitié de la litière se partage et se subdivise à volonté. On fait autant que possible des parties égales.

Si, dans ce premier âge, on ii'a pas tous les soioà dont j'ai parlé, on perd une grande partie des vers (Chap.IV) ; ils deviennent inégaux, et contractenlt toute espèce de maladies ( Chap. XII )•

m. On suppose que tous les vers à soie doivent être transportés hors du lieu de leur naissance.

On doit agir pour la totalité des vers à soie comme pour une partie. J'observe cependant que , s'il faut faire le transport à une distance considérable , il est nécessaire d'avoir des soins particuliers » qui sont d'ailleurs faciles.

On met dans une petite boîte de transport [Fig. 13), proportionnée à la grandeur des feuilles de papier, plusieurs feuilles de papier chargées de vers, et disposées Tune sur l'autre par couches à la distance de deux doigts. Cette boîte se porte comme une hotte. Si on n'a pas une hotte semblable à celle dont j'ai décrit la figure, et que je crois pourtant très-utile, on peut employer les hottes communes, mais elles ne pourront servir que pour quatre ou cinq onces de vers à la fois. Le transport se fait également bien avec les susdites hottes , lorsqu'on a les attentions suivantes :

1** De bien recouvrir tout alentour l'intérieur de

la hotte avec des feuilles de papier qui y soient bien

appliquées , afin que l'air extérieur ne frappe pas

directement les vers, surtout s'il fait froid;

2° De tenir séparées les feuilles de vers avec des

baguettes placées horizontalement dans la hotte , commençant à placer ces baguettes dans le bas de la hotte , et ayant soin de laisser une distance de quatre doigts d'un plan à l'autre ;

3"* De bien couvrir les hottes avec des linges pour les défendre du froid et du soleil ;

4^ De faire te transport depuis midi jusqu'à trois heures, qui est le temps le plus chaud de la journée ;

5* De donner aux vers un peu de feuilles tendres coupées très-menu , si on doit employer deux , trois ou quatre heures pour leur transport.

Il me semble que j'ai exposé avec clarté et simplicité ce qu'il convient de faire pour la naissance des vers à soie , et pour leur transport dans le petit atelier ou ailleurs. Le magnanier actif trouvera, j'espère , ce que j'ai indiqué de très-facile exécution , pourvu qu'il ait d'abord tout bien disposé- Si l'atelier est une fois bien monté, il peut servir pendant fort longtemps.

n ne faut pas changer la proportion que j'ai indiquée poOT les boîtes qui doivent servir à faire naître les vers : cette proportion dispense de toucher jamais les œufs , du moment que les vers commencent à naître.

Le papier plein de trous qui les couvre est assez grand pour contenir une certaine quantité de petits rameaux de mûrier, et par conséquent pour lever une bonne portion de vers à la fois. En employant ces petites boîtes, les coques des*œufs restent toujours ensemble. Lorsqu'on lève les petites boîtes ,

il faut les remuer légèrement et dans un sens horiisontal , pour changer les œufs de place- Quoique les trous du papier se bouchent avec les petites coques , cela n'empêche pas les vers de monter sur le papier. Sion est curieux devoir le lien qui unit les vers à leur coque lorsqu'ils montent sur le papier, on n'a qu'à hausser ce dernier, ayant soin de le remettre bien à sa place. Avant même la naissance des vers, il semble que beaucoup d'œufs soient attachés ou adhérents les uns aux autres par une espèce de transsudation de l'œuf, qu'on ne. peut distinguer même avec les meilleures loupes.

Il faudra , chaque fois qu'on formera une feuille de vers à soie, écrire sur le papier même l'heure à laquelle on a commencé à la former : par ce moyen on connaît dans combien de temps et avec quelle progression sont nés les vers. On peut le faire avec un crayon qu'on porte sur soi.

Si on veut conserver les premiers-nés, on doit les placer séparément dans un angle de la feuille , ne leur donnant , le premier et le second jour, que la moitié de la nourriture des autres.

Il semble qu'en général la naissance des vers soit plus abondante dans la matinée , lorsque les rayons du soleil donnent avec force dans la chambre ; il est au moins certain qu'à ces heures-là la chambré est un peu plus chaude que la nuit. Quelquefois les personnes chargées de soigner les vers à soie la nuit s'endorment ; entrant alors dans Yétuve, j'ai souvent trouvé que le thermomètre était descendu de quel-

ques degrés. Il vaut cependant mieux qu'il descende d'un ou de deux degrés, que si, par manque d'attention, il s'élevait trop. Les changements brusques de température font souffrir les embryons près d'éclore(Chap. XII).

Les grandes altérations que peuvent éprouver les œufs ont lieu le plus souvent dans la nuit. Ceux qui en ont soin alors, voulant reposer, font plus de feu qu'il n'en faut , pour ne pas y revenir souvent, ce qui altère et gâte même les embryons.

J'ai observé que , certains jours , la naissance des vers avait lieu en quantité dans quelques petites bottes, aussi bien dans toutes les heures du jour que vers le matin.

Il me paraît ici à propos de faire connaître une chose qui est aussi facile qu'utile et convenable relativement aux usages de ces pays.

Il y a des propriétaires qui font éclore beaucoup d'œufs pour leurs fermiers , et qui leur partagent ensuite les vers dans de petites boîtes , en proportion de la quantité de feuilles qu'ils ont.

Au lieu de cela, il vaut beaucoup mieux que tous ces œufs soient mis dans des boîtes de vingt à trente onces, faites dans les proportions que j'ai indiquées plus haut, et qu'à mesure que les vers naissent , on forme les feuilles de papier par once, de la manière que je l'ai déjà prescrit. En agissant ainsi , chaque fermier a des vers qui sont nés à peu près à la même heure, qui se trouvent égaux, et qui peuvent facile-

— sèment se conserver tels, ainsi que Texpérience me Ta démontré.

Lorsque tous les vers à soie sont nés, on les partage dans les feuilles de papier d'une once, égalisant les quantités autant que possible.

On doit donner les premiers-nés aux fermiers qui ont la feuille la plus avancée. Si la naissance de ces insectes durait trois jours , cela ne ferait aucune difficulté , parce que chaque fermier aurait de ceux nés dans un seul jour.

C'est une erreur très-grossière de croire qu'on fait bien de donner à chaque fermier, pour former la quantité qu'on lui a destinée, une portion de vers nés en différents jours, parce qu'on suppose que ceux nés la veille sont plus vigourçux que ceux du lendemain.

De la perte que font les œufs avant la naissance des vers.

Je devrais parler à présent du soin des vers à soie déjà mis dans le petit atelier. Je crois cependant bien faire d'ajouter ici quelques autres observations que j'ai faites, quoique n'étant pas directement utiles à l'art d'élever ces insectes.

La perte en poids des divers œufs bien secs, placés dans Yétuve , est la suivante , commençant par la température de 14 degrés, comme je l'ai dit ailleurs (Chap.IV,§IV):

9 onces d'eeufs ont perdu en g. g. g.

poids dans cinq jours. . . 100.— Dans 8 j. 360.— Dans lOj. 440.

<> onces ont perdu dans Sjours 86.— Dans 8 j. 178.— DanslO j. 248,

5oncesontperdudans5jours 60.—- Dans 8]. 168.— Dans lOj. 216.

4oncesontperdudans5jours 80.— Dans 8 j. 181 .—Dans 10 j. 224.

Dans 5 jours 326;— Dans 8 j.887.r-Dans lOj. 1128*

Des boîtes contenant la même quantité d'œufs> et même plus petites, ont perdu à peu près autant.

En cinq jours, Tévaporation des œufs dans Yétuve est de 13 grains par once, en huit jours de 37 grains, et en dix, c'est-à-dire jusqu'au moment de la naissance, de 47.

Il s'évapore par conséquent des œufs , avant d'éclore, le douzième de leur poids.

Les coques de 34 onces d'œufs ont donné le poids, suivant :

Une petite boîte de huit onces, 1,020 gr. de coques.

— Idem — de six onces, 724 — idem.

— ICÏ6W —de cinq onces, 504— idem.

-—Idem — de cinq onces, 548 — idem.

Le poids moyen des coques équivaut donc au cin^ quième environ du poids dès œufs*

Poiu* faire une once d'œufs choisis , il en faut , pour poids moyen , 39,168. J'ai observé avec surprise que les œufs de plus de vingt particuliers variaient très-peu de poids entre eux. J'ai eu la patience de compter plusieurs centaines de mille œufs, persuadé que cela pourrait être utile à l'art d'élever les vers à soie. Les meilleurs œufs pesés ne m'en ont

donné que 68 par grain , et les qualités inférieures ne m'en ont pas donné plus de 70. Je dirai ici , en passant , que 360 cocons bons pèsent une livre et demie (1) ; que celui qui ne ferait aucune perte, soit en œufs, soit en vers nouveau-nés, pourrait retirer d'une once d'œufs cent soixante-cinq livres de cocons , et que tout ce qu'on en retire de moins exprime les pertes effectives qu'on a faites.

Une once d'œufs, qui est composée de 576 grains, a été réduite à 413 grains par la déduction de la perte faite par l'évaporation de 47 grains, et par celle de 116 grains pour le poids des coques. Les 413 grains équivalent donc au poids de 39,168 vers nouveau-nés. D'après cela , il faut 54,536 vers nouvellement nés pour former le poids d'une once.

En examinant attentivement les différents faits relatifs aux diverses qualités d'œufs, je me suis particulièrement convaincu que la saison excessivement froide, comme fut celle de l'année 1813 , au temps de la naissance des papillons , nuit beaucoup à la fécondation des œufs. De toutes les qualités que j'ai examinées, je n'en ai pas trouvé qui ne continssent en poids depuis ~ jusqu'à J d'œufs jaunes ou roussâtres non fécondés.

J'eus soin de choisir 5,000 œufs jaimes et 5,000

rouges ; ils avaient tous une pesanteur spécifique

, plus grande que l'eau, puisqu'en les lavant ils se pré-

(\) Le plu9 ou moins d'exactitude de ces calculs dépend nécessai* rement de Te^pèce de vers qu'on élève. B.

cipitèrent au fond. Je les fis mettre dans une petite boîte à Vétuve avec les autres boîtes; il ne naquit qu'un ver à soie , que produisit un œuf rouge. Ils restèrent tous pleins d'humeurs; ils n'étaient pas fécondés. Ils diminuèrent de poids plus que les œufs fécondés.

Dans ceux de bonne qualité , il n'en reste tout au plus qu'un centième qui n'éclôt pas dans les trois premiers jours. Ce centième continue à éclore ensuite.

Ces connaissances peuvent être utiles à ceux qui aiment à tout savoir dans l'art d'élever les vers à soie ; c'est au moins un objet de curiosité, et je dirai même que , pour ce que j'en sais , elles ont le mérite de la nouveauté.

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